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L'Usine Agro

Au Brésil, le secteur industriel n'attendait que la victoire du candidat de l'extrême droite

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Publié le , mis à jour le 29/10/2018 À 08H05

Reportage [ACTUALISÉ] Le 28 octobre, le Brésil a élu le candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro comme président de la république. Fernando Haddad, candidat du parti des Travailleurs et protégé de Lula, s'est incliné dans l'élection qui a divisé le pays d'Amérique du Sud. Le monde économique a fait son choix : "tout plutôt que le retour de la gauche au pouvoir".

Au Brésil, le secteur industriel n'attendait que la victoire du candidat de l'extrême droite
Le 28 octobre, le Brésil a élu le candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro comme président de la république.
© Janine Moraes / Câmara dos Deputados / CC BY 3.0

Actualisation du lundi 29 octobre : À l’issue du second tour des élections brésiliennes qui se sont déroulées le dimanche 28 octobre, les électeurs ont choisi le candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro (55,13 % des voix obtenues) contre celui de la gauche Fernando Haddad (44,87 %). Le nouveau président prendra ses fonctions le 1er janvier 2019. Le vote a profondément divisé le pays d’Amérique du Sud. Lors de la campagne, le secteur industriel n'a pas caché son soutien à Jair Bolsonaro.

"Je voterai pour n’importe quel candidat tant que celui-ci empêche le Parti des Travailleurs de gagner." Ivan Aidar est catégorique. Le producteur de canne à sucre, à la tête de plus 400 d’hectares n’a pas le moindre doute, il optera pour le candidat de l'extrême droite.

LE REJET DU PARTI DES TRAVAILLEURS

Dans l’État de Sao Paulo, moteur économique du pays, l’opinion de Ivan Aidar est loin d’être une exception. Les derniers sondages montraient d'ailleurs qu'avec 30 % d'opinion favorable dès le premier tour, le Sud-Est est la région où Bolsonaro pourrait engranger le meilleur score. Jusqu’alors considérée comme une hérésie, la victoire du candidat de l’extrême droite est aujourd’hui perçue comme un scénario probable. Certains envisageaient même une élection dès le premier tour tant la percée du candidat extrémiste ces dernières semaines était puissante. Elle n'aura finalement pas eu lieu, mais l'écart entre les deux candidats au premier tour a été spectaculaire.

En cause : le rejet viscéral que suscite le Parti des Travailleurs (PT) de l’ancien président Lula, auquel on reproche d'avoir fait prospérer un système politique corrompu et de ne pas avoir réalisé les investissements structurels nécessaires au maintien de la croissance. "Le candidat de l’extrême droite n’a jamais été le favori du secteur, mais compte tenu du tour que semble prendre le scrutin, avec un deuxième tour opposant Jair Bolsonoro et le candidat de la gauche Fernando Haddad, les principales fédérations de patronat plébiscitent avant tout une défaite de la gauche" explique Mauricio Santoro, chercheur en Sciences Politiques à l’Université de Rio de Janeiro. 

L’INDUSTRIE, L’UNE DES PREMIÈRES À SE PRONONCER

En juillet dernier, alors que les sondages étaient encore très volatiles, l’industrie brésilienne a été l’une des premières à afficher son soutien au candidat d’extrême droite.

Durement touché par la crise, après plusieurs trimestres en recul de 7%, le secteur affiche une croissance de 3,2% sur les six premiers mois de l’année, tiré essentiellement par les bons résultats du secteur automobile. Des chiffres attribués à la politique du gouvernement de Michel Temer et notamment sa réforme du code du travail, que le secteur craint de voir sabotée par le candidat de gauche. "Nous ne craignons pas la victoire de l’extrême droite alors que celle du PT serait une tragédie pour notre secteur", affirme Robson Braga de Andrade, président du syndicat.

Une opinion confirmée par les déclarations de Paulo Skaf. L'ancien président de la fédération des industries de Sao Paulo (FIESP), principal syndicat de l'industrie, avait d'ores et déjà annoncé son ralliement à Bolsonaro. "Le PT a déjà eu sa chance et nous en avons vu le résultat. Ce dont le Brésil a besoin est d'un gouvernement différent, un gouvernement sans aucun soupçon de corruption" explique le dirigeant dans un communiqué. 

La personnalité polémique de l’ancien capitaine de l’armée ne semble pas changer la donne. "Au contraire, Bolsonaro n’a pas peur d’affronter les questions qui fâchent, de parler ouvertement des réformes nécessaires, alors que les autres candidats se montrent moins agressifs", abonde Flavio Roscoe Nogueira, représentant de la Fédération des mines.

L’AGROBUSINESS FLIRTE AVEC LE CANDIDAT D’EXTRÊME DROITE

Principal secteur de l'économie brésilienne, l'agrobusiness représente 22% du PIB du pays, 16% des emplois et 44% des exportations. Dans ce secteur traditionnellement ancré à droite, les propositions de Bolsonaro de revenir sur la délimitation des parcs naturels, sur les zones protégées attribuées aux populations indigènes, de ne pas questionner l'utilisation des OGM et de sortir de l'accord de Paris trouvent un écho favorable.

Les puissants "députés ruralistes" qui servent les intérêts de l'agrobusiness au Parlement ont, d'ailleurs, juste avant le premier tour, appelé à soutenir le candidat de l'extrême droite. "Cet appel répond aux attentes exprimées par les acteurs du premier secteur productif national: entrepreneurs individuels, petits agriculteurs et représentants des grandes entreprises", expliquent les députés dans un communiqué de presse. "Le soutien à Bolsonaro vise à éviter que les candidats liés aux systèmes de corruption et à l'aggravation de la crise économique brésilienne ne reviennent au commandes" poursuivent les parlementaires.

LES ENTREPRISES FRANÇAISES DANS L’ATTENTE

Peu enclines à s’exprimer sur la situation politique du pays, les entreprises françaises présentes au Brésil se déclaraient dans l’attente avant le scrutin. "Nos décisions d’investissement sont pour le moment suspendues aux résultats de l’élection" explique, sous couvert d’anonymat, le cadre d’une entreprise de technologie française. De fait, les investissements étrangers au Brésil ont chuté de plus de 30% entre le mois de janvier et le mois d’avril. Un phénomène imputable aux élections mais également à la réforme fiscale américaine qui plombe les investissements à l’étranger des firmes américaines.

Si, pour beaucoup, le retour du PT n'est pas souhaitable, la victoire de Bolsonaro n'est pas non plus le scénario idéal. "Ce serait un grand saut dans le noir", explique le dirigeant français. Dans la communauté étrangère, les saillies racistes, homophobes, pro-dictature de Bolsonaro, mettent mal à l'aise. "Nombreux sont ceux à craindre que la victoire du candidat de l'extrême droite mette le pays à feu et à sang" explique Mauricio Santoro. Une crainte qui ne semble pas atteindre la bourse de São Paulo. L'indice brésilien a enregistré une hausse de 3,5 %, le 3 octobre alors que, pour la première fois, des sondages annoncés Bolsonaro vainqueur au deuxième tour et la monnaie brésilienne, le réal, qui avait beaucoup reculé face au dollar et à l’euro, a aussi regagné de la valeur.

Adeline Haverland, au Brésil

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