Attentat de Karachi: chronologie d'une affaire d'Etat

Le motif de l'attentat sanglant de 2002 n'est toujours pas établi. Le contrat signé par DCNS en 1994 et les commissions qui l'ont accompagnées sont peut-être les clés de l'affaire.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Attentat de Karachi: chronologie d'une affaire d'Etat

21 septembre 1994 Le Pakistan signe un contrat avec la France pour la fourniture de quatre sous-marins de classe Agosta. Avec cet accord de 5,4 milliards de francs, la DCN renoue avec l'export. Ce contrat est déficitaire, l'objectif est de maintenir l’emploi sur le site de Cherbourg et de conserver des savoir-faire industriels.

1995 - 1996 Arrêt du versement des commissions aux divers intermédiaires qui ont participé à la négociation du contrat. 85% de ces commissions ont déjà été distribuées.

14 août 1999 Livraison du premier sous-marin, assemblé intégralement à Cherbourg.

8 mai 2002 A Karachi, le bus qui transportait les ingénieurs et techniciens de DCN sur leur lieu de travail subi une attaque à la voiture piégée. Quatorze morts (dont onze salariés français) et douze blessés.

13 décembre 2003 Livraison du deuxième sous-marin, assemblé au Pakistan suite à un transfert de technologie. Il devait initialement être mis à l'eau en août 2002.

15 janvier 2004 Le tribunal des affaires de sécurité sociale de Saint-Lô (Manche) condamne la DCN pour faute inexcusable. Cette juridiction considère que l'attentat est un accident du travail, et que l'entreprise avait minimisé les risques encourus. La DCN devra payer 765 000 euros au titre de préjudice moral aux familles.

27 septembre 2008 Livraison du dernier sous-marin. Deux modules additionels de propulsion MESMA restent à finaliser, et seront livrés en 2011 et 2014.

21 juin 2010 Le ministre de la défense Hervé Morin autorise la déclassification de nombreux documents sur l'affaire. Le juge d'instruction y gagne l'accès au contrat Agosta, auparavant classé secret défense.

Les motifs de l'attentat de 2002 ne sont toujours pas établis. Quatre hypothèses sont étudiées.

  • L'affaire politico-financière L'attentat aurait pu constituer une représaille suite à l'arrêt du versement des commissions en 1995. Les intermédiaires pourraient être les commanditaires.

    Si cette affaire provoque autant de vagues aujourd'hui, c'est que le premier ministre de l'époque, Edouard Balladur,est soupçonné d'avoir reçu des rétro-commissions (retour d'une partie de l'argent des commissions), qui auraient servi à financer sa campagne de 1995. Nicolas Sarkozy était alors le directeur de campagne d'Edouard Balladur.

    C'est sur cette piste que travaille actuellement le juge Marc Trévidic, chargé de l'enquête.

  • Les luttes intestines pakistanaises Les services secrets français ont soutenu la thèse d'une lutte entre différentes factions de l'armée pakistanaise. L'armée de terre, pro-islamiste, aurait pu commanditer cet attentat pour attaquer la marine, pro-occidentale. Le bus ciblé était un véhicule de la marine. Plus de détails concernant cette hypothèse sur le site Bakchich.

  • La piste islamiste Un an après le 11 septembre, le Pakistan connaît une période intense de violences, avec 60 attentats majeurs en 2001 et 2002. Oussama Ben Laden avait salué l'attentat en novembre 2002. Mais les motifs d'une attaque ciblant DCN restent troubles.

  • La piste indienne La France essayait à l'époque de vendre des sous-marins à l'Inde, grande ennemie du Pakistan. Les attentats aurait pu être commandités par les services secrets pakistanais, comme un avertissement pour faire échouer cet autre contrat.


Pour plus d'éléments, lire le rapport d'information présenté à l'assemblée nationale le 12 mai 2010.

0 Commentaire

Attentat de Karachi: chronologie d'une affaire d'Etat

Tous les champs sont obligatoires

Votre email ne sera pas publié
0 Commentaire

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS