Arturo Baroncelli, président de l’IFR : « Les deux moteurs de la robotique industrielle sont la Chine et la cobotique »

Robotique collaborative, robots mous, bio-inspiration, exosquelettes… Dans une interview accordée à Industrie & Technologies, Arturo Baroncelli, président de la fédération internationale de robotique, revient sur les principales tendances du secteur.

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Arturo  Baroncelli, président de l’IFR : « Les deux moteurs de la robotique industrielle sont la Chine et la cobotique »

A l’occasion de la conférence EmTech , organisée à Toulouse les 15 et 16 décembre derniers, Industrie & Technologies a rencontré Arturo Baroncelli, président de la fédération internationale de robotique (IFR). L’occasion de prendre le pouls du marché.

Industrie & Technologies : Quelles sont les principales tendances en matière de robotique industrielle ?

Arturo Baroncelli : Il y deux moteurs aujourd’hui dans le secteur de la robotique. Le premier est géographique. En 2014, le marché comptait 230 000 robots industriels. Parmi eux, 53 000 se trouvaient en Chine. C’est le nouveau géant de la robotique. Quasiment un robot industriel sur quatre se trouve donc dans l’Empire du Milieu. D’autres régions asiatiques accélèrent également en matière de robotique. C’est le cas notamment de la Thaïlande, du Vietnam et de l’Indonésie. Cette tendance s’explique parce que dans de nombreux cas le robot constitue la seule option pour réaliser certaines tâches industrielles, c’est l’outil indispensable. Dans ces régions, nous tablons sur une croissance des ventes à deux chiffres dans les trois prochaines années.

I&T : Le second moteur est, quant à lui, technologique…

A.B. : Oui, c’est la montée en puissance des robots collaboratifs, capables de travailler avec des hommes sans être dans une cage de sécurité. Selon moi, la cobotique présente toutefois un point très sensible : même si un robot peut être coopératif, l’application dans son intégralité peut ne pas l’être. J’utilise toujours cette métaphore : un enfant de trois ans est inoffensif, mais peut très bien devenir dangereux pour lui-même et pour les autres si on lui donne un couteau. C’est exactement la même chose pour un robot collaboratif. Il faut donc réaliser des analyses de risques. Dans certains cas, les risques sont vraiment faibles. Mais, par exemple, si un robot coopératif tient un tournevis ou une pièce brûlante, l’opération globale devient dangereuse. Comme en mathématiques, je pense que la soft robotique (les robots mous, ndlr) est une condition nécessaire mais, parfois, non suffisante pour résoudre cette problématique. Il y a un véritable challenge technologique pour appliquer la cobotique à toutes les applications industrielles. Cela va être un long voyage.

I&T : Dans quels secteurs industriels en particulier les cobots vont-ils jouer un rôle clef ?

A.B. : D’une manière générale, les cobots vont toucher tous les secteurs industriels mais la facilité d’utilisation de ce type de robot devrait accélérer leur adoption dans les entreprises de taille moyenne, qui jusqu’alors n’étaient pas, ou peu, équipées de robots industriels. Les cobots, comme les robots industriels classiques, vont constituer une source d’innovations. Ils vont permettre de déployer de nouveaux process et, in fine, de faire naître de nouveaux produits, qui ne pourraient pas être fabriqués sans l’intervention d’un robot. La robotique collaborative permettra également de rendre les entreprises plus flexibles. Ces dernières pourront mettre en place de nouveaux systèmes où la valeur ajoutée de l’opérateur pourra être utilisée au mieux tandis que les cobots effectueront les tâches les moins intéressantes. De cette manière, il sera plus facile de faire évoluer la production d’une usine.

I&T : La bio-inspiration en robotique est-elle une vraie tendance ou un simple effet de mode ?

A.B. : La bio-inspiration est une véritable tendance, à surveiller de près. Il y a encore très peu d’exemples dans la robotique industrielle, mais on voit de plus en plus d’applications dans la robotique de service. A Pise, en Italie, nous avons l’un des meilleurs centres de recherche en la matière : le BioRobotics Institute, dirigé par le professeur Dario Paolo. Dans ce centre, les chercheurs travaillent notamment sur des micro-robots pour inspecter le corps d’une manière non invasive et plus économique que les outils traditionnels. Ils étudient également les propriétés du poulpe parce qu’il ne raisonne pas de la même manière que l’homme. Les poulpes ont une intelligence plus distribuée.

I&T : D’après votre expérience, quelles sont aujourd’hui les start-up les plus prometteuses dans le domaine de la robotique ?

A.B. : Question difficile ! Je ne les connais pas toutes ! En revanche, je pense que les entreprises qui développent des exosquelettes sont vraiment très intéressantes. Les exosquelettes présentent de nombreuses applications dans le domaine de la santé (pour les personnes amputées d’une jambe notamment) mais aussi dans l’industrie. En Europe, mais aussi au Japon et en Chine, l’âge des travailleurs s’élève. Les exosquelettes permettent donc de ménager les opérateurs sur le long terme en leur évitant, par exemple, des troubles musculo-squelettiques (TMS) lorsqu’ils portent régulièrement des charges lourdes.

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