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"Arts et Métiers doit faire entrer les entreprises de façon plus pérenne"

Cécile Maillard ,

Publié le

Entretien Laurent Carraro est le directeur général d'Arts et Métiers ParisTech depuis fin février. Il a l'intention de faire entrer en grand l'innovation dans l'établissement et de poursuivre son ouverture sociale en proposant un cycle post-bac.

Arts et Métiers doit faire entrer les entreprises de façon plus pérenne © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

L'Usine Nouvelle - Pour devenir directeur de cette école, vous avez défendu votre vision pour l'avenir de cette école. Quels sont vos projets ? Où vont vos priorités ?
Laurent Carraro - Le méta-projet, celui qui emporte tous les autres, consiste à faire entrer l'innovation à l'intérieur de l'établissement. Elle doit devenir notre cœur d'activité, pour que nos élèves deviennent des porteurs de projet, des entrepreneurs, qui aideront au développement économique. Nous accueillons déjà trois incubateurs, dans trois de nos centres, et ils portent une quarantaine de projets. Nous devons recruter des cadres qui sont dans cet état d'esprit et les aider à cultiver cet atypisme en leur offrant des outils de développement de leurs activités.  L'école dispose déjà d'une structure de valorisation privée. Nous devons aller plus loin grâce à la Fondation Arts et Métiers. Nos anciens élèves, très présents, font beaucoup de dons et legs, mais nous devons encore développer la relation avec les grands comptes.

Reste à faire entrer les entreprises de façon plus pérenne dans l'école, pour développer des cellules de R&D, par exemple. Notre centre d'Aix-en-Provence est doté d'un atelier dans lequel se retrouvent toutes les parties prenantes, élèves, enseignants-chercheurs, entreprises. Cet écosystème est très efficace pour développer une culture de l'innovation. Malheureusement, les obstacles administratifs et juridiques à l'entrée des entreprises privées dans les écoles publiques sont encore trop importants…

Arts et Métiers  a toujours eu un recrutement diversifié de ses élèves. Irez-vous plus loin ?
L'ouverture sociale est un des piliers de l'histoire de l'école, qui s'est construite sur la  solidarité. Notre souhait est d'ouvrir l'école à des élèves bacheliers en proposant à la rentrée 2014 un cycle post-bac. Dans mes fonctions précédentes à la tête de Telecom Saint-Etienne, j'avais mis en place ce système avec l'IUT, où les élèves suivaient leurs cours. L'intérêt majeur, la principale différence avec une prépa, c'est de garantir à ces jeunes, à l'issue de leurs deux années de formation, une sortie professionnalisante. Ils passeront le même concours que les élèves de prépa, mais s'ils préfèrent s'arrêter, ils auront un BTS ou un DUT en poche. C'est un moyen de pousser vers les écoles d'ingénieurs des jeunes qui ne sont pas sûrs d'en être capables ou d'en avoir envie. Et nous, nous verrons arriver des élèves bien préparés à la technologie  et qui en ont vraiment le goût. Ce n'est pas toujours le cas de ceux qui sortent de classes préparatoires…

Votre école accédera à l'autonomie le 1er janvier 2013. Qu'est-ce que ça changera ?
L'autonomie nous permettra de mener une vraie politique  de ressources humaines, en gérant nous-même notre  masse salariale. Nous pourrons par exemple remplacer les opérateurs sur machine partant à la retraite par des techniciens et ingénieurs, dont nous avons aujourd'hui plus besoin. Il faudrait aussi mieux rémunérer les enseignants qui innovent en pédagogie. Contrairement à leurs collègues qui signent des contrats avec les entreprises, et y sont financièrement intéressés, leurs compétences ne sont pas valorisées. En revanche, impossible de s'aligner sur le prix du marché international pour recruter des pointures de CALTECH ! Mais l'autonomie nous permettra de recourir aux "tenure tracks" : de jeunes enseignants-chercheurs sont recrutés pour cinq ans sur la base d'un projet, l'école leur offre l'environnement nécessaire à leurs recherches, et un bon salaire. Eux apportent un vent entrepreneurial dans l'école.

Avec le projet de Saclay, ParisTech se retrouve scindé en deux, certaines de ses écoles dont Arts et Métiers restant à Paris, d'autres migrant sur le plateau au sud de Paris. Quel est l'avenir de cette structure et que peut-elle encore apporter à votre école ?
Les plus-values de ParisTech sont indéniables, notamment à l'international, où ses actions l'ont rendu visible, et pour ses relations avec les entreprises. ParisTech, d'une efficacité redoutable, n'est pas fini, mais sa vision d'origine, un regroupement d'écoles d'ingénieries ayant vocation à devenir un grand établissement, l'est. Quant à Saclay, on a mis au pas certaines institutions. Ce n'est pas comme ça, sous la contrainte, qu'on construit un projet ambitieux. Ni en mettant dans la même boîte plusieurs leaders. On n'a pas fini de voir des heurts ! Je reste assez dubitatif sur la réussite de ce projet.

Une échéance électorale importante approche. Qu'attendez-vous d'un futur président de la République ?
Qu'il mette enfin les établissements en responsabilité ! La loi LRU a commencé à le faire, mais ne va pas assez loin. Recruter un enseignant-chercheur fonctionnaire reste une incroyable usine à gaz, pour un résultat minable. On y passe des conseils d'administration entiers, et la personne est recrutée pour 40 ans sur CV et entretien de 30 minutes ! Quant aux conseils d'administration des écoles et universités, ils n'administrent rien du tout, se contentent de gérer. L'Etat devrait être dans son rôle de pilotage, dire aux établissements où aller, mais les laisser décider de comment y aller. Il faut faire confiance aux établissements !

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