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L'Usine Campus

Au-delà de 42, les écoles du numérique face au sexisme

Publié le , mis à jour le 21/11/2017 À 09H52

Le sexisme n’est pas l’apanage de l’école 42. Selon une étude de l'association Social Builder, dont L’Usine Nouvelle présente en exclusivité les premiers résultats, 73 % des étudiantes en formation aux métiers du numérique interrogées disent avoir été témoins de blagues en rapport avec leur sexe. Au sein des écoles, la lutte contre le sexisme se déploie.

Au-delà de 42, les écoles du numérique face au sexisme
Selon une étude de l'association Social Builder, dont L’Usine Nouvelle présente en exclusivité les premiers résultats, 73 % des étudiantes en formation aux métiers du numérique interrogées disent avoir été témoins de blagues en rapport avec leur sexe
© Pascal Guittet

Après nos révélations la semaine dernière sur le climat sexiste dont souffrent plusieurs étudiantes à l’école 42, nous publions en exclusivité ce mardi 21 novembre les premiers résultats d’une étude sur le sexisme dans les formations Tech et Numérique. La start-up sociale Social Builder, qui agit pour la mixité dans le numérique, a interrogé 1000 étudiant(e)s de 18 formations aux métiers du numérique (école 42, Simplon, Telecom Paristech, …) sur la question.

D’après les premiers résultats (portant sur 860 répondants, ceux définitifs seront publiés le 28 novembre par Social Builder sur son site), près de 10% des répondantes disent avoir subi du harcèlement sexiste, voire sexuel, pendant leur formation et 73 % des femmes interrogées disent avoir été témoins de blagues en rapport avec leur sexe pendant la formation.

"Beaucoup d’hommes n’apprécient pas ces comportements"

Autre chiffre marquant de l’enquête : 93% des étudiant(e)s pensent que les femmes ne sont pas assez représentées dans le secteur ou dans certains métiers. "Nous observons chez les répondants une réelle envie d’avoir plus de femmes, rapporte Laure Pichot, responsable développement chez Social Builder. Beaucoup nous ont dit que leur présence signifiait pour eux plus de richesse dans le travail et moins de tension."

L’enquête montre également que "beaucoup d’hommes n’apprécient pas ces comportements", explique Laure Pichot. "Les hommes sont très nombreux à dire qu’ils ont déjà été confrontés à des visions pornographiques contre leur grè et renvoient cela, en commentaire, à une ambiance de travail qui n’est pas positive pour eux."

Comment lutter contre le sexisme dans ces écoles ? A Epitech, l’association d'étudiants E-mma est active au quotidien. “Dès qu’une remarque sexiste ou qu’un comportement déplacé survient, nous remettons l’auteur à sa place et si cela ne suffit pas, nous le signalons à la direction qui agit immédiatement”, explique Dipty Chander, présidente d’E-mma France et étudiante en cinquième année à Epitech Paris.

Quatre ans de lutte à Epitech

Créée en 2013 alors qu’arrivait une nouvelle direction à Epitech en remplacement de Nicolas Sadirac, parti diriger l’école 42, E-mma France compte aujourd'hui 500 membres dont une majorité de garçons. D’où une force de frappe importante. L’association CodeHer de l’école 42 a rencontré E-mma en mai dernier pour s’inspirer de leurs méthodes.

“Sans le soutien de la direction c’est très difficile d’agir”, reconnaît Dipty Chander, précisant que des exclusions ont déjà été prononcées face à des cas de sexisme. En quatre ans d’actions, l’étudiante voit un changement. “Au fur et à mesure des années, les remontées de cas sont de moins en moins nombreuses, observe Dipty Chander. Les cas sont aussi moins graves. Aujourd’hui ce sont surtout de jeunes étudiants qui disent aux filles qu’elles ne savent pas coder. Mais même face à cela il faut réagir immédiatement, sinon on sait que ça va aller plus loin.”

Claire Saddy, fondatrice du réseau d’incubateurs Les Premières (ex-les Pionnières), est intervenue à Epitech Lyon il y a cinq ans, afin d’animer plusieurs groupes de paroles pour les étudiantes. "J’ai rencontré des filles en très grande souffrance, se souvient-elle. Certaines se posaient la question d’arrêter leurs études, d’autres regrettaient leur choix d’orientation." Des interventions faites à la demande de Cyril Ihssan, alors directeur du développement de l'établissement lyonnais.

Se transformer  en poupée ou se masculiniser pour se rendre invisible

"J’avais été surpris par le comportement de nos étudiantes, qui, après leur arrivée à l’école, soit se transformaient en poupée, soit se masculinisaient pour devenir invisibles, explique-t-il. Face à ce phénomène je me sentais incompétent. Je disais que mon bureau était ouvert mais je ne me sentais pas légitime à aller voir les filles directement." Suite aux interventions de Claire Saddy, les étudiantes d'Epitech Lyon ont créé l’association Miss TIC, qui a continué les ateliers de discussion en les ouvrant aux garçons et demandé la création d’une boîte à remarques, ouverte chaque semaine par l’administration.

Cyril Ihssan est aujourd’hui directeur de l’école 101, une franchise de 42 ouverte à Lyon en novembre. La première promotion compte 10 % d’étudiantes, dans la moyenne des autres écoles. "Lors de la réunion d’information, nous avons expliqué que ce déséquilibre dans la représentation des genres peut être difficile à vivre pour les filles, fait-t-il valoir. Mais nous n’avons pas défini de stratégie à déployer pour lutter contre les comportements déviants. Nous laissons aux filles l’impulsion de créer ce dont elles ont besoin."

Promotion de 80 % de femmes

Pour certaines écoles, comme Simplon, les mesures doivent être radicales. "Depuis l’ouverture de l’école, nous sensibilisons nos élèves à la question de l’intégration des femmes dans les métiers du numérique. Ils animent des ateliers de code dans les écoles. L’un des volets de ces ateliers est axé sur l’apprentissage du code aux petites filles", explique Camille Meier, responsable grands projets de Simplon.

Autre mesure phare : le programme Hackheuses !. Une pré-formation de six semaines adressée à des femmes en réorientation ou en recherche d’emploi. Sur les 39 participantes de la première édition, 20 ont intégré ou vont intégrer Simplon. Une seconde édition va démarrer en janvier en partenariat avec Le bon coin. Résultat : Simplon compte dans ses rangs 30 % de femmes.

De son côté, la Webacadémie, une école d’informatique gratuite filiale d’Epitech, a mis en place une promotion « Ambition féminine » avec 80 % de femmes et 20 % d’hommes. "Nous ne voulions pas parquer les  filles dans une promotion non mixte. Nous sommes persuadés qu’il ne faut pas exclure les hommes de ces problématiques", explique Sophie Viger, directrice de la Webacadémie. La Wild Code Schoold a elle choisi de créer cette année une première promotion 100% féminine. Deux options qui ont le même objectif de féminiser radicalement les effectifs. "Le taux de femmes doit passer vite, et non graduellement, de 10 à 40 % voire 50 %, insiste Sophie Viger. Car 20 ou 30 % de femmes restent une minorité." Selon elle, seules des "actions coups de poing" pourront changer les choses.

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2 commentaires

Nom profil

22/11/2017 - 18h43 -

"73 % des étudiantes en formation aux métiers du numérique interrogées disent avoir été témoins de blagues en rapport avec leur sexe." C'est bien comme phrase, c'est accrocheur, mais qu'en est-il des hommes ? On m'a fait des blagues sur mon sexe, sur mes habits, mon physique, mon alimentation, ce n'est pas pour ça que je suis victime d'une discrimination. C'est normal de faire des blagues et de l'humour.
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Nom profil

21/11/2017 - 10h05 -

Co-fondateur de l'école O'clock qui a elle aussi participé à cette enquête lancée par Social Builder, nous n'avons pas relevé de tels comportements parmi nos promotions d'étudiants. Nous sommes extrêmement vigilants quant aux dérives, quelle qu'en soit la nature ou le degré. Les écoles doivent faire preuve de pédagogie pour empêcher toute remarque qui viendrait appuyer la thèse d'une prédisposition masculine aux métiers du numérique. Prédisposition masculine revendiquée, qui peut vite laisser place à des comportements et insultes inacceptables. En revanche, il y a également un gros travail à faire à la base, à l'école, au collège pour gommer toute forme de prédisposition masculine ou féminine sur un type métier. Les formations professionnelles ne pourront rien régler si dès le plus jeune âge, on fait comprendre aux petites filles que ces métiers du numérique sont inaccessibles.
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