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L'Usine de l'Energie

Arrêts en série

Ludovic Dupin , , ,

Publié le

Arrêts en série
Sur 58 réacteurs exploités par EDF, 21 sont déjà arrêtés ou le seront dans les prochaines semaines.
© D.R.

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Y aura-t-il de l’électricité à Noël ? Mardi 18 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a demandé à EDF de mener de nouveaux tests sur plusieurs générateurs de vapeur de son parc électronucléaire. « L’ASN a prescrit de réaliser, sous trois mois, des contrôles complémentaires sur certains fonds primaires de générateurs de vapeur de cinq de ses réacteurs dont l’acier est affecté par une concentration élevée en carbone. La réalisation de ces contrôles nécessitera la mise à l’arrêt des réacteurs concernés », peut-on lire dans un communiqué. Les cinq tranches concernées sont Fessenheim 1, Tricastin 2 et 4, Gravelines 4 et Civaux 1. EDF a annoncé le 21 octobre qu’il allait échelonner l’arrêt de ces cinq réacteurs jusqu’à la mi-janvier.

Le problème porte sur une pièce essentielle du circuit primaire des réacteurs, les générateurs de vapeur. Ils sont au nombre de trois ou de quatre selon le type d’unité de production. Ils mesurent une vingtaine de mètres de hauteur pour environ 400 tonnes. Lors de leur forgeage, le carbone contenu dans l’acier a tendance à migrer vers les zones qui refroidissent le plus lentement. Or de trop fortes ­concentrations de carbone peuvent altérer la résistance de l’acier. Ces zones touchées par la ségrégation excessive en carbone sont en principe retirées à la fin de l’opération qui se déroule soit dans l’usine Areva du Creusot (Saône-et-Loire), soit chez le japonais Japan Casting and Forging Corporation (JCFC). Cette opération comporte des malfaçons pour une partie des équipements des paliers 900 et 1 450 mégawatts.

Ces cinq réacteurs qui seront mis à l’arrêt portent à 18 le nombre de tranches nucléaires – dont 12 ont été équipées par le fournisseur nippon d’Areva – affectées par ce même défaut. Cependant, six réacteurs ont déjà été autorisés à redémarrer et plusieurs attendent le feu vert de l’ASN. L’anomalie s’est révélée plus grave sur le réacteur numéro 2 de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), où EDF doit pousser ses examens plus avant. À l’origine, ce problème de teneur anormale en carbone a été identifié sur la cuve du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville (Manche) en avril 2015. Le fond et le couvercle de cette pièce critique pour la sûreté nucléaire présentent des mesures anormales qui ont poussé EDF à mener, sous contrôle de l’ASN et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), une large batterie de tests comprenant la forge de pièces sacrificielles, pour prouver la résistance de l’acier. Les résultats seront transmis en fin d’année à l’ASN. Mais le verdict n’est pas attendu avant plusieurs mois.

9 000 dossiers à vérifier

EDF et Areva ont dans le même temps lancé un audit de l’ensemble sur leurs installations industrielles. Et le verdict est sans appel : 87 anomalies ont été retenues. L’attention des experts a porté sur 400 dossiers, dits « dossiers barrés », qui présentaient des anomalies de méthodologie ou des erreurs de documentation. Et dont 260 concernent des équipements nucléaires. Lors de ce premier audit, Areva a également décidé de vérifier un petit échantillon parmi les dossiers « non barrés ». Et sur les quelques dizaines de cas étudiés, d’autres écarts de méthode sont apparus. « Je ne sais pas combien d’anomalies seront présentes dans l’ensemble des documents », s’interroge une source proche des audits. Ainsi, les 9 000 dossiers de fabrications issues de son usine du Creusot (Saône-et-Loire), produits depuis 1943, vont être repris un par un. Six mille concernent l’industrie nucléaire et remontent à 1965 pour les plus anciens. D’autres arrêts de réacteurs ne sont pas à exclure.

Le parc électronucléaire EDF n’avait jamais fait face à une telle série de mises à l’arrêt. Pourtant, dès sa prise de fonction, Pierre-Franck Chevet, le président de l’ASN, mettait en garde l’électricien contre un tel danger. Il assurait en janvier 2013 que l’autorité n’hésiterait pas à mettre à l’arrêt plusieurs réacteurs en cas de problème. Une simultanéité d’arrêts est d’autant plus envisageable que le parc de 58 réacteurs en France est très homogène : « La standardisation peut être un avantage en termes de sûreté. Mais elle peut être un inconvénient si l’on découvre tardivement des anomalies. Car il faut alors arrêter plusieurs réacteurs en même temps. » Il n’avait pas menti ! À cet égard, le patron de l’ASN juge que la France a besoin des marges industrielles en matière de production d’électricité.

Et nous allons pouvoir vérifier rapidement si c’est réellement le cas. Sur l’ensemble des réacteurs exploités en France, 21 sont ou vont être à l’arrêt dans les semaines à venir. EDF espère les remettre quasiment tous en service d’ici à la fin de l’année, avant l’arrivée des grands froids. Pour l’heure, en septembre, la production mensuelle nucléaire a atteint son point le plus bas depuis dix-huit ans. Elle s’est limitée à 26,6 terawattheures, soit seulement 72 % du mix électrique tricolore. Une faiblesse qui inquiète le marché européen où les prix de l’électricité ont flambé de 18 % en un mois.

Début novembre, le Réseau de transport d’électricité (RTE) doit publier son étude sur l’équilibre entre l’offre et la demande pendant l’hiver 2016-2017. En interne, on assure ne pas pouvoir donner de grandes tendances tant que l’étude n’est pas finalisée. À en croire RTE, la disponibilité du parc nucléaire, si elle est un facteur important, n’est pas suffisante. Il faut aussi prendre en compte plus d’un millier de facteurs comme les scénarios climatiques, l’état des parcs hydraulique et thermique, la consommation des ménages… Dès les premiers flocons de neige, le scénario catastrophe pourrait faire la une des gazettes.

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