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L'Usine de l'Energie

Arrêts de tranches nucléaires : 1360 jours de trop, selon la CGT

Publié le

La CGT a chiffré l’impact lié au manque de disponibilité des centrales nucléaires d’EDF. Après recoupement, cela représente à 1,36 milliards d'euros pour EDF en 2009. Le syndicat appelle à "reconstituer le tissu industriel", mis à mal par "15 ans de moratoire dans la sidérurgie, et le génie civil".

Arrêts de tranches nucléaires : 1360 jours de trop, selon la CGT

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Battre en brèche certaines idées reçues. C’est ce à quoi s’est employée la Fédération Mines-Energie de la CGT ce jeudi. Principale cible de ses déclarations, le groupe EDF, chez qui la CGT est le syndicat majoritaire et dispose de quatre administrateurs. Première mise au point : la vague de froid de 2010 n’est pas si exceptionnelle, indique le syndicat. Son ampleur et sa durée sont analogues à celle observée à la même période en 2009. Dans un cas comme dans l’autre, des consommations d’électricité de plus de 90 000 MW ont été observées plusieurs jours de suite.

Réforme du marché de l'électricité: un « hold-up d'Etat »

Le projet de réforme du marché de l'électricité, qui obligera EDF à céder une partie de sa production à ses concurrents, est un « hold-up d'Etat au profit de quelques profiteurs », a déclaré jeudi le secrétaire général de la fédération CGT Mines-Energie, Frédéric Imbrecht. Estimant que le gouvernement était allé « beaucoup plus loin que ce qu'exigeait Bruxelles » le syndicat craint que les fournisseurs alternatifs ne fassent qu’augmenter leurs marges, poussant à la hausse les prix de l’électricité.

Deuxième fait marquant : les importations d’électricité n’ont pas uniquement reposé sur la donne matérielle. « La France n’est techniquement pas condamnée à importer l’hiver, puisqu’en janvier 2009, lors du pic historique de consommation à 92 400 MW, la France restait globalement exportatrice. Donc des moyens de production existent ». Mais dans la même semaine, à d’autres moments de moindre consommation, la France importait. « Ce qui montre que certaines décisions d’importations reposent sur des choix financiers et non sur des contraintes techniques », souligne le syndicat.

Indiquant que l’éolien et le photovoltaïque permettraient une meilleure gestion des stocks hydrauliques, sans améliorer sensiblement la puissance disponible aux heures de pointe, il a réaffirmé la nécessité d’investir. D’autant que les capacités du réseau RTE, proches du maximum cette année, ne vont pas sensiblement augmenter dans les années futures, et que les disponibilités sur le marché européen vont être fortement affectées à l’horizon 2015 par la fermeture programmée des centrales charbon allemandes et polonaises.

Les arrêts de tranche sous le feu des critiques

Le syndicat a en particulier souligné la nécessité de garder «  un maximum de tranches nucléaires disponibles aux périodes les plus chargées de l’hiver ». Une tendance qui « doit être renforcée même si ce n’est pas celle qui dégagerait le plus de bénéfices financiers ». Dans la même optique, la CGT a plaidé pour « prolonger aussi longtemps que possible le fonctionnement des tranches thermiques les plus anciennes dont tout indique qu’elles vont être indispensables à l’équilibre électrique des prochaines années, notamment à la pointe ».

Une maintenance au rabais. « Concernant la maintenance du matériel, voilà plus de 10 ans que la Division de la Production Nucléaire (DPN) a fait le choix d’externaliser la maintenance des arrêts de tranche à hauteur de 80 %. En même temps, la DPN faisait le choix de réduire ses

Salaire d’Henri Proglio : immoral

Interrogé sur le double salaire du PDG d'EDF, Henri Proglio, M. Imbrecht a répondu: « dans ce pays, plus on parle de moralisation du capitalisme, plus les actes sont immoraux ». « La hauteur des salaires des dirigeants du CAC 40 ne correspond pas à la plus-value qu'ils peuvent apporter au développement des entreprises », a-t-il ajouté. Les quatre élus CGT au conseil d'administration d'EDF voteront contre le salaire proposé pour M. Proglio, a-t-il précisé. M. Proglio, devenu patron d'EDF tout en restant président du conseil d'administration de Veolia, touchera un revenu annuel de 2,05 millions d'euros (450.000 euros de Veolia, 1,6 million d'euros d'EDF).
activités de maintenance », dénonce le syndicat. Incriminés, « les choix politiques arbitraires qui ont conduit les différents échelons de la hiérarchie d’EDF à réduire ses coûts dans les domaines de l’organisation du travail, de la gestion des emplois et des compétences, dans la maintenance du matériel, ainsi que dans la gestion des pièces de rechange sans se préoccuper des conséquences ni sur la vie des personnels ni sur l’état réel de l’outil de production ».

1360 jours = 1,36 Mds €. Résultat : le syndicat constate aujourd’hui que ce « choix politique » a conduit la disponibilité du parc nucléaire au plus bas, moins de 80 % en 2008 et 78 % pour 2009 (contre plus de 90% aux Etats-Unis ou en Corée du Sud, dont le consortium Kecpo a remporté l’appel d’offres d’Abu Dhabi). Lapidaire, le syndicat a chiffré de quelle manière le low-cost à tous les étages s'était avéré contre-productif. « Par exemple, la course à la réduction des durées d’arrêts de tranche entraîne de facto un prolongement de ces derniers». En moyenne, le prolongement pour chaque arrêt de tranche tourne autour de « 26 jours pour l’année 2009». Edifiant. En cumulé, « pour cette même année c’est 13 60 jours de prolongations dues à des écarts (problèmes techniques) », précise la CGT. Une donnée des plus intéressantes. Lors de l'audition des différents acteurs du marché électrique par l’Office parlementaire de l’évaluation des choix scientifiques et technologiques, EDF avait chiffré le coût de chaque jour supplémentaire d'arrêt de tranche à... un million d'euros. Le calcul est dès lors simple  : sur la base des données délivrées par la CGT, les problèmes techniques ont coûté à EDF 1,36 milliard d'euros en 2009. Les grèves, elles ont représenté 80 millions d'euros de manque à gagner, avait lors de l'audition précisé Philippe Torrion, un dirigeant d’EDF. Là encore, la comparaison est désormais possible : le manque à gagner dû aux grèves représenterait, toujours en se basant sur les données de la CGT, 5% du manque à gagner dû aux problèmes techniques.

Un manque d’anticipation. Les unités de production subissent régulièrement des dommages sur du matériel (certains importants pour la sûreté) tel que les générateurs de vapeur, les alternateurs, souligne le syndicat. « Les centrales manquent de compétences dans les domaines techniques des différents métiers tant dans le personnel d’EDF SA que chez les salariés prestataires, en particulier, par manque d’anticipation ». De nombreux départs à la retraite de techniciens dont l’expérience professionnelle s’est acquise tout au long de la construction à l’exploitation du parc nucléaire n’ont pas été compensés. « Depuis plus de cinq ans, et d’ici 2015, le parc nucléaire aura perdu la génération des bâtisseurs sans avoir anticipé le renouvellement des compétences par des embauches à la hauteur des enjeux », déplore le syndicat.

Les retards de l'EPR confirmés

Marie-Claire Cailletaud, responsable du pôle économique de la Fédération Mines-Energie de la CGT, a confirmé le retard de deux ans pris par EDF sur le chantier, évoqué cette semaine par la presse. « Le chantier avance à marche forcée pour essayer de tenir les délais » a-t-elle précisé.
Dernière idée reçue démentie par le syndicat, l’impact des grèves du printemps dernier. « Ce n’est pas la cause des difficultés hivernales puisqu’à partir demi décembre les trop nombreuses tranches à l’arrêt l’étaient pour problèmes techniques », indique la CGT. Conclusion : le syndicat appelle à « reconstituer le tissu industriel mis à mal par 15 ans de moratoire » notamment dans le secteur de la sidérurgie, en allant au-delà des « timides et tardifs investissements réalisés en Saône-et-Loire », tant à la forge que dans la fabrication des gros équipements, et dans le génie civil. La CGT a évalué à 10 000 le nombre d’emplois à créer dans toute la filière industrielle du nucléaire.

Patrons et syndicats sur la même longueur d'onde ?

Sur l'état des lieux industriel, syndicat et patron semblent d'accord ! Le constat dressé par la CGT n’est pas éloigné de celui livré par la direction d’EDF, alors qu’elle était auditionnée par l’Office parlementaire de l’évaluation des choix scientifiques et technologiques. « On joue à qui veut perdre des millions », avait lancé à cette occasion le député Claude Birraux (UMP) en marge de l’audition. « Pour gagner trois francs six sous », en faisant appel aux offres les moins coûteuses «on perd un million d’euros par jour d'arrêt supplémentaire». Il ne croyait pas si bien dire. Si les données livrées par la CGT s'avèrent justes, EDF semble avoir joué à... qui veut perdre un milliard.
 

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1 commentaire

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22/01/2010 - 23h11 -

Et c'est pas fini les prochaines greves se seront les prestataires EDF SA construit des bombes a retardement chez ces prestataires au rabais le management edf sa est en train de détruire tous ces compétences dans son domaine nucléaires dropit au mur.
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