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Arnaud Montebourg, deux ans pour se faire comprendre des patrons

Solène Davesne , , ,

Publié le

Analyse En presque deux ans, Arnaud Montebourg aura beaucoup fait parlé de lui. Malgré ses excès, le volontarisme du ministre du Redressement productif pour défendre l’industrie a fonctionné. A son actif figure aussi le lancement des 34 plans industriels sur lesquels il a mis en première ligne des chefs d’entreprises plutôt que des fonctionnaires. Peu de doute subsiste sur le fait qu’il aura sa place dans le futur dispositif de Manuel Valls.

Arnaud Montebourg, deux ans pour se faire comprendre des patrons © Nicolas Baudinet - L'Usine Nouvelle

Un fait d’arme ne peut pas être contesté à Arnaud Montebourg : accueilli plutôt fraîchement par les milieux industriels à ses débuts au ministère du Redressement productif, le chantre de la démondialisation a réussi en deux ans à se faire aimer des patrons. Même Pierre Gattaz, le président du Medef vante les mérites du ministre "quand il s’intéresse à la France de demain".

Pompier engagé de l’industrie

Ce revirement doit beaucoup au volontarisme parfois bouillonnant déployé par Arnaud Montebourg. A son arrivée, c’est surtout le rôle de pompier qu’il a endossé. Les plans sociaux, dont l’annonce a été retardée après les élections, se multiplient. PSA, Sanofi, Petroplus, Arcelor… Même si la course pour sauver les usines est bien souvent perdue d’avance, sa "war room " qui mobilise ses proches conseillers et les commissaires du redressement productif en régions pour éviter les fermetures de sites, a réussi à faire avancer des dossiers et peut s’enorgueillir d’avoir notamment imposé la reprise du site de Rio Tinto à Saint-Jean de Maurienne.

Offensif, Arnaud Montebourg  n’a pas non plus hésité à mouiller la chemise pour soutenir les intérêts du secteur et les savoir-faire. Pour défendre le "made in France", il n’hésite pas à poser en marinière ou à arriver au Conseil des ministres au volant d’une voiture électrique Zoé. Depuis un an, ses shows où des ingénieurs un peu tremblotants viennent présenter leurs produits révolutionnaires à la manière de Steve Jobs, font le plein à Bercy.

Une défense de l’image de l’industrie qui a fait mouche. "Notre ministre est un champion de l’industrie, il y croit profondément ainsi qu'au Made in France", se félicite même Chris Viehbacher. Pourtant ses relations avec Arnaud Montebourg ont été un temps exécrables. Défenseur d’un "patriotisme économique", Arnaud Montebourg a aussi multiplié les attaques contre les règles sur les aides d’Etat édictées par Bruxelles, trop timorées à son goût, ou le niveau trop élevé de l’euro. Il rate rarement une occasion de défendre le gaz de schiste ou le maintien de l’énergie nucléaire en France et à tacler les écologistes du gouvernement.

Aiguillon du renouveau industriel

Au-delà des discours, Arnaud Montebourg peut se prévaloir surtout d’un succès. Le lancement à l’été de ses 34 plans de la nouvelle France industrielle pour préparer l’avenir des industriels français dans des domaines comme la robotique, l’usine du futur ou les voitures autonome a scellé son retour de flamme chez les industriels. C’est la marque de fabrique du "colbertisme participatif" de Montebourg : pour dessiner l’architecture de l’industrie de demain, l’Etat donne l’impulsion mais ce sont les entreprises qui pilotent à leur guise les projets.

A ces derniers de se mobiliser et d’oublier leurs rivalités commerciales. Certes, les moyens financiers restent limités et une partie des plans étaient déjà bien engagés par ailleurs. Il n’empêche, l’approche est appréciée. "Si on n’avait pas eu ces plans, nous n’aurions pas pu aller aussi vite", jure le chef de file du plan avion électrique Jean Botti, alors que le comité de pilotage a validé mi-mars les premières feuilles de route.

Un interventionnisme qui irrite

Mais le volontarisme d’Arnaud Montebourg a aussi des limites. Ses propos virulents contre la famille Peugeot ou Philippe Varin, le patron de PSA, ont hérissé inutilement une grande partie du patronat. Tout comme ses attaques contre le PDG de Sanofi ou d’Arcelor-Mittal, que le ministre ne regrette pourtant pas. Depuis la fermeture des hauts fourneaux de Florange fin 2012, le ministre a mis un peu d’eau dans son vin.

Mais certaines de ses interventions sur des dossiers ont ravivé les craintes d’interventionnisme. Son opposition au rachat de Dailymotion par l’américain Yahoo! a fait capoter l’opération mais a surtout rendu plus frileux les investisseurs de la high tech et joue contre la stratégie d’attractivité de la France, comme une terre "business friendly". En soutenant l’option de rachat de l’opérateur SFR par Bouygues ces dernières semaines contre celle qui a retenu l’examen de Vivendi, Numéricable, Arnaud Montebourg s’est aussi retrouvé en position délicate.

Un périmètre et des prérogatives limitées

Concernant les réformes, la refonte du code minier est encore en cours et devrait être discutée au parlement d’ici l’été. A l’inverse, la loi Florange, dont Arnaud Montebourg avait défendu le principe, vient d’être largement censurée par le conseil constitutionnel.

A la décharge du ministre, les dossiers les plus stratégiques pour l’industrie lui échappent. A Bercy, le troisième homme de la primaire socialiste a hérité d’un périmètre étriqué, qui nourrissaient les conflits entre le "Bercy d’en bas" et le "Bercy d’en haut" représenté par Pierre Moscovici ou les hauts fonctionnaires de la direction générale du Trésor. Même s’il a arraché la cotutelle de l’agence pour les participations de l’Etat, le ministre a dû se mettre en retrait sur la mise en place de la banque publique d’investissement et n’avait pas la main sur les plans de développement des exportations qui dépendaient de Nicole Bricq. Arnaud Montebourg a beau clamer qu’il est le second ministre de l’Ecologie du gouvernement, la mise en œuvre de la transition énergétique n’est pas de son ressort, pas plus que la question du gaz de schiste. Lui reste une parole libre dont il ne s’est jamais privé.

Solène Davesne

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