ARMEMENTLe futur missile de croisière relance le duel Matra - AérospatialeFurtivité contre vitesse supersonique, au-delà de la querelle technologique, c'est pour le leadership européen que s'affrontent les deux missiliers français. Mais ne devront-ils pas finir par s'entendre?

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Le futur missile de croisière relance le duel Matra - Aérospatiale

Furtivité contre vitesse supersonique, au-delà de la querelle technologique, c'est pour le leadership européen que s'affrontent les deux missiliers français. Mais ne devront-ils pas finir par s'entendre?



Entre le privé Matra et la société nationale Aérospatiale, le cessez-le-feu aura été de courte durée. C'est la publication du projet de loi de programmation militaire qui a relancé les hostilités. Seul nouveau grand programme militaire prévu pour la période 1995-2000, le missile de croisière ou, plus exactement, l'arme de précision tirée à grande distance (APTGD) commencerait à équiper les armées tricolores à partir de 2001. Selon François Léotard, le ministre de la Défense, la France prévoit d'acquérir environ 200 engins de ce type, dont le coût de développement et de fabrication en série est estimé à 2 milliards de francs. Concurrents sur ce programme, Matra et Aérospatiale défendent des solutions techniques radicalement opposées. L'APTGD sera une arme conventionnelle de prévention et de rétorsion. Tirée d'un avion -à grande distance de sa cible qu'elle devra atteindre de manière autonome-, elle servira à détruire des objectifs sensibles. Les Américains ont employé, pendant la guerre du Golfe, le Tomahawk, un missile nucléaire reconverti, à l'efficacité discutée. Compte tenu des limitations de crédits, l'APTGD, elle, devra faire mouche à tous les coups (ou presque) pour avoir une chance d'être adoptée par les états-majors. Aérospatiale propose la mise au point de l'ASMP-C, une version conventionnelle du missile nucléaire air-sol moyenne portée en service sous les ailes des Mirage 2000-N depuis 1986. Propulsé grâce à un statoréacteur à kérosène, il volerait à Mach3 et à 20000mètres d'altitude déjouant les radars avant de plonger sur sa cible à la verticale. En sept minutes, il parcourrait 400kilomètres.Les ingénieurs de Matra, eux, poussent le Super-Apache, un dérivé du missile antipistes Apache en cours de développement. Propulsé par un turboréacteur Turboméca, le Super-Apache aurait la même portée que l'ASMP-C et ne coûterait pas plus cher. Mais il volerait à vitesse subsonique (Mach 0,8), usant de sa furtivité et du vol à très basse altitude (entre 25 et 50mètres) pour éviter les défenses adverses. Pour atteindre une cible à 400 kilomètres, il lui faudrait, en revanche, 25 à 30 minutes.

Pas d'alternative

Le ministère de la Défense fera son choix d'ici à 1995. En attendant, la querelle d'experts atteint son paroxysme. Les partisans de la solution Matra tirent à vue sur l'ASMP-C d'Aérospatiale: "La vitesse supersonique interdit la précision." En face, on dénigre "la furtivité toute relative du Super-Apache, contraint de s'exposer un moment à 500 mètres d'altitude en arrivant sur sa cible pour mieux la fixer". L'enjeu dépasse les besoins de l'armée de l'air française. La Grande-Bretagne a lancé un appel d'offres. L'Allemagne pourrait être intéressée. Ainsi, le programme APTGD devra sans doute s'européaniser. Du coup, pour Matra et Aérospatiale, il recèle un autre attrait. Dans la course aux alliances à laquelle ils se livrent actuellement, celui qui réussira à embarquer sa technologie à bord de l'APTGD renforcera ses chances de fédérer, un jour, l'industrie européenne des missiles. Matra, sur le point de créer une société de missiles commune avec British Aerospace, semble avoir l'avantage. Son système a les faveurs de l'armée de l'air française. Aérospatiale, qui de son côté négocie la fusion de ses activités missiles avec celles de Deutsche Aerospace, refuse de s'avouer battue. D'abord, parce que sa technologie du statoréacteur, qu'elle est seule à maîtriser, mis à part les Russes, intéresse les Américains. L'US Air Force s'interroge sur la nécessité de rendre supersoniques ses futurs missiles de croisière. Ensuite, parce que, à partir de l'ASMP-C, il serait possible de développer à moindre frais l'ANNG, le successeur du fameux "Exocet". Reste à savoir si la France pourra longtemps se payer le luxe d'entretenir deux missiliers, voire trois, avec Thomson-CSF, le spécialiste de l'électronique des missiles, associé, lui, à l'irlandais Short Brothers dans les engins sol-air de très courte portée. Conscient du risque, Louis Gallois, le P-DG d'Aérospatiale, évoque, au final, une "probable" coopération industrielle entre Matra et Aérospatiale sur l'arme de précision. Face à des concurrents américains comme Hughes ou Raytheon, deux à trois fois plus puissants, l'alternative, de toute façon, n'existe pas.









USINE NOUVELLE - N°2459 -

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