ARMEMENT TERRESTREGIAT SOUS HAUTE SURVEILLANCELes comptes de Giat Industries sont dans le collimateur du gouvernement. L'énorme perte de 2,9milliards de francs suscite des critiques sur la gestion de Pierre Chiquet, en passe de céder son fauteuil de président.

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ARMEMENT TERRESTRE

GIAT SOUS HAUTE SURVEILLANCE

Les comptes de Giat Industries sont dans le collimateur du gouvernement. L'énorme perte de 2,9milliards de francs suscite des critiques sur la gestion de Pierre Chiquet, en passe de céder son fauteuil de président.



L'héritage est lourd, et le poste à hauts risques pour le successeur de Pierre Chiquet à la présidence de Giat Industries. Tout semble donc désigner aujourd'hui Jacques Loppion, polytechnicien de 56ans, membre du comité exécutif de Pechiney, qui réunit les qualités requises pour entrer dans quelques jours au conseil d'administration de la société d'armement terrestre, au titre de vice-président avant de prendre définitivement les rênes, en novembre. Son profild'industriel rompu aux difficultés le place en bonne position pour cette fonction peu enviable. Car les candidats ne se bousculent pas. En effet, non seulement le marché de l'armement est devenu peu porteur, mais la situation financière de Giat Industries s'est dégradée bien au-delà des pires pronostics. La perte nette du groupe a atteint l'an dernier la bagatelle de 2,9milliards de francs! Exsangue, le groupe demande une recapitalisation de 5milliards de francs, que l'Etat devra trouver légalement avant fin 1996. Une situation "inacceptable", tempêtent les ministères des Finances et de la Défense. Et la tutelle attend du nouveau président des propositions et des engagements avant de rétablir la situation. Pierre Chiquet défend pourtant son bilan. "J'ai des perspectives de redressement, mais à chaque fois on m'impose de nouvelles contraintes." Un "inventaire à la Prévert", se plaît-il à commenter: le glissement des commandes d'une année sur l'autre et les brusques variations des plans de charge, les incertitudes sur les achats de munitions par l'armée française (alors que le coût de production pourrait être réduit de 30% par un lissage sur cinq ans), le gain de productivité de 2% par an imposé par la Délégation générale pour l'armement. Sans parler des licenciements à gérer sur la base du volontariat ou des frais de R&D (équivalents à 15% du chiffre d'affaires) liés au renouvellement de 90% des produits entre 1990 et 2000... "Sur le plan opérationnel, on fait mieux", affirme Pierre Chiquet, qui calcule que le coût du char Leclerc qui sort des chaînes du Giat aujourd'hui est le même qu'en 1990 en dépit de l'inflation et de cadences de production annuelles tombées de 100 à 44. La mutation de l'Arsenal en société anonyme, en 1990, n'était certes pas une mince affaire. Pas plus que moderniser le management, amorcer une diversification et nouer des alliances. Surtout, l'inespéré succès à l'exportation du Leclerc, avec la vente de 436chars à Abou Dhabi pour 21milliards de francs en 1993, a fourni cinq millions d'heures de travail et un plan de charge jusqu'à la fin du siècle. Pierre Chiquet est un bon industriel qui connaît bien le monde arabe, concèdent les syndicats maison. Ces derniers sont d'ailleurs prêts à se battre pour que le président ne cède pas son fauteuil avant la fin de la campagne d'essais qui commence ces jours-ci en Arabie Saoudite et qui pourrait déboucher sur la vente de trois tranches de 150chars et d'une quinzaine de dépanneurs. Le contrat potentiel, qui pourrait se concrétiser en 1996, porte sur une trentaine de milliards de francs. Mais cette percée à l'étranger, qui drainera en 1998 plus de 68% de l'activité avec la montée en puissance des livraisons aux Emirats arabes unis, a peut-être occulté, voire amplifié les difficultés. Il semble que personne n'ait vu venir l'ampleur du désastre financier, pas plus les Pouvoirs publics que les dirigeants de Giat. Conséquence d'une politique de fuite en avant? "La direction a vécu au-dessus de ses moyens au début des années90 alors qu'elle licenciait", dénonce un syndicaliste. Certains choix, comme la centralisation des achats, se seraient également révélés désastreux: des difficultés dans l'approvisionnement ont notamment perturbé le démarrage de produits nouveaux. Et difficile d'y voir clair dans la complexité des comptes, notamment des modalités de gestion du contrat EAU. Dernièrement, l'entreprise aurait effectué des placements hasardeux, et la mauvaise couverture des taux de change, en pleine chute du dollar, aurait pesé "plusieurs milliards", confie un expert du ministère de la Défense. Ces errements restent bien évidemment à confirmer et à chiffrer. La cote d'alerte est en tout cas dépassée. Les comptes et la stratégie de Giat sont désormais sous haute surveillance. Nadine BAYLE



USINE NOUVELLE N°2509

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