Armement : Les industriels français de la défense courtisent la Grèce

Plusieurs contrats, frégates, avions de combat, pourraient tomber dans l'escarcelle de la France. A condition de ne pas se marcher sur les pieds.

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Armement : Les industriels français de la défense courtisent la Grèce
Tout se joue en quelques minutes : le vice-ministre grec de la Défense, Yannis Plakiotakis, venu inaugurer hier le salon de l'armement Defendory à Athènes, est happé par l'ambassadeur de France Christophe Farnaud pour que les ténors de l'armement français puissent vanter la qualité des produits « Made in France ». Et là, il faut jouer serré car la Grèce est à la fois un fidèle client de la France et un prospect stratégique pour les années à venir. Gros acheteur d'armes, la République hellénique a engagé un programme de rénovation de ses bateaux de guerre et de ses avions de combat dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2006-2016. La France pourrait ainsi placer 4 à 6 frégates multi-missions (Fremm) développées par DCNS, et 40 à 50 Rafale de Dassault. Avec leurs systèmes de combat et leur armement, l'ensemble de ces matériels pourraient représenter une valeur de 6,5 milliards d'euros.

Relations franco-grecques au beau fixe

« Les relations entre la France et la Grèce sont dans une phase particulièrement bonne », se réjouit l'ambassadeur de France, soulignant que la visite de Nicolas Sarkozy en juin dernier, « a été très importante pour faire avancer certains dossiers ». Le petit monde de l'armement hexagonal avait donc mis les petits plats dans les grands pour faire bonne figure, avec notamment une démonstration de la Patrouille de France et la frégate Aconit, de retour d'une mission au large du Liban, venue mouiller au Pirée.

Côté industriels, de DCNS à l'électronicien Thales, l'avionneur Dassault, en passant par le missilier MBDA (co-détenu par EADS, Finmeccanica et BAE), tous ont une bonne raison de faire la cour aux Grecs. Pour mettre toutes ses chances de son côté, DCNS s'est par exemple allié avec le chantier grec Elefsis, basé à proximité d'Athènes, qui fabriquera une partie des Fremm si le contrat est signé (la totalité des coques et une partie des systèmes). « Cela permet de satisfaire l'une des conditions mises par les autorités grecques pour remporter le marché tout en renforçant nos liens avec l'industrie grecque », analyse Jean-Marie Poimboeuf, PDG de DCNS, qui a ouvert un bureau de représentation à Athènes. De même, si Dassault Aviation veut l'emporter, il devra signer des contrats d'offsets avec l'industrie aéronautique grecque, Hellenic Aerospace Industries (HAI) en tête. L'avionneur joue sur sa légitimité de « vieux » fournisseur de l'armée de l'air grecque (Mirage F1 et Mirage 2000) pour l'emporter sur la concurrence. « Même si in fine, on sait que la décision obéira à des critères politiques », indique un dirigeant de Dassault.

Concurrences franco-françaises

Mais les industriels français devront s'armer de patience car rien ne devrait se jouer avant 2009, surtout dans le contexte financier actuel. «Entre la signature d'un accord et le véritable démarrage industriel, il peut s'écouler dix-huit mois », ajoute Yannis Tavoularis, directeur général d'Elefsis. D'autant que dans ce fameux marché des frégates, DCNS ne sera pas seul en lice : les espagnols de Navantia et les allemands de Thyssen Krupp Marine System (TKMS) ont également fait des offres.

Reste à savoir si la profusion d'offres françaises ne va pas jouer contre l'équipe « France ». Au printemps dernier, au Maroc, compte tenu des contraintes budgétaires, les Fremm de DCNS faisaient concurrence au Rafale de Dassault. Résultat, DCNS a vendu une Fremm, alors que l'avionneur, qui aurait pu placer une quinzaine de Rafale, est reparti bredouille au profit de F16 américains moins chers. « La Grèce peut décider d'acheter deux matériels français aussi onéreux, mais j'en doute », estime pour sa part Dimitri Kalligeris, vice-président d'Elefsis. Quoi qu'il en soit, des acteurs comme Thales et MBDA jouent sur les deux tableaux puisqu'ils équipent aussi bien les Fremm que les Rafale...

Guillaume Lecompte-Boinet, à Athènes

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