Quotidien des Usines

Arkema : une cible idéale pour des prédateurs étrangers

Olivier James , , ,

Publié le

Le groupe de chimie de spécialités s’apprête-t-il à tomber dans une escarcelle étrangère ? Le risque serait grand alors que le groupe est en train de se délester de ses activités les moins rentables…

Arkema : une cible idéale pour des prédateurs étrangers © Arkema

Après Rhodia acheté par le belge Solvay l’an dernier, le groupe Arkema pourrait-il bientôt connaître la même destinée ? Les sites internet spécialisés bruissent de rumeurs persistantes. Le dernier acteur de poids de la chimie tricolore, hormis Air Liquide, pourrait bientôt être racheté par un industriel issu d’un pays émergent. Une éventualité qui n’est pas vraiment nouvelle, mais qui pourrait maintenant se concrétiser…

Pourquoi une telle effervescence aujourd’hui ? Arkema est en train de céder son pôle vinylique au groupe Klesch. Une cession  annoncée en novembre dernier et effective depuis le mois de juillet. Et qui marque la fin d’une mutation entamée dès la naissance du groupe en 2004, suite à la réorganisation de la branche chimie de Total. Thierry Le Hénaff n’a eu de cesse dès lors de mener son groupe vers la chimie de spécialités, plus proche des consommateurs que la chimie de base. La cession des activités vinyliques parachève sa stratégie.

"Ce pôle vinylique représentait une pilule empoisonnée, estime Hervé Mangin, gérant du fonds Axa Europe Opportunités. Avec ce pôle, personne ne voulait d’Arkema." D’une spin-off peu rentable, Arkema est devenu une pépite qui attise toutes les convoitises. D’autant que sa valorisation boursière reste environ 30% inférieure à son chiffre d’affaires, proche de 6 milliards d’euros. Le groupe est donc rentable… et pas cher !

Une menace jugée "récurrente"

Parmi les noms des prédateurs potentiels : le saoudien Sabic, le chinois Sinochem et l’indien Reliance. Sont également évoqués l’allemand BASF, par ailleurs numéro un mondial du secteur, et l’américain Dupont. « Je ne pense pas que BASF serait autorisé à ce rachat pour des questions de monopole, analyse Hervé Mangin. Quant à Dupont, l’acquisition d’Arkema ne répondrait probablement pas à ses souhaits de diversification » D’autant que sa valorisation boursière reste environ 30% inférieure à son chiffre d’affaires, proche de 6 milliards d’euros, et que son actionnariat est très dilué. Le groupe est donc rentable… et pas cher !

Pour ce qui est des acteurs des pays émergents, la logique industrielle semble implacable. Alors qu’ils ont un accès privilégié aux matières premières, ils cherchent à remonter la chaîne de valeur de leurs produits. Autrement dit, à fournir des produits de plus en plus élaborés. Le rachat d’une pépite telle qu’Arkema leur permettrait d’avantageux transferts de technologies.

Du côté du groupe, on fait très peu de commentaires. Juste que la menace est jugée "récurrente" et que Thierry Le Hénaff tient à ce que son groupe "reste indépendant". Si cette cession avait lieu, nul doute qu’elle serait jugée dommageable pour la chimie française. Mais elle marquerait également le succès de ces deux derniers rejetons, Rhodia et Arkema, tous deux victimes de leur bonne gestion. Paradoxe : alors que la chimie française n’a jamais parue si menacée, Rhodia (via Solvay) et Arkema pourraient dans le même temps rejoindre Air Liquide au CAC 40. Un lot de consolation…

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