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L'Usine Aéro

Ariane 6 réutilisable, la fausse bonne idée de la Cour des comptes

Hassan Meddah , ,

Publié le

Les sages de la rue Cambon militent pour une fusée européenne réutilisable à l'instar de SpaceX. Mais l'Europe n'offre pas les mêmes cadences de tir que les Etat-Unis, où la NASA et le Pentagone assurent de gros débouchés à leurs lanceurs

Ariane 6 réutilisable, la fausse bonne idée de la Cour des comptes
Selon la Cour des comptes, la compétitivité d'Ariane 6 passe par son évolution vers les technologies réutilisables.
© airbus safran launchers - DR

Dans son rapport annuel rendu public mercredi 6 février, la Cour des comptes n'y va pas par quatre chemins. Selon elle, point de salut pour une fusée comme Ariane 6 si elle n'est pas réutilisable. "Les finances publiques vont en effet devoir soutenir simultanément : le développement d’Ariane 6 ; les innovations technologiques nécessaires à l’évolution de ce lanceur vers la technologie du réutilisable  pour maintenir sa compétitivité", recommandent les sages de la rue Cambon. Une certitude assénée qui tranche avec les discours prudents des agences et des industriels du secteur spatial européen qui, depuis le lancement du programme en 2014, expriment leur doute quant à la pertinence des lanceurs réutilisables.

Pour la Cour des comptes, la raison est évidente: la menace croissante de SpaceX qui ravi a Arianespace la position de leader mondial en 2017. Elle enfonce le clou. "Sur le plan technologique, SpaceX est parvenue à réutiliser un étage de son lanceur, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles baisses de coûts, lui permettant de proposer des prix encore plus bas sur le marché commercial". Mais une vérité spatiale aux Etats-Unis, l'est elle également en Europe? Rien n'est moins sûr.

La démonstration de la Cour des comptes n'est pas aussi totalement convaincante qu'il n'y paraît. De toute évidence, Ariane 6 ne bénéficiera pas des même cadences de tir que SpaceX. L'écart s'est déjà creusé l'an dernier. "Sur le seul premier semestre 2018, SpaceX a ainsi réussi 12 tirs avec son lanceur Falcon 9, soit davantage que ce que réalise Arianespace en une année", précise le rapport. Et rien ne montre que cela va changer.

Incertitudes sur le marché des constellations

Selon les calculs d'Arianespace, son concurrent SpaceX aurait bénéficié l'an dernier de quatre fois plus de commandes institutionnelles (en valeur). Et le groupe d'Elon Musk s'attend encore à engranger dans les années qui viennent de nouvelles commandes de la NASA grâce au développement de son programme de vol habité pour amener des astronautes vers la station spatiale internationale (ISS). Tout cela fait la différence comme le savent les auteurs du rapport qui reconnaissent que l’équilibre global du modèle économique de l'Américain est assuré par des commandes publiques américaines passées à des prix très supérieurs aux prix du marché.

Le marché va-t-il exploser d'une manière telle que la réutilisabilité serait un atout pour un lanceur? Là encore, c'est un pari. Après une crise sévère, le marché commercial des satellites géostationnaires peinent toujours à revenir à son niveau de plein activité. Les projets de constellation qui promettent d'envoyer des centaines de mini-satellites autour de la Terre pour offrir des connexions Internet, doivent encore se matérialiser.

OneWeb, le plus avancé dans le domaine, a déjà réduit son ambition de 900 à 600 mini-satellites. Ce qui est sûr en revanche, c'est que la concurrence s'aiguise et l'offre de lanceurs s'élargit avec des acteurs présents sur le marché des Etats-Unis, en Chine, en Inde, en Russie et au Japon. De quoi compliquer l'équation économique de la réutilisabilité !   

Assouplissement du retour géographique

Au-delà de la réutilisabilité, la Cour des comptes préconise également d'autres pistes intéressantes. Dans l'espace comme ailleurs, l'argent est le nerf de la guerre. Quand l'agence spatiale européenne dépense 5,6 milliards d'euros en 2018, la NASA en dépense 19,5 milliards de dollars, rappelle son rapport. Elle voit donc d'un bon œil la volonté de la Commission européenne de consacrer 16 milliards d'euros sur la période 2021-2027.

La Cour des comptes appelle également à mieux faire travailler  ensemble tous les acteurs européens concernés : "si l’Agence spatiale européenne, l’Union européenne, Eumetsat et les principaux États acceptaient de passer des commandes pluriannuelles pour leurs lancements institutionnels, les industriels bénéficieraient d’une plus grande visibilité sur leur plan de charge et d’une sécurisation de leurs financements", souligne-telle.

Elle milite également pour un assouplissement de juste retour géographique, pratique qui consiste à réaffecter une charge industrielle proportionnelle aux différents états participants en fonction de contribution aux programmes. "Ces règles devraient notamment être gérées de façon pluriannuelle et globale au niveau de l’ensemble des programmes spatiaux européens" conseille-t-elle.

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