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Quotidien des Usines

Areva sous-traite au Japon la partie noble de l'EPR finlandais

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Une première ! La cuve et le couvercle du réacteur nucléaire de nouvelle génération qu'Areva va construire en Finlande seront fabriqués au Japon par Mitsubishi. Et non par sa propre usine de Chalon/Saint-Marcel. Quant à la turbine et à l'alternateur, ils ont déjà échappé à Alstom au profit de Siemens.

Un comble pour une entreprise publique, au moment où le président de la République s'alarme de la désindustrialisation de la France ! Outre la partie conventionnelle (turbine, alternateur, contrôle commande), dévolue lors de la signature du contrat à Siemens (alors qu'Alstom était sur les rangs), la cuve et le couvercle de l'EPR (European Pressurized Water Reactor), le réacteur nucléaire de nouvelle génération qu'Areva va construire en Finlande, échappent eux aussi, selon nos informations, à l'industrie française.

Fausse bonne nouvelle

Flash-back. Le 18 décembre dernier, Anne Lauvergeon, présidente d'Areva, rentre triomphante de Helsinki avec en poche un contrat de 3 milliards d'euros : il s'agit de construire, en consortium avec Siemens, à Olkiluoto 3, le tout premier EPR (1 600 MW) pour le compte de l'électricien finlandais TVO. Anne Lauvergeon annonce alors que l'îlot nucléaire - dont le coeur du réacteur - serait fabriqué dans les usines de sa filiale Framatome ANP, sur les deux pôles « historiques » du nucléaire français. D'une part, sur le site de Chalon/Saint-Marcel, en Saône-et-Loire, où furent fabriqués la plus grande partie des cuves, tous les générateurs de vapeur, de même que tous les couvercles de cuve et pressuriseurs du programme français, de la centrale de Fessenheim à celle de Civaux 2. D'autre part à Jeumont (Nord), où furent produites les grosses pompes primaires et les mécanismes de commande.

Plus question aujourd'hui de retrouver ce schéma sur les 1,8 milliard d'euros, hors génie civil, du contrat. Pour gagner une dizaine de mois dans sa course contre la montre industrielle, et pouvoir mettre en service Okiluoto 3 au printemps 2009, Areva va, rien de moins, qu'externaliser la partie noble de l'îlot nucléaire. Décision a été prise de sous-traiter la cuve du réacteur de l'EPR finlandais à l'industriel nippon Mitsubishi Heavy Industries. Le géant japonais, pourtant l'un des grands compétiteurs mondiaux de Framatome, construira cette enceinte métallique étanche en acier qui renferme le coeur du réacteur, les structures de supportage de ce coeur et les structures de guidage des grappes de contrôle. L'enceinte sera entièrement coulée, forgée et usinée au Japon, pour l'essentiel à Kobe. Puis directement expédiée de l'archipel sur le site TVO, au sud de la Finlande. Le couvercle de la cuve sera, lui aussi, confié au Japon. Un contrat qui, au total, se chiffre en centaines de millions d'euros.

En fait, pour la partie lourde, seuls les quatre générateurs de vapeur et les pressuriseurs seront réalisés par Framatome dans l'usine de Chalon/Saint-Marcel. Explication ? Non pas le manque de personnel compétent sur cette ex-« cathédrale du nucléaire français », qui compte aujourd'hui 640 salariés (contre 1 200 il y a une vingtaine d'années, et 500 au milieu des années 90), mais... la surcharge de travail. Et le manque de moyens d'usinage. Pas de place ! L'usine de Chalon/Saint-Marcel, en effet, tourne aujourd'hui à plein régime, jour et nuit, pour livrer les derniers générateurs de vapeur des centrales du Tricastin et de Dampierre, opportunément commandés par EdF ces dernières années pour éviter une rupture dramatique du plan de charge du site. Et surtout les couvercles de cuve et les générateurs de vapeur commandés par neuf centrales américaines, qui constituent le gros de son plan de charge jusqu'en 2007. Parmi ceux-ci, deux générateurs de vapeur pour Prairie Island (Minnesota) qui devaient partir ce 26 février, et deux couvercles pour les centrales de Russellville (Arkansas) et de Turkey Point (Floride), également prévus pour ces prochains mois. Avec des délais très serrés et des pénalités extrêmement lourdes en cas de retard dans les livraisons.

Première rupture dans l'attelage Framatome-Alstom

« La vraie raison de la sous-traitance à Mitsubishi, déplore un responsable syndical, c'est qu'Areva et Framatome ANP n'ont pas anticipé. S'il n'était effectivement pas acquis que la Finlande commande un EPR, chacun sait en revanche que la décision d'en construire un en France est imminente. De même que se profile une forte relance du nucléaire en Chine, où Areva dispose de bonnes cartes pour participer à ce programme. »

Cette externalisation, qui vient après le choix de Siemens pour la partie conventionnelle de la cen- trale au détriment d'Alstom, partenaire historique, « met en cause le schéma sur lequel a été édifié le nucléaire français et qui explique dans une large mesure sa réussite, explique l'un des ex-patrons de la filière nucléaire française. Contrairement à ses concurrents, Framatome ANP a veillé à conserver la maîtrise de la totalité de la filière industrielle du réacteur, encouragé par EdF qui craignait plus que tout un incident générique sur ses centrales. Et l'attelage nucléaire Framatome-Alstom n'a, pour la première fois, pas fonctionné. » De fait, à l'automne 2003, les dirigeants d'Alstom, malgré les efforts déployés et des contacts au plus haut niveau entre les deux groupes voyaient, à leur grand dam, Areva choisir Siemens dans sa proposition à TVO. L'industriel allemand étant aujourd'hui associé à 34 % dans Framatome ANP.

Une revanche à prendre

Qu'en sera-t-il lorsque le gouvernement donnera son feu vert à EDF pour lancer la construction de l'EPR français ? Tout dépendra des délais qui seront imposés à la filière industrielle nationale qui, faute de commandes pendant une demi-douzaine d'années, a sous-investi et doit mettre les bouchées triples pour être au rendez-vous.

Alstom piaffe de pouvoir prendre sa revanche après le mauvais coup subi. Entre aussi en lice, le groupe France-Essor contrôlé par Michel-Yves Bolloré. Via ses filiales Creusot-Forge, Creusot-Mécanique et sa participation de 25 % dans Creusot Métal (les 75 % sont pour l'instant détenus par Industeel, filiale d'Arcelor), il est devenu le principal héritier de l'ex-empire Creusot-Loire. Au début de ce mois, Creusot Métal a coulé au Creusot, un lingot de 250 tonnes qui, entre autres applications possibles, pourrait déboucher sur la fabrication de grosses viroles porte-tubulure, la pièce principale d'une cuve nucléaire, comme d'un couvercle monobloc de cuve d'un réacteur de 1 600 mégawatts.

Areva, pour sa part, s'apprêterait à doubler son potentiel d'outillage sur Chalon/Saint-Marcel (brocheuse, perceuse profonde, aléseuse, tour vertical). Les capacités pour « refranciser » la filière pourraient ainsi être au rendez-vous. Un peu tard, hélas !

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