Areva se résout à se séparer de T et D

La priorité pour Areva est de trouver de l'argent frais pour boucler son budget : le groupe nucléaire semble se résigner à abandonner sa filiale électrique T et D.

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Areva se résout à se séparer de T et D

Anne Lauvergeon a changé d'avis. Elle voulait trouver une autre solution que la vente de T et D pour financer les dépenses, mais l'heure n'est plus aux tergiversations. Le gouvernement s'est chargé de faire passer le message. « Le spécialiste français du nucléaire Areva doit se concentrer sur son cœur de métier », a ainsi déclaré à l'Assemblée nationale le Premier ministre François Fillon. « Notre objectif, c'est de faire d'Areva notre champion pour le nucléaire civil dans le monde », a-t-il indiqué, précisant que le coeur de métier d'Areva allait de la mine d'uranium jusqu'au retraitement des déchets. Pas un mot sur les réseaux électriques.

C'est qu'Areva a besoin de cash, et vite. Le groupe peine à boucler son budget 2009, depuis 5 mois, et ne peut plus se permettre de retarder l'échéance... Selon Le Figaro du 29 janvier, le groupe nucléaire public n'était pas en mesure, à l'époque, de financer ses 2,7 milliards d'euros d'investissements prévus, et négocie depuis avec les pouvoirs publics pour trouver rapidement une solution. Sans compter qu'Areva devra trouver, en outre, trouver 2 milliards d'euros supplémentaires avant 2012 pour financer le rachat de la participation de 34% de Siemens dans Areva NP. L'énergéticien se mord en effet les doigts d'avoir laisser Siemens filer vers l'Est, et de devoir racheter ses parts au prix fort. Sans compter l'imbroglio finlandais de l'EPR : TVO réclame 2,4 milliards d'euros à Siemens et Areva pour le retard de 38 mois pris dans la construction du réacteur de 3ème génération (EPR) d'Olkiluoto, et de récentes malfaçons ont poussé l'autorité de sûreté nucléaire finlandaise à revoir le process de fabrication.

Une aide d'Etat à travers une augmentation de capital serait ardemment souhaitée par le groupe, mais le gouvernement, au budget serré en temps de crise, s'active pour explorer toute autre piste. La cession des participations d'Areva dans des sociétés cotées faisait figure de fsolution avorite. Ses parts dans Total, Safran et GDF Suez représentent au cours actuel environ 1,5 milliard d'euros, et la vente des 26% dans Eramet pourrait rapporter 900 millions d'euros supplémentaires. Le groupe aurait d'ailleurs déjà cédé sa participation dans le groupe Total , 0,4 % du capital soit près de 400 millions d'euros, afin de financer ses projets industriels, selon une information publiée samedi dans « Le Figaro ».


Le gouvernement a même envisagé d'ouvrir le capital du géant du nucléaire à des fonds souverains du Moyen Orient. Mais pour des raisons stratégiques, le fonds souverain étranger ne peut prendre que des participations minoritaires, de 1 à 5%. Et la vente des parts d'Areva dans d'autres sociétés cotées telles que GDF Suez n'arrondira de toute façon la fin d'année.

Niet. L'appel de François Fillon a donc sonné comme un couperet. « Nous allons arrêter dans les prochaines semaines les modalités du financement de cette priorité stratégique. Et en tout état de cause, je pense qu'on peut dire dès aujourd'hui que ces modalités de financement nécessiteront qu'Areva se concentre sur son coeur de métier », a-t-il dit. On ne peut être plus clair.

Un sacrifice. Mais la pilule est amère pour la patronne d'Areva. Car à plus d'un titre, T et D représente pour Areva un actif très « cœur de métier », du moins très stratégique. T et D compte pour 38 % du chiffre d'affaires 2008 et 48 % de son résultat opérationnel. Le métier de T et D, maillon essentiel entre la génération d'énergie et la basse tension, est en pleine ébullition. L'inauguration en grande pompe de 8 usines en Inde est là pour le prouver.

Cette compétence à convertir et à transporter l'électricité, à l'aide de transformateurs haute tension, pour la distribuer en moyenne et basse tensions aux utilisateurs finaux, s'insère parfaitement dans l'activité nucléaire d'Areva, ce qui lui permet de proposer une offre globale. Grâce à elle, le champion français du nucléaire peut aussi s'adresser à d'autres marchés, qu'il s'agisse des énergies renouvelables ou conventionnelles.

L'État français faisant pression sur Areva pour qu'il cède l'activité, évaluée par le journal économique entre trois et cinq milliards d'euros, Areva s'accrochait comme un beau diable à son trésor de guerre. Désormais, le géant du nucléaire se montre prêt à céder sa filiale de transmission et distribution (T&D) si l'Etat français, son principal actionnaire, utilise le produit de cette cession pour financer le développement du groupe nucléaire, a indiqué mercredi à Reuters une source proche du dossier. « Aucune décision n'est prise. C'est à l'Etat de décider », a déclaré cette source. « Si jamais cela devait se faire pour développer le modèle intégré d'Areva et si l'argent de la cession revient à Areva, c'est une option plus acceptable », a-t-elle ajouté.

Les acheteurs. Quant aux potentiels repreneurs, le groupe industriel Alstom a fait part de son intérêt pour la division T&D, qu'il avait été contraint de vendre pour 950 millions d'euros en 2004 en raison de la crise financière qu'il traversait alors. Un juste retour des choses. Mais selon Les Echos, d'autres industriels auraient manifesté leur intérêt pour le dompteur des réseaux haute tension, comme Schneider et General Electric mais aussi des fonds de capital-investissement, Axa Private Equity et CVC.

Ana Lutzky

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