Areva pressé de tourner la page

Quatre ans de carnet de commandes mais des résultats dans le rouge. L’état de santé d’Areva inquiète. Son président, Luc Oursel, assure que la société va mieux mais ne nie pas les incertitudes.

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Areva pressé de tourner la page

Areva reste une société difficile à déchiffrer. La Cour des comptes, après avoir ausculté les années 2006-2012, dénonce la gouvernance de l’entreprise et la mauvaise gestion de grands projets qui se traduisent par d’importantes pertes financières. Elle s’interroge même sur l’existence de malversations à l’occasion du rachat de l’entreprise minière Uramin. Champion mondial de l’atome, Areva n’en continue pas moins d’engranger des contrats dans le nucléaire et les énergies renouvelables. Le groupe conquiert même de nouveaux marchés et investit massivement pour modernises ses outils de production.

Les résultats n’éclairent pas beaucoup plus. Le chiffre d’affaires, le carnet de commande et le cash flow sont dans le vert. Mais le résultat net reste, pour la troisième année consécutive, dans le rouge. Président du directoire, Luc Oursel se montre optimiste : "Areva n’est pas au bord du gouffre. La société va mieux. Il reste juste du chemin à faire sur le désendettement." Pour renforcer le contrôle sur les investissments et les grands projets, le gouvernement vient d’imposer un changement de gouvernance. Areva sera dotée d’un conseil d’administration, avec un président et un directeur général.

Le bourbier finlandais

Résultats 2013
Chiffres d’affaires :  9,240 milliards d’euros (+6,4 %)
Résultat net : - 494 millions d’euros
Carnet de commandes : 41,5 milliards d’euros
Dette : 4,415 milliards d’euros
Le Plan d’économies action 2016, lancé par Luc Oursel en 2011, pèse sur le climat social dans l’entreprise. "La société perd de l’argent et ce sont les salariés qui le paient très cher", affirme Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT. Le principal handicap de la société reste l’EPR en construction en Finlande, à Olkiluoto. "Les beaux bénéfices engrangé par Areva dans la fourniture et le retraitement de combustibles sont absorbés par les provisions passé pour les retards sur le chantier", résume Nicolas Goldberg, analyste chez Colombus Consulting. Areva a passé un total de 3,9 milliards d’euros de provisions pour ce projet…

Luc Oursel refuse d’endosser la responsabilité du bourbier finlandais. "Nous continuons à supporter le poids de projets lancés dans les années 2000, explique-t-il. Il n’y a pas de problème technique sur l’EPR ni sur la capacité d’Areva à tester un tel chantier. Il y a des différends contractuels et nous appelons notre client [TVO] à s’engager sur un planning partagé !" Valérie Faudon, directrice générale de la Société française de l’énergie nucléaire, se veut optimiste : "Il y a eu des provisions mais Areva peut espérer en récupérer une partie grâce à la procédure d’arbitrage. Cela ne peut être qu’une bonne surprise."

Les deux réacteurs EPR en construction à Taishan, dans le sud de la Chine avancent à grands pas. Et celui lancé par EDF à Flamanville (Seine-Maritime) a enfin trouvé sa vitesse de croisière. Le Royaume-Uni en a commandé deux exemplaires à EDF pour le le site d’Hinkley Point. La Cour des comptes pointe du doigt d’autres projets en difficulté. Pour sa défense, Luc Oursel évoque ceux qui fonctionnent et rappele qu’Areva "travaille sur 3000 projets dans le monde". Au ministère de l’Economie, on ne s’inquiète pas : "La société est robuste. Il ne faut pas exagérer le problème des liquidités. L’entreprise a dû mener de gros investissements."

Areva a investi 3 milliards d’euros dans l’usine d’enrichissement Georges Besse II au Tricastin (Drôme). Et l’usine Comurhex est en cours de modernisation. De quoi conserver une avance sur ses concurrents. La solidité d’Areva repose sur le fait que 80 % de son activité est récurrente. Le groupe est présent dans 360 des 435 réacteurs nucléaires en fonctionnement sur la planète. Areva y fournit des services, des équipements, du combustible… Et ce chiffre est plutôt à la hausse. A la suite de l’accident de Fukushima, Areva a lancé le programme Safety Alliance qui propose aux électriciens des gammes de solutions pour la sûreté. Franc succès avec 150 projets pour 53 clients. "Nous installons des équipements sur des réacteurs concurrents. Ce qui prouve bien la supériorité de la sûreté de nos technologies", se réjouit Luc Oursel.

Un environnement incertain

Mais le tableau présente des zones sombres. Les activités récurrentes, en particulier la fourniture de combustible, restent tributaires d’un environnement économique incertain. Le redémarrage des réacteurs japonais tarde. Les deux premiers réacteurs ne seront rallumés au mieux qu’à l’automne. Ce retard continue à tirer vers le bas les cours mondiaux de l’uranium, à moins de 30 dollars la tonne, forçant Areva et certains de ses concurrents à mettre des mines sous cocon. Enfin, les concurrents russe, japonais et nippo-américain d’Areva s’inspirent de son modèle intégré pour offrir une large gamme de services.

Luc Oursel s’était fixé comme objectif de vendre dix réacteurs entre 2011 et 2016 : "L’objectif est atteignable même s’il prend un ou deux ans de plus", assure-t-il. Le patron d’Areva compte sur l’appel d’offres que lancera fin 2014 l’Arabie Saoudite. Le Royaume wahabite compte s’équiper de seize réacteurs nucléaires. Areva pourra-t-il compter sur son principal actionnaire, l’Etat français, qui détient 86,52 % de son capital en direct ou à travers le CEA et la BPI ? Par le passé, l’Etat-actionnaire n’a pas été toujours le meilleur allié d’Areva. Le groupe français se retrouve régulièrement face à des concurrents qui bénéficient de prêts directs de leur Etat… "Areva souffre de ne pas avoir d’appui financier de l’Etat, confirme un analyste. Sur les marchés où le Français n’a pas été retenu (Jordanie, Finlande…), en face, les concurrents bénéficiaient d’investissements d’Etat, alors qu’Areva ne pouvait avancer de telles garanties."

Le rapport définitif de la Cour des comptes fustige le gouffre financier qu’a représenté le rachat de la petite compagnie minière Uramin, surfacturé alors que les promesses de production d’uraninum ont fait long feu. "La page est tournée, veut croire Luc Oursel. Toutes les conséquences sont totalement intégrées dans les comptes d’Areva." "Il est temps de se projeter sur l’avenir", juge Pierre Blayau, le président du conseil de surveillance. Reste qu’Areva devra solder le passé en commençant par achever le chantier finlandais et afficher enfin des bénéfices.

Ludovic Dupin

Les Forces et Faiblesses d’Areva
Force :
- Leader mondial de la fourniture de combustible et pour le recyclage
- Un modèle intégré qui permet de proposer des solutions clé en main
- Plus de 80 % de l’activité est récurrente

Faiblesse
- Le réacteur EPR à Olkiluoto en Finlande accumule 3,9 milliards d'euros de provision
- Une forte présence au Japon où les réacteurs peinent lenteur à redémarrer
- L'absence de garantie d'Etat sur les marchés à l'export

Opportunités
- L’appel d’offres nucléaire en Arabie Saoudite pour seize réacteurs
- Le démantèlement des réacteurs européens, dont les coûts sont déjà provisionnés
- Une possibilité de récupérer les activités éoliennes d'Alstom

Risques
- Une concurrence internationale qui se structure rapidement
- La crise de la dette en Europe qui ralentit les investissements
- La réduction de la part de l’électricité d’origine nucléaire en France

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