Areva : les défauts de la cuve de l’EPR connus depuis 2006 ?

Des anomalies sur la cuve de l’EPR de Flamanville ont été mesurées dès 2006. Pourtant ce n’est qu’en 2015 que la solidité de cette pièce clé du réacteur nucléaire est interrogée. De son côté, Areva se justifie de toute volonté de dissimulation en indiquant que toutes les informations ont été transmises dans les temps. 

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En avril dernier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) lâchait une bombe en révélant des problèmes sur la qualité de l’acier du couvercle et du fond de la cuve destinée à l’EPR de Flamanville. Des teneurs trop importantes de carbone pourraient conduire à une fragilité de cette pièce maîtresse, soumise à d’énormes contraintes de pression et de température.

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Après ce premier coup de boutoir pour la filière nucléaire française, le Canard Enchaîné, dans son édition du 8 juillet, révèle un document transmis à Areva par l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) qui indiquerait qu'Areva connaissait ce défaut depuis 2006. Selon l’hebdomadaire, Areva a dissimulé une information. L'IRSN évoque pour sa part un manque de réactivité de l’industriel.

Du côté d’Areva, on dément formellement avoir caché une quelconque information. Les premières mesures de carbone ont été faites en 2007. Elles servaient alors à orienter la pièce dans le bon sens pour le travail des forgerons. "Ces deux mesures apparaissaient dans les documents transmis à l’ASN en 2008, mais à l’époque la question n’était pas encore la résilience de la pièce", explique un porte-parole. Ceci dit, la société reconnaît a posteriori que "l’écart (Ndlr : dans les teneurs de carbone mesurées) était plus important qu’attendu. Peut-être y a-t-il un défaut d’interrogation de part et d’autre (Ndlr : chez Areva et chez l’ASN/IRSN) ?", s'interroge le porte-parole.

Areva et l’ASN dos-à-dos

Les doutes sur la qualité de la pièce ne seraient intervenus qu’en 2012 chez Areva, date à laquelle la société a lancé des examens sur une pièce sacrificielle. En 2014, cela a amené à découvrir les teneurs anormales de carbone dans le couvercle et le fond de la cuve. Les informations ont été transmises à l’ASN, qui a rendu ce défaut public en avril 2015. "Nous avons toujours transmis toutes les informations demandées par la réglementation", insiste le porte-parole d’Areva. De leur côté, l’IRSN et l’ASN affirment être au courant seulement depuis 2015 des anomalies.

Tandis que les acteurs du dossier se renvoient la balle, la direction d’Areva a lancé deux études. L’une sur la cuve pour vérifier si elle est utilisable, ou non. La réponse de l’ASN est attendue pour le premier semestre 2016. EDF se dit confiant sur le sujet, l’ASN continue à parler d’un défaut sérieux. Par ailleurs, un audit externe a été lancé sur les usines du Creusot et de Châlons/Saint-Marcel (Saône-et-Loire).

Une recapitalisation indispensable

Toutes ces questions sur la possibilité d’utiliser la cuve de l’EPR ralentissent les tractations en cours sur le nouvel Areva, dont la partie réacteurs et services devrait être cédée à EDF. Hasard du calendrier, ce même mercredi 8 juillet, deux parlementaires de la Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire remettaient leur rapport sur la situation financière d’Areva. Marc Goua, député PS de Maine-et-Loire, et Hervé Mariton, député Républicains de la Drôme, jugent que la désintégration d’Areva entre l’activité réacteurs et l’activité uranium fait sens. Mais ils alertent le gouvernement sur le fait que cette réorganisation de périmètre ne suffit pas. "Areva a besoin de 7 milliards dans les trois prochaines années et le groupe ne peut pas y faire face" affirme Hervé Mariton. "Une solution durable doit aussi passer par une recapitalisation de la société par l’Etat, des acteurs français ou des acteurs étrangers", ajoute le député.

Ludovic Dupin

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