Areva/Lauvergeon : bientôt les moyens d'une stratégie

Le plan de financement d'Areva, qui doit permettre au groupe de financer plus de 10 milliards d'euros d'investissements d'ici à 2012, prévoit l'entrée de partenaires stratégiques dans son capital à hauteur de 15 %, par le biais d'une augmentation de capital. Les discussions, avec les investisseurs potentiels, se déroulent aujourd’hui au niveau de l’Etat.

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Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva, répondait ce matin, mercredi 13 janvier, aux questions des députés devant la commission du développement durable de l'Assemblée nationale. Elle a fait le point sur plusieurs dossiers sensibles.

AUGMENTATION DE CAPITAL

Concernant l’augmentation de capital du groupe nucléaire français qu’elle estime indispensable, elle a indiqué que les discussions en cours, avec divers investisseurs, étaient passées au niveau de l'Etat. « Un certain nombre d'investisseurs stratégiques sont maintenant convaincus de l'intérêt de l'entreprise. Les discussions sont maintenant au niveau de l'Etat sur la valorisation du groupe et sur les conditions de leur entrée, a-t-elle affirmé. Toutes les grandes entreprises industrielles ou presque ont eu une augmentation de capital dans ces dernières années. Nous avons besoin de renforcer nos fonds propres par rapport à l'extraordinaire développement que nous connaissons. »

Anne Lauvergeon ne s'est pas exprimée sur l'identité des partenaires potentiels, ni sur le calendrier de l'opération. Toutefois, « Le Figaro » écrivait le 8 janvier que l'Etat, qui détient plus de 90% du capital d'Areva, discutait avec le groupe industriel japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI), et les fonds souverains du Qatar et du Koweït.

ABOU DHABI : UNE DEMANDE TRÈS SPÉCIFIQUE

Concernant l’échec d’Abou Dhabi fin décembre pour le quatuor français (Areva, GDF-Suez, EDF et Total), Anne Lauvergeon a affirmé que son groupe avait perdu le contrat des quatre réacteurs nucléaires au bénéfice du consortium coréen KepCo parce que les paramètres de sécurité et les capacités de production du réacteur envisagé avaient rendu l'offre française trop chère. « Ce n'était pas un problème de taille (du réacteur), l'EPR n'était pas du tout un sujet aux Emirats », a-t-elle estimé.

Avec le tarif proposé, les Coréens « ont payé » leur 1ère expérience à l’international. « Nous, nous sommes là pour faire des affaires. A ce prix là, Non! Voilà ce que nous avons dit. » Elle a également laissé entendre que le consortium français avait eu des difficultés à s'organiser… regrettant les deux réponses « négatives » successives d’EdF de s’engager dans cette aventure dès le départ.

«La problématique que nous avons eu, c'est que les émiratis avaient une demande très spécifique qui était d'avoir un seul contracteur. Quand j'ai identifié le sujet, très longtemps en avance, je suis allée voir le président d'EDF (Pierre Gadonneix, NDLR) pour lui demander d'y aller. La première fois, il m'a dit non parce que le projet n'existerait pas et, la deuxième fois, il m'a dit non parce que ce n'était pas un pays stratégique.»

A l’origine, le montage réservait à GDF-Suez et à Total 45 % chacun du consortium, tandis que 10% revenaient à Areva. « Toute la problématique a été de remettre EDF dans le sujet de façon harmonieuse. » Anne Lauvergeon a en outre souligné que les Emirats arabes unis n'avaient pas compris que la France confie le rôle d'opérateur à EDF pour le deuxième EPR français, tandis que GDF-Suez ne prenait qu'une participation dans ce projet. « Jamais, nous n’avons voulu être le leader dans un pays. On n’est pas opérateur et on n’a aucune envie de faire le métier des autres », a-t-elle également émis.

OL3 : ETAT DES LIEUX


Selon Anne Lauvergeon, qui ne s’est pas exprimé sur l’allongement de la facture et du calendrier des travaux en cours de l’EPR finlandais malgré les multiples questions à ce sujet, les problèmes de l'EPR OL3 ont plusieurs sources : c’est la tête de série et nous avons eu des difficultés avec notre client et nos fournisseurs qui n’étaient pas au diapason.

Concernant les travaux, le Dôme a été posé dans le courant de l’été 2009 et « nous sommes aujourd’hui au piping ». Tous les gros composants sont désormais intégrés, sauf la grande cuve fabriquée au Japon par Mitsubishi Heavy Industries/MHI (éventuel futur investisseur stratégique au capital d’Areva?). Par ailleurs, suite à un accord avec Areva, 70 millions d’euros sont notamment investis sur le site Industeel d’ArcelorMittal pour lui permettre d’augmenter sa capacité à livrer au groupe nucléaire des lingots creux et pleins pour pièces forgées. Notamment le futur lingot creux de 300 tonnes qui entrera dans la fabrication des composants lourds des centrales de type EPR.

EPR : UN REACTEUR TROP SÛR ?

Pour la génération 3+ (EPR), la sécurité coûte. "Alors, est-ce un coût trop important ? La question est légitime et on peut se la poser après Abou Dhabi, a-t-elle poursuivi. On a comparé deux (réacteurs) qui n'avaient pas le même niveau de sûreté (...), on a comparé une voiture avec des airbags et une ceinture avec une voiture sans airbag et sans ceinture », a illustré la présidente d'Areva.

Selon elle, un réacteur sud-coréen ne pourrait pas être construit en France. Et de s’interroger sur l’avenir du secteur : doit-on revenir à un nucléaire à deux vitesses ? Ou va-t-on vers un nucléaire trop exigeant ?

L’enjeu serait dans les futures normes qui s’imposeront au niveau mondial dans ce domaine, notamment seront-elles celles en vigueur en Europe et aux Etats-Unis aujourd’hui ou pas ? Et de rappeler qu’Areva a fait le choix du long terme et du plus sécuritaire possible (« Qu’est-ce que l’on construit pour nos enfants ? »).

Il reste ensuite à voir ce que feront les Chinois d’ici à quinze ans, pays où se construisent actuellement des réacteurs de génération 3+ et de génération 2... Anne Lauvergeon rassure toutefois l’auditoire en précisant que « quoi qu’il se passe, on sera sur ce marché ! » Enfin, elle a estimé que « oui », l'EPR est trop gros pour un certain nombre de pays : « Je n'ai aucun état d'âme là-dessus et c'est pour cela qu'on a défini une gamme. Il faut que ça se sache, qu'on sorte de ce mono EPR, cette obsession de l'EPR franco-française. » En dehors de l'EPR (1 650 MW), Areva développe Atmea 1, un EPR de 1 100 MW avec le japonais MHI, commercialisé à partir de 2011 ; et Kerena, un réacteur à eau bouillante de 1 250 MW avec les allemands Siemens (via Areva NP) et E.On. Une offre française "monoproduit" qu'avait largement critiqué Henri Proglio dès sa nomination à la tête d'EDF. Tout le monde serait donc d'accord...

TRICASTIN : L’USINE GEORGE-BESSE II SUR LA SELLETTE ?


Revenant sur la rupture de commande pour 2011-2012 d’uranium enrichi de la part de son plus gros client, EDF, Anne Lauvergeon a posé la question : « Va-t-on dépendre des Russes pour l’enrichissement ? ».

« Si on arrête les installations d’Eurodif fin 2010, nous ne savons pas quand nous pourrons obtenir des autorisations de démantèlement», déplorait récemment Frédéric d’Agostini, le directeur d’Areva-Tricastin. Faute d'autorisation, « les 500 personnes disponibles ne seront pas occupées au rinçage et à la déconstruction». Le calendrier de la transition sociale et industrielle n’avait en effet pas prévu ce trou de plan de charge, la nouvelle usine George Besse II prenant le relais à partir de 2012. « Au-delà du Tricastin, c’est tout le bassin d’emploi qui est touché : nous avons quelques centaines de sous-traitants qui travaillent de manière régulière pour le site », comptabilise-t-il. Plaque-tournante de l’uranium, le site du Tricastin représente en tout 3000 salariés, 2000 sous-traitants, et 1500 ouvriers sur les chantiers. Reclasser 500 personnes n’est aux dires du directeur « pas évident ».

Anne Lauvergeon est allée plus loin : « Chez Edf, on pourrait souhaiter voir s’arrêter Eurodif en 2010… Mais si cet arrêt est provoqué, on peut arrêter GBII » (la nouvelle unité d’enrichissement en cours de construction au Tricastin). Et de rappeler le rôle de « chef de file » que souhaite jouer Henri Proglio, à la tête d’EDF depuis fin 2009. « EDF, oui, en chef de file. » Mais qu’il retrouve le sens commun de nos investissements en France… Dans ce domaine, « Eurodif est un cas d’école ! ». Sur la cacophonie ambiante, Anne Lauvergeon souhaite que chacun se serre les coudes si on veut que l’équipe France marche. « Pas question pour nous de faire le métier de l’électricien. Nous sommes le 1er fournisseur de TOUS les électriciens. Il faut que chacun retrouve les compétences qui sont les siennes… Arrêtons de critiquer... »

URANIUM : 1er PRODUCTEUR MONDIAL

Ce serait un scoop selon Anne Lauvergeon : « Nous sommes devenus en 2009 le 1er producteur mondial d'uranium. Nous avons doublé notre production depuis le début de la décennie. Aujourd’hui, il y a 70 ans de réserves prouvées d'uranium. » Avec la génération 4 (de réacteur nucléaire), « ça va nous permettre d'avoir 5 000 ans de réserves d'uranium », a-t-elle ajouté. Les réacteurs dits de 4ème génération, dont le développement a été acté dans le grand emprunt, devraient permettre des économies de ressources, l'optimisation des déchets et des rejets, la séparation et le recyclage des matières.

Catherine MOAL

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