Areva, EPR, organisation de la filière nucléaire... les questions que l’Elysée doit trancher

Une réunion entre EDF et Areva se tient à l’Elysée ce mercredi 3 juin. Au-delà des périmètres des deux sociétés, le Président de la République doit décider quoi faire des chantiers EPR en France et en Finlande. Le premier pèse dramatiquement sur les comptes d’Areva, le second pourrait condamner le réacteur tricolore.

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Areva, EPR, organisation de la filière nucléaire... les questions que l’Elysée doit trancher

Depuis trois mois, le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, a pris en charge le dossier Areva. Avec ses 4,9 milliards d’euros de pertes enregistrés en 2014 et près de 6 000 suppressions d’emplois annoncées, le champion nucléaire n’a jamais fait aussi pâle figure. Le tout dernier scénario tend vers une scission d’Areva, son activité Réacteurs étant reprise par EDF pour environ 2 milliards d’euros. A cela, s’ajoutera l’entrée d’électriciens chinois au capital du groupe pour redonner une assise financière aux activités rentables (car il y en a !). Une première étape importante sera franchie mercredi 3 juin : les dirigeants d’Areva et d’EDF se retrouvent à l’Elysée. Le Président de la République et ses équipes doivent analyser l’offre de l’électricien. L’Etat, actionnaire des deux groupes à plus de 80 %, devrait donner son feu vert pour poursuivre les négociations plus en avant.

Des choix stratégiques hasardeux

Le problème est que la refonte d’Areva et, par essence, d’une large partie de la filière nucléaire française, ne suffit pas à faire table rase du passé. Comme l’expliquait Emmanuel Macron dans une interview accordée à l’Usine Nouvelle : "On paie avant tout des choix stratégiques hasardeux, dans lesquels l’État actionnaire des années 2000 a sa part : le choix d’Areva de porter seul le risque de la construction du premier réacteur EPR à Olkiluoto en Finlande, sa diversification dans les mines sans assurer la profitabilité de son cœur de métier et un dysfonctionnement profond de la filière nucléaire française qui s’est fait concurrence à elle-même à l’international".

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François Hollande doit décider, en particulier, du sort du réacteur EPR et des chantiers en cours. L’EPR en construction en Finlande, chantier débuté en 2005, affiche 7 ans de retard. Il pèse lourdement sur les comptes d’Areva. En 2014, le groupe a passé 720 millions d’euros de provisions, pour un montant total approchant les 3 milliards. "Ce contrat comportait au moins deux clauses constituant une bombe à retardement, sans compter, sans doute, une sous-évaluation du prix de vente. D’une part, le délai de réalisation était exagérément bref. D’autre part, les pénalités de retard n’étaient ni limitées dans le temps, ni plafonnées. Du coup, l’énorme retard constaté est supportable par le client finlandais. Mais pour Areva, il en résulte des milliards de perte", analyse Jean Syrota, ex-directeur de la Cogema, société fusionnée avec Framatome pour donner naissance à Areva.

La cuve de tous les dangers

L’EPR français, en construction à Flamanville (Manche), affiche cinq ans de retard et un surcoût de 3 milliards d’euros. Une épée de Damoclès est désormais suspendue au-dessus du réacteur depuis que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a pointé du doigt un défaut sur la cuve construite par les ateliers d’Areva à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). Il s’agit d’une anomalie dans la résistance de l’acier sur le fond et le couvercle de la pièce de 11 mètres de haut et 425 tonnes. Lors d’une audition au Sénat fin mai, Pierre-Franck Chevet, le président de l’ASN, parlait "d’une anomalie très sérieuse (…) sur un organe crucial en terme de sûreté". En octobre prochain, Areva remettra de nouvelles études sur cette lourde pièce forgée. Fin 2015 ou début 2016, l’ASN indiquera si la cuve est utilisable moyennant une surveillance renforcée ou si elle doit être remplacée. Dans ce dernier cas, difficile d’imaginer les surcoûts et les retards supplémentaires… la survie du chantier est même questionnée.

EDF ne veut pas porter l’ensemble des risques des deux EPR en construction en Europe. Son budget est déjà serré alors qu’il doit investir pour construire deux EPR en Grande-Bretagne et réaliser le Grand carénage du parc nucléaire français, afin de porter la durée de vie des centrales hexagonales de 40 à 50 ans, pour 55 milliards d’euros. De plus, l’électricien a déjà engagé des travaux d’ingénierie pour l’après-EPR. Cet "EPR NM" (pour Nouveau Modèle) sera toujours un réacteur de troisième génération mais plus petit, plus simple et plus constructible. Dans les années 90, lorsque l’Etat a forcé au rapprochement d’Areva et de Siemens (alliance aujourd’hui rompue), EDF ne voulait pas de l’EPR, ayant déjà dans ses cartons son propre réacteur, le REP 2000.

François Hollande va donc devoir, au-delà de l’organisation de la filière nucléaire, donner aussi des indications sur ses orientations technologiques. Une première piste se dessinera ce mercredi 3 juin dans le bureau du chef de l’Etat à l’Elysée. Des décisions plus concrètes devrtaient être actées mi-juillet à l’occasion d’un Conseil de politique nucléaire.

Ludovic Dupin

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