Areva doit devenir "médecin du nucléaire", affirme Jean-Marie Chevalier

Jeudi 21 mai, Areva tient sa première assemblée générale depuis l’annonce du plan stratégique qui devrait déboucher sur une scission du groupe. Jean-Marie Chevalier, spécialiste de l’énergie, professeur émérite de sciences économiques à l'Université Paris-Dauphine, juge que le salut d’Areva passera par la spécialisation dans les services. Pour la filière française du nucléaire, il parie sur le développement du réacteur Atmea.

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Areva doit devenir

L'Usine Nouvelle - Existe-t-il encore un avenir pour Areva ?

Jean-Marie Chevalier - Oui, il y a un avenir mais pas celui qui était prévu à l’origine. Il faut replacer Areva dans une perspective historique. La société a été créée en suivant un principe d’intégration verticale de l’amont à l’aval - des mines aux réacteurs - à une époque où tout le monde s’attendait à la renaissance du nucléaire. En France, cela s’est traduit par la fusion de Framatome et Cogema et par l’engagement dans le projet de réacteur EPR plus puissant, plus sûr, plus coûteux… Et la catastrophe de Fukushima est arrivée. Outre le traumatisme mondial, cela s’est accompagné de l’arrêt de 50 réacteurs au moment même où Areva subissait des dérives de coûts sur ses chantiers.

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Ce modèle intégré est-il caduque aujourd'hui ?

Dans le monde, il y a 450 réacteurs en fonctionnement. Leur vieillissement va demander de plus en plus de services. Après l’accident de Fukushima, l'ancienne présidente d’Areva Anne Lauvergeon disait : "Nous sommes les médecins du nucléaire." C’est une très bonne formulation, car le marché des services et de la maintenance des réacteurs croit. Areva est déjà présent sur la moitié des centrales du monde. Ces services vont augmenter en qualité et en valeur. Areva est bien placé pour en bénéficier pleinement ! Le problème est de bien gérer la transition entre la construction de réacteurs et le moment où l’on devient spécialiste de la maintenance.

Areva doit-il arrêter de construire des réacteurs ?

Non, je ne dis pas ça. Mais nous ne savons pas ce qu’Areva va devenir. EDF a des velléités pour récupérer des morceaux d’Areva, Engie aussi… L’avenir est incertain. Ce que je dis simplement, c’est que l’un des grands atouts d’Areva est ce besoin de maintenance de plus en plus important.

Les nucléaristes étrangers semblent mieux se débrouiller…

La filière française est plombée par les dérives de coûts de l’EPR. L’américain Westinghouse ne connait pas de tels soucis. Du coté des russes, nous avons du mal à savoir réellement quels sont leurs coûts. Mais ces derniers assurent auprès de leurs clients des solutions de financement, ce qui est essentiel. Les Chinois deviennent de vrais constructeurs indépendants. Quant aux Coréens, ils ont conquis le marché des Emirats arabes unis… Oui, globalement, ils se débrouillent mieux que nous. La différence : ils sont tous allés moins vite dans l’innovation. Ils n’ont pas construit les EPR de 1600 MW, ils sont restés plus classiques. Aujourd’hui, la filière française a entre les mains l’Atmea, un réacteur de plus petite puissance que l'EPR, qui sera construit en Turquie. C’est un atout très intéressant !

L’EPR a-t-il été une erreur ?

Il faut se remettre dans le contexte des années 80 après Tchernobyl. Les ingénieurs français souhaitaient développer un modèle plus gros, plus efficace, plus sûr. L’EPR a été pensé dans le cadre d’une alliance avec l’allemand Siemens qui s’est mal passée. La filière française a mis au point l’EPR dans l’illusion que de grandes puissances permettraient de faire des économies d’échelle. Or l’expérience en France a montré que les réacteurs de 1450 MW n’ont pas produit une électricité moins chère que les modèles précédents plus petits.

Le rapprochement d’Areva NP et d’EDF est-il une bonne solution ?

Difficile de répondre à cette question. Je suis réticent à l’idée qu’un exploitant construise des centrales car ce n’est pas le même métier. Il ne faut pas trop concentrer les compétences. Si un électricien conçoit un réacteur, il y est lié, ce qui n’est pas favorable pour le vendre à des électriciens concurrents.

Propos recueillis par Ludovic Dupin

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