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L'Usine Matières premières

ArcelorMittal : pourquoi Florange enflamme les esprits

Olivier James , , , ,

Publié le

C’est le sujet industriel le plus brûlant du moment. Alors que François Hollande et Lakshmi Mittal se rencontrent, les réactions fusent de toutes parts. Les raisons d’une telle déflagration.

ArcelorMittal : pourquoi Florange enflamme les esprits © Reuters

Sommaire du dossier

Pas un jour, pas une heure ne passe sans une nouvelle réaction à propos d’ArcelorMittal. Le numéro un mondial de l’acier est sous les feux des projecteurs comme rarement groupe industriel l’aura été ces derniers mois. Il faut dire que le très actif ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a mis toute son énergie et sa verve dans ce dossier, allant jusqu’à proposer une "nationalisation transitoire" du site de Florange.

L’Etat reprendrait l’ensemble du site et le revendrait à un éventuel repreneur après une période plus ou moins longue. De quoi provoquer un déchaînement de réactions en cascade dans la classe politique, les médias français et internationaux, les syndicats et les forums internet. Pourquoi une telle agitation ?

Parce que c’est un symbole politique

Arnaud Montebourg veut faire de Florange un exemple. Sa ferveur ressemble à une posture politique. Alors que les plans sociaux se multiplient et que la compétitivité est le cheval de bataille du gouvernement, il veut à tout prix éviter la fermeture des deux derniers hauts-fourneaux de ce site historique de la sidérurgie lorraine. Ils sont vétustes et de taille moyenne. Ils ont été malmenés par les arrêts et redémarrages successifs de ces dernières années et leur rénovation complète coûterait plusieurs centaines de millions d’euros.

Qu’importe : pour l’impérieux ministre, il faut les sauver ! Un souhait cohérent au niveau industriel, étant donné qu’il est préférable sur un site sidérurgique de maintenir à la fois la phase dite "liquide", de production d’acier, et celle dite "aval", de transformation d’acier. Mais à l’heure où les sites sidérurgiques sont en surcapacités partout en Europe, et au vu du coût nécessaire à la modernisation des hauts-fourneaux, cet impératif semble moins pertinent.

Sur le plan politique, Arnaud Montebourg sort pour le moment gagnant. Il n’est freiné ni par le président de la République et le gouvernement, ni même par l’opposition. Le président socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, l’a par exemple publiquement soutenu. Plus étonnant, le député UMP Henri Guaino, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, lui a donné raison "sur le fond". Le président de l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants) Jean-Louis Borloo s’est dit de son côté favorable à un "contrôle public provisoire".

Parce que c’est une filière stratégique

La sidérurgie fait très rarement la une des journaux et des magazines. Alors que les télécoms et les technologies du numérique semblent projeter l’industrie dans le futur, l’acier, aux yeux de certains, lui font opérer un retour en arrière. A tort : les alliages haut de gamme qui sortent de Florange, mais aussi des usines de groupes tels que l’allemand ThyssenKrupp ou bien encore le sud-coréen Posco, possèdent un très haut niveau de technicité.

Ces groupes industriels investissent chaque année des centaines de millions d’euros en recherche et développement pour faire de l’acier un matériau ultra compétitif. Un challenge qui ne vise pas tant à aviver la concurrence entre sidérurgistes mais bel et bien avec des industriels d’autres secteurs. Dans l’automobile, l’acier fait face aux très performants matériaux composites. Dans le BTP, le bois et le béton tentent toujours un peu plus de gagner des parts de marché pour les pièces de structures.

L’acier et ses alliages sont enfin stratégiques car ils alimentent des secteurs considérés par l’Etat  comme ultra stratégiques : la défense, l’aérospatiale et la construction navale. Au même titre qu’un Constellium, dans l’aluminium, et qu’un Eramet, dans les alliages et les aciers spéciaux, le maintien d’une production sur le sol français revêt un caractère prioritaire.

Parce que des milliers d’emplois sont concernés

Le site de Florange fait battre le cœur de tout un bassin d’emploi. La fermeture des hauts-fourneaux de Florange menacerait directement 650 postes : 500 pour la phase liquide et 150 pour la cokerie. En additionnant les activités aval, administratifs et tous les services communs du site (maintenance, qualité…), il regroupe environ 2 700 emplois.

Mais ce n’est pas tout. Comme le rappel le rapport que Pascal Faure a remis cet été à Arnaud Montebourg, "au-delà des communes de la vallée de la Fensch, l’activité du site de Florange s’insère dans le cluster lorrain d’ArcelorMittal". Ainsi, la moitié de la production du site est l’objet d’une transformation à Mouzon dans la Meuse (130 salariés) et à Dudelange au Luxembourg (275 salariés).

Les équipes de Florange travaillent aussi en étroite relation avec celles du centre de recherche de Maizières-lès-Metz d’ArcelorMittal. Le site de Florange reste aujourd’hui le premier employeur du bassin d’emploi de Thionville, dans une région qui a été très durement touchée depuis les années 60. Le site et ses sous-traitants sont ainsi au cœur d’un secteur qui maintient aujourd’hui 6 000 emplois directs et 11 000 indirects.

Quant aux clients de Florange, en particulier les constructeurs automobiles (PSA, Renault, Volkswagen, BMW) mais aussi des acteurs de l’emballage, sont répartis du sud de l’Angleterre au Nord de l’Italie, en passant par l’Allemagne et les Pays-Bas.

Parce que la fusion avec Mittal n’est toujours pas digérée

L’OPA de "l’indien" Mittal, comme cela est souvent pointé, sur le groupe "français" Arcelor en 2006 semble avoir traumatisé une partie de la classe politique et certains acteurs industriels. Difficile dans certains propos et certaines réactions de ne pas voir une pointe de chauvinisme, voire de racisme, dans l’arrivée de cet industriel dans le paysage économique français.

Quand Arnaud Montebourg dit "ne plus vouloir de Mittal en France", il procède à une personnification pour le moins maladroite. Il s’est d’ailleurs repris en précisant qu’il mettait en cause "les méthodes". Mais le mal était fait. Sur les forums indiens, le ministre et les français sont déjà taxé de "racistes".

Au sein du GrameF, un groupe de réflexion sur l’avenir de la métallurgie en France composé d’experts, le souvenir de Guy Dollé a laissé des traces. Cet ancien PDG d’Arcelor a tenté sans succès d’empêcher l’OPA de Mittal Steel. "Dollé ne vous a pas suffi ? Nous si !", s’insurge en aparté l’un de ces experts. Et d’oser une audacieuse comparaison : "demanderiez-vous sérieusement a Jean-Marie Messier son avis sur Vivendi ?". Pour beaucoup, l’OPA est une blessure encore ouverte…

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