Aquitaine : LACQ PASSE AUX éCO-INDUSTRIES

Le gisement de gaz se tarit. Le "miracle de Lacq", qui a vu naître le groupe Elf, touche à sa fin. Un pôle environnement devrait amorcer la mutation du bassin industriel béarnais.

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LACQ PASSE AUX éCO-INDUSTRIES

Le gisement de gaz se tarit. Le "miracle de Lacq", qui a vu naître le groupe Elf, touche à sa fin. Un pôle environnement devrait amorcer la mutation du bassin industriel béarnais.

Après la manne gazière, l'or vert! La reconversion du deuxième bassin industriel d'Aquitaine est à l'ordre du jour. Le gisement de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) s'épuise. Exploité depuis plus de quarante ans par Elf Aquitaine Production, il devrait cesser de produire entre 2005 et 2010. Pour tourner la page, un pôle environnement s'élèvera vraisemblablement d'ici à deux ou trois ans sur ce qui fut, toutes proportions gardées, le "Texas français". Le but? "Attirer de nouveaux industriels vers la chimie et la métallurgie, explique David Habib, président du district de Lacq. Les industriels ne s'implantent plus uniquement près des noeuds de communication, mais aussi là où se trouvent les capacités de traitement de leurs déchets."

Un appel d'offres avant juin

Le projet s'appuie sur le savoir- faire acquis dans la dépollution et le traitement des déchets issus du raffinage du gaz. Et sur celui développé par la filière de la chimie fine et de spécialités (plastiques, pharmacie, engrais, etc.) qui a grandi à l'ombre du gisement gazier. Pour passer à l'acte, le syndicat mixte du pôle environnement Aquitaine Sud, qui regroupe des responsables du district de Lacq et du Conseil général, a été créé fin 1993. Des opérateurs comme la Générale des eaux, La Lyonnaise des eaux, EdF, Tredi et Soaf Environnement ont fait l'objet d'une préconsultation. Ils remettront leur projet fin mars. Et l'appel d'offres sera lancé avant la fin du semestre. Le coeur du futur pôle environnement: un centre de traitement de déchets industriels, banals et spéciaux. Les activités de tri et de recyclage seront complétées par la construction d'un incinérateur de déchets industriels liquides, pâteux et solides d'une capacité de 30000tonnes par an. Coût: entre 200 et 300 millions de francs. Véritable produit d'appel auprès des industriels, la force d'attrait de l'incinérateur conditionnera la réalisation des autres volets du projet: la recherche sur le traitement des déchets, la dépollution de l'eau et de l'air, à partir de l'université de Pau et des centres de recherches d'Elf et de Rhône-Poulenc. La création d'un pilote pédagogique, une sorte de mini-usine, pour former les élèves et les étudiants à la conduite à suivre en cas d'accident industriel. Et un centre d'information et d'assistance juridique et technique à l'usage des industriels.

Le projet fait l'unanimité

Le pôle environnement fait l'unanimité. Du groupe Elf aux élus et aux syndicats locaux. "A condition, relève Michel Veunac, responsable de Génération Ecologie dans le département, que le jeu démocratique soit respecté lors de la consultation sur le projet." De Pau à Orthez, la mobilisation est générale. "Toute une région est concernée par l'avenir du plus grand bassin d'emploi du Béarn", observe André Cazetien, maire de Mourenx, la ville champignon qui a surgi avec l'exploitation du gisement. Mais la reconversion reste un thème sensible et passionné. Le nouvel incinérateur ne créera en effet qu'une centaine d'emplois. Or l'exploitation du gisement nécessite encore 1500 salariés. Et génère plus de 4000 emplois de sous-traitance. "Quand il n'y aura plus de gaz, il restera l'usine", s'exclame David Habib. Pour maintenir la totalité des emplois, les élus avancent l'idée de faire arriver à Lacq le gazoduc, actuellement en construction, qui apportera du gaz algérien en France via Bilbao. Le groupe se prononcera sur cette initiative à la fin de l'année. A la suite d'une grève d'une quinzaine de jours en janvier, la direction d'Elf et les organisations syndicales ont pris rendez-vous pour le second semestre afin d'engager la discussion sur l'avenir du bassin de Lacq. Une première.

Jean-Michel Meyer



LES DéCHETS AQUITAINS CONVOITéS

Chaque année, 305000 tonnes de déchets industriels spéciaux sont produits en Aquitaine. Avec quinze centres de traitement, la région est l'une des mieux équipées de France. "Mais ce n'est pas suffisant", relève une étude de la Drire Aquitaine. L'incinérateur de Lacq a donc son utilité. Mais la Siap (groupe Générale des eaux) exploite déjà un incinérateur de déchets industriels de 40000tonnes par an près de Bordeaux. La Siap a obtenu l'autorisation du doublement de sa capacité, mais l'investissement est différé. La Générale des eaux, qui a des visées sur le projet de Lacq, veut-elle montrer sa puissance régionale auprès des élus béarnais et de ses concurrents?







USINE NOUVELLE - N°2447 -

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