Après les stress tests, l'horizon sombre des banques

par Julien Toyer et Matthieu Protard

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BRUXELLES/PARIS (Reuters) - La contagion de la crise grecque et le durcissement réglementaire en cours assombriront durablement l'horizon des banques européennes, dont les difficultés ne disparaîtront pas avec la publication vendredi soir des résultats des stress tests.

Ces facteurs pèsent sur les banques. Et comme en témoignent les perspectives de rendements des fonds propres (ROE) des grandes banques européennes, les analystes ne voient pas de remontée spectaculaire de ce côté pour les quatre à cinq années à venir.

D'après les prévisions des analystes compilées par Thomson One, les ROE de BNP Paribas, Société générale ou l'allemand Deutsche Bank ne devraient guère dépasser les 13% à l'horizon de 2015 contre des rendements de 17% à 19% en 2006, avant la crise.

Le ROE du britannique Barclays devrait être de l'ordre de 9,85% en 2014 contre plus de 17% en 2006. Celui de l'italien Intesa Sanpaolo à 8% environ en 2014 contre un peu plus de 15% en 2006.

Sur le court terme, ces établissements ont été appelés à monter au front sur la préparation d'un second plan de soutien à la Grèce, dont le dénouement est attendu prochainement.

Et quelle que soit la solution finalement retenue - celle d'un "rollover" de la dette grecque proposée par la France, celle d'un rachat d'obligations avec l'aide du fonds de soutien "zone euro" (FESF) ou celle d'un "swap" d'obligations avec allongement de maturité, demandée par l'Allemagne - la facture ne sera pas inférieure à 15 milliards d'euros.

Elle pourrait même aller bien au-delà, Berlin souhaitant que le secteur privé - assurance et fonds compris - finance environ 30 milliards d'euros du nouveau plan grec.

Surtout, les banques devront faire face à des conséquences plus négatives encore si les membres de la zone euro décident de s'engager sur la voie d'un "défaut sélectif" de la Grèce afin de restructurer sa dette, solution qui depuis la réunion de l'Eurogroupe lundi soir n'est plus explicitement exclue.

La Banque centrale européenne a prévenu qu'un tel défaut aurait des conséquences imprévisibles et incalculables pour la zone euro et son système financier.

AGENDA CHARGÉ

A plus long terme, c'est l'environnement réglementaire européen qui influera sur les performances des grands établissements du continent, avec un agenda particulièrement chargé dans les prochains mois.

Dès mercredi prochain, la Commission européenne présentera son projet de directive sur les fonds propres des banques CRD 4 (Capital Requirement Directive), qui doit met en oeuvre les normes de Bâle III au sein de l'UE.

Hausses des exigences de fonds propres, nouveaux ratios de liquidité et limite au recours à l'effet de levier sont autant d'éléments qui contraindront un peu plus les banques.

Avec pour les établissement jugés systémiques - les "Sifi" (systemically important financial institutions) - des surcharges en capital de 2 à 3% supplémentaires. BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole devraient en faire partie côté français.

Puis viendra courant septembre la proposition de Michel Barnier, le commissaire au Marché intérieur, d'un nouveau cadre de prévention et de résolution des crises bancaires, avec notamment la création envisagée d'un fonds de prévention abondé directement par les banques via 27 taxes nationales.

Deux autres textes en cours de négociation viendront aussi mordre sur l'activité de marché de ces grandes banques: le règlement "dérivés", qui encadre de manière étroite les échanges très rémunérateurs de produits de gré à gré, et le règlement "ventes" à découvert, avec une possible interdiction à la clé de certaines opérations sur dette souveraine.

Et si certaines pratiques passent entre les mailles du filet, prévient-on de source proche du commissaire, la révision de la directive sur les instruments de marché (MiFID) attendue pour novembre au plus tard "permettra d'ajuster le tir".

RÉPERCUSSIONS

Devant la multitude de chantiers réglementaires lancés depuis l'éclatement de la crise, Michel Pébereau, le président de BNP Paribas, n'hésite pas à dénoncer un "mille-feuille de régulation coûteuse" dont les conséquences pourraient être préjudiciables à l'économie.

"Cela aura des répercussions sur l'économie. Plus la contrainte en fonds propres sera forte, moins on fera d'opérations", explique une source bancaire à Paris. "La rentabilité (des banques, NDLR) sera aussi plus faible."

Dans ce contexte de durcissement de la réglementation financière et d'incertitudes sur l'issue de la crise de la dette souveraine en zone euro, les investisseurs restent à l'écart des valeurs bancaires.

L'indice Stoxx de secteur bancaire cède plus de 12% depuis le début de l'année après avoir perdu 11,28% en 2010.

A Paris, BNP Paribas abandonne un peu plus de 4% tandis que Société générale et Crédit agricole reculent de plus de 12% et de 7% respectivement.

"Il va falloir aussi s'intéresser à la capacité des banques à faire leur travail et à financer l'économie", fait remarquer un analyste financier.

"Si on ne leur met que des coups de bâtons, elles seront de moins en moins là. On commence un peu à toucher les limites de l'exercice", explique-t-il encore.

Edité par Jean-Michel Bélot

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