Après les portables et les machines à laver, les collants accusés d'obsolescence programmée

Golden Lady, Dim... L'association Halte à l'obsolescence programmée (HOP) accuse certaines entreprises textiles de réduire l'espérance de vie de leurs collants. Le dirigeant de Le Bourget réplique, rappelant les contraintes pour fabriquer des bas particulièrement fins et transparents.

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Après les portables et les machines à laver, les collants accusés d'obsolescence programmée
L'association HOP a rencontré 3000 consommateurs pour réaliser son enquête.

Après les fabricants d'imprimantes, Halte à l’obsolescence programmée (HOP) s'attaque aux producteurs de collants. L'association est entrée en contact avec des "experts textile, des vendeurs, des juristes, des fabricants et chimistes" et plus de 3 000 consommateurs pour démontrer que les collants se filent trop rapidement.

La question pourrait sembler légère, mais avec 130 millions de paires vendues chaque année, le collant représente, selon l’association, 7 315 tonnes de déchets par an. Un véritable problème environnemental, car les bas ne sont pour l'instant pas recyclables. Or selon 70 % de ses sondés, une paire ne pourra pas être réutilisée plus de six fois. Dans près de la moitié des cas, les collants sont jetés à cause d’un trou. "On estime qu’un utilisateur doit acheter en moyenne dix à onze paires de collants par saison", précise HOP.

Huit marques comparées

L’association a donc décidé d'attribuer une note de durabilité aux fabricants textiles. Parmi les bons élèves, la marque Wolford s'offre la première place du podium (avec une note de 3 sur 5), juste devant Bleuforêt (2,9/5), puis Gerbe à égalité avec Calzedonia (2,7/5) "laquelle se démarque par des prix abordables".

"Le bas de classement se partage entre les marques de grandes surfaces (1,6/5) et Golden Lady (1,6/5)… Well ne s’en tire pas beaucoup mieux (1,9/5). Dim, malgré son ancienneté sur le marché, n’est pas capable d’atteindre la moyenne (avec une note de 2/5), tandis que H&M est loin d’être recommandable (1,9/5), tout comme Le Bourget, nonobstant un meilleur score (2,3/5)", assure HOP.

C'était mieux avant ?

L’analyse, pleine de nostalgie, remonte à la Révolution française pour expliquer l’histoire des bas. "Comment expliquer que les collants de nos grands-mères semblaient plus résistants quand les nôtres ne durent pas ?", s’interroge l'association. "Nous pouvons légitimement émettre l’hypothèse selon laquelle les fabricants peuvent jouer sur les additifs chimiques pour rendre plus ou moins robuste un collant, et ainsi programmer sa fin de vie".

Interrogé par L'Usine Nouvelle, Thierry Simon, directeur général de CSP Paris Fashion Group et des marques Le Bourget et Well, réagit avec vigueur : "il est très clair qu’il n’y a pas de démarche d’obsolescence programmée sur nos produits", souligne-t-il, "le marché n’est pas dans un phénomène de progression, donc on préfère fidéliser nos consommateurs." Et d'ajouter : "ce qui me dérange dans l’étude, c’est ce sentiment du 'c’était mieux avant'. Or aujourd’hui, grâce à l’élasthanne, nous maîtrisons la brillance, la transparence, et le confort".

Des matières synthétiques pour répondre à la demande

L’argument fort de l’étude réside dans l’utilisation de produits chimiques dans la production des collants. Or selon HOP, cet usage serait responsable de la faible résistance des bas. L'étude détaille les produits incriminés. "Dans le cas du nylon 6.6, le plus utilisé, deux composés chimiques intermédiaires - l’acide adipique et l’hexaméthylènediamine - sont combinés pour former une résine polymère. Ces deux composés chimiques sont formés par une suite de transformations chimiques à partir de deux produits issus du raffinage du pétrole, le benzène et le butadiène". Thierry Simon soutient pourtant que l'utilisation de produits synthétiques est nécessaire : "70% des consommateurs veulent des collants fins, c’est impossible à faire sans une matière synthétique. Les essais que nous avons réalisés avec d’autres matières ne permettent pas d’avoir le même rendu."

L'industriel critique une enquête qui "n'entre pas dans la partie technique de la production". Pour lui, son entreprise, deuxième acteur du collant en France avec 32 millions de paires vendues, doit être en mesure de répondre aux attentes des consommateurs. Il doit produire des collants opaques mais aussi très fins et de plus en plus fonctionnels : les bas peuvent être galbants, favoriser la circulation sanguine, etc. Pour répondre à la demande, l'entreprise doit donc utiliser ces produits de synthèse.

Thierry Simon déplore aussi que le "rapport qualité prix" des marques ne soit pas pris en compte par l'étude. Well et Le Bourget offrent un produit "accessible, avec un très bon rapport qualité prix", juge le dirigeant, qui note aussi de mauvais comportements face au vêtement : "forcément un collant est fragile, il faut le traiter avec précaution."

Des composés chimiques nocifs?
L'enquête dénonce aussi l'aspect nocif des composés chimiques utilisés lors de la production des collants. Lors de la préparation de la fibre, les entreprises utilisent des corps gras pour la protéger. Les enquêteurs soulignent que certaines entreprises utilisent, à cette étape, des produits de mauvaise qualité. Cela peut être "extrêmement toxiques et provoquer des lésions cutanées", assure HOP, qui critique le manque de transparence et de données. Thierry Simon se défend : les produits des marques du groupe CSP sont certifiés Oeko-tex. "La matière utilisée est dérivée de la chimie, mais le certificat prouve que ce n’est pas nocif", précise-t-il.

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