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L'Usine Aéro

Après les compagnies aériennes, les constructeurs doivent se lancer dans les services

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Tribune de l'aéro Les technologies numériques vont permettre aux avionneurs de ne plus seulement livrer des avions, mais de proposer des services associés. Pour Sébastien Maire, associé, responsable aéronautique, défense et espace chez Oliver Wyman, ils devront établir une vraie politique de partenariats et investir suffisamment.

Maintenance - Orly. Crédits Pascal Guittet

Qui trop embrasse mal étreint. Depuis vingt ans, la priorité stratégique des constructeurs d’avions et d’hélicoptères a été de développer de nouveaux appareils pour occuper tous les segments de marché. Cette période a absorbé une énergie folle, et de manière assumée, s’est faite au détriment des services aux opérateurs. Pourtant, les motoristes et autres équipementiers de premier rang ont réussi le développement concomitant des produits et des services, avec un succès couronné par l’évolution de leur capitalisation.

Le moment est venu pour les grands constructeurs de reprendre le manche ! Désormais bien étoffée, leur gamme d’appareils va évoluer au gré d’innovations incrémentales, moins consommatrices de ressources que les grands développements. La voie est donc ouverte pour reconquérir une part de marché légitime.

Les nouvelles technologies au premier plan

Le marché du transport aérien croît deux fois plus vite que l’économie mondiale, tiré par l’augmentation du nombre de passagers et des tonnes de cargo transportées. Le besoin de services étant proportionnel à l’utilisation de la flotte, le marché gagne mécaniquement en volume. A titre d’exemple, le marché du MRO (Maintenance, Repair and Overhaul) va progresser de 20 à 25% en valeur d’ici à 2025, pour avoisiner 100 milliards de dollars.

Les nouvelles technologies ouvrent des perspectives d’amélioration des rendements de la flotte et une maîrise renforcée de la gestion des avions et hélicoptères. Si, historiquement, le support et le service aux opérateurs ont évolué au travers d’innovations régulières, nous tournons aujourd’hui une page de l’histoire grâce aux nouvelles technologies. Ces innovations viennent bouleverser la palette de services avec la maintenance prédictive, la surveillance continue de la fatigue des appareils, les solutions de réparation du composite ou la production additive.

De nouveaux modèles économiques

Les grands constructeurs d’avions disposent de l’assise financière, de la maturité organisationnelle et aussi de perspectives de déploiement sur une flotte mondialement accessible, ce qui leur donne la possibilité de se développer vite et à grande échelle, alors même que les MRO traditionnels, étant donné leur taille parfois plus modeste, peuvent se révéler réticents à un développement plus risqué.

L’innovation va aussi provenir du business model lui-même. De nombreux acteurs indépendants, d’envergure internationale ou directement issus des compagnies aériennes, se sont développés autour des opérations d’entretiens, de réparation et de reconfiguration. Leurs business model sont le plus souvent basés sur les leviers traditionnels de gestion de disponibilité des pièces de rechange et d’efficacité industrielle à moindre coût pour les pièces et la main d’œuvre. Alors que l’offre de services proposée par les motoristes et quelques équipementiers de premier rang, qui se définissait surtout comme "un atelier efficace", est progressivement devenue en dix ans "une performance garantie", assurant aujourd’hui une disponibilité optimale de l’avion ou de l’hélicoptère.

Une trajectoire attirante, mais une réussite incertaine ?

A l’instar de ces offres, le business model des grands constructeurs va devoir s’adapter à cette évolution des services en rupture. Par exemple, nous l’observons déjà pour la formation des équipages et des personnels techniques, qui va désormais bien au-delà de l’heure de formation classique, et intègre divers types de partenariat entre les constructeurs, des opérateurs, des fournisseurs, des investisseurs… Une manière aussi de partager le risque, et de s’engager avec des clients sur la durée.

Le retour dans le jeu du service pose la question de la capacité à innover dans les offres et le business model. La réussite des acteurs dépendra aussi de différents facteurs comme la capacité à investir, la recherche de partenaires long-terme, la résistance organisationnelle et la concurrence directe des opérateurs qui sont également en train de prendre ce même chemin. La stratégie est claire et affirmée, la mise en route oblige désormais à se reconstruire fondamentalement.

 

Sébastien Maire, est associé, responsable aéronautique, défense et espace au sein du cabinet Oliver Wyman.

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

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