Après la stupeur, CentraleSupelec prend des mesures contre les agressions sexuelles

Externalisation des cellules d’écoutes et de prise en charge des victimes, soutien juridique, prévention, formation pour tous les professeurs et personnels… Suite à un rapport interne sur l’étendue des violences sexistes et sexuelles sur le campus de CentraleSupelec, l’école d’ingénieur renforce son action.

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Après la stupeur, CentraleSupelec prend des mesures contre les agressions sexuelles
Le campus de CentraleSupelec, basé à Paris-Saclay

Les résultats ont plongé CentraleSupelec dans un état de sidération. Le 7 octobre, le quotidien Le Monde dévoile les conclusions d'une enquête interne menée en ligne par l'association féministe Çapèse. Sur 659 répondants - parmi les 2 400 élèves de première et deuxième années interrogés-, 51 femmes et 23 hommes déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel, 46 femmes et 25 hommes d’une agression sexuelle et 20 femmes et 8 hommes d’un viol. Ils sont 110 femmes et 25 hommes à déclarer avoir été l’objet de propos sexistes, 43 femmes et 34 hommes de contacts physiques non-sexuels.

Un questionnaire qui a fait réagir jusqu'à la ministre de l'enseignement supérieur Frédérique Vidal et dont les conclusions ont motivé le parquet d'Evry a ouvrir une enquête préliminaire pour "harcèlement sexuel, agressions sexuelles et viols". Ce rapport déflagrateur a également poussé l’école à repenser ses actions pour lutter contre des violences dont elle était bien loin de mesurer l’ampleur.

Accompagnement psychologique, juridique, social et scolaire

Mise en place il y a plusieurs années, la cellule de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le harcèlement et les discriminations, pilotée jusque-là par deux psychologues de l’école, sera désormais gérée par l’association France Victimes. «En nous posant la question de pourquoi les cas n’ont pas été remontés à cette cellule, nous n’avons pas trouvé d’explication claire. Mais en consultant des études sociologiques et criminologiques, nous avons constaté que les personnes victimes de viols ont beaucoup de mal à s’exprimer auprès d’une personne de l’institution, d’où l’externalisation», justifie Emilie Roger, référente égalité femme-homme de CentraleSupelec.

L’école annonce également que les victimes pourront être accompagnées par des juristes en droit pénal, qui auront pour mission de qualifier les faits et de déterminer les réponses juridiques à donner. «Pour chaque plainte, l’école se portera partie civile et payera les frais d’avocats si la victime n’en a pas les moyens», indique Emilie Roger. Un encadrement social est également mis en place, pour permettre à une victime de déménager si elle réside sur le campus à proximité de son agresseur. Un aménagement des cours et examens peut être également envisagé si la personne agressée ne se sent pas prête à revenir en cours collectifs.

En plus des mesures disciplinaires classiques, comme l’avertissement, le blâme ou l’exclusion, le conseil de discipline ne s’interdit pas de prendre des mesures complémentaires pour protéger les victimes, comme obliger l’agresseur à suivre des cours à distance, à étudier sur un autre campus (en plus de Paris-Saclay, l'école est implantée à Metz et à Rennes) ou lui interdire de rejoindre une association de l’école.

Une prévention étendue à tous les élèves et personnels

Au-delà de la prise en charge des élèves, la prévention de ces violences reste l’enjeu majeur pour l’école. L’association féministe Çapèse, qui organise des formations sur la thématique des violences sexuelles et sexistes auprès des membres et bureaux des associations étudiantes, a décidé de les étendre à l’ensemble du campus. «Nous sommes une oreille pour écouter, estime Ibtissam Hamich, étudiante en deuxième année et présidente de l'association. Nous avons eu plusieurs échanges avec des victimes qui nous ont dit que notre enquête leur avait donné du courage, d’autres pour qui c’était encore trop dur d’en parler autrement qu'anonymement. Nous avons également eu des hommes qui sont venus nous voir pour nous dire qu’ils avaient pris conscience de la notion du consentement.»

En coopération avec la direction, l’association Çapèse va également donner des formations à l’ensemble de l’écosystème CentraleSupelec : enseignants, personnels administratifs et techniques, doctorant ou membre du conseil de discipline. «Il faut en mener à différents niveaux, complète Emilie Roger. Un des points qui est ressorti de l’enquête, c’est qu’il y a une méconnaissance très généralisée de ce que sont les violences sexuelles et comment y réagir.» A plus long terme, CentraleSupelec souhaite mettre en place un groupe de parole pour que les victimes puissent échanger entre elles.

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