APPLICATION DES GAZUN RÉCHAUD DE PLEIN AIR SANS FLAMMELe groupe ADG, plus connu sous sa marque Camping Gaz, lance ce mois-ci sur le marché un réchaud à catalyse, le Trek 270. Une rupture radicale avec le traditionnel réchaud à gaz Bleuet et avec la tradition de l'entreprise.

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APPLICATION DES GAZ

UN RÉCHAUD DE PLEIN AIR SANS FLAMME

Le groupe ADG, plus connu sous sa marque Camping Gaz, lance ce mois-ci sur le marché un réchaud à catalyse, le Trek 270. Une rupture radicale avec le traditionnel réchaud à gaz Bleuet et avec la tradition de l'entreprise.



Jean-Jacques Thibaut, directeur de la recherche chez ADG, ne cachait pas son émotion en dévoilant son Trek 270 pour la première fois en public lors des Entretiens de La Villette, en mars dernier. Le réchaud "sans flamme" a nécessité plus de dix ans de recherche maison sur la combustion catalytique, près de cinq ans d'études et développement. Et, surtout, une énergie tenace pour convaincre en interne de s'attaquer au symbole de l'entreprise, le fameux réchaud à flamme ou Bleuet, qui a peu évolué depuis sa création en 1947 et dont plus de 30millions d'unités ont été vendues depuis.

Un brûleur insensible au vent

Le Trek 270 fonctionne à l'aide d'un brûleur catalytique à air induit (couvert par quatre brevets): la chaleur dégagée (jusqu'à 500°C) provient du passage du gaz à travers une céramique en nid d'abeille enduite d'une substance chimique active, le catalyseur. Ce réchaud consacre l'arrivée d'ADG sur le territoire très prisé des sports dits de plein air actif, dont l'image s'éloigne de plus en plus de celle du campeur traditionnel. A l'origine de ce produit, une décision stratégique. Après les années 80, marquées par l'échec relatif d'une politique de diversification (à l'exception des glacières, qui représentent 25% du chiffre d'affaires), ADG décide de se recentrer sur la cuisson. Le groupe constitue un pôle prospectif qui réunit la recherche appliquée et le marketing à long terme. "C'est avec un réchauffeur à catalyse, de faible puissance, que nous avons commencé à mettre le pied à l'étrier, il y a environ huit ans, constate Jean-Jacques Thibaut. Ensuite, nous avons mis au point un fer à souder catalytique. Les matériaux utilisés se sont avérés très résistants aux hautes températures, en particulier au sein du catalyseur (1000°C), et nous avons alors commencé à croire à la faisabilité d'un réchaud." Fin 1990, une réunion de créativité et une étude exploratoire de l'Adetem sur "les attentes des pratiquants de loisirs de plein air" met en évidence les arguments en faveur d'une telle innovation de rupture: sécurité, car la combustion catalytique s'opère en surface (par succession d'adsorptions des réactifs et de désorptions des gaz produits), éliminant les risques d'inflammation des gaz ou des liquides; utilisation tout-terrain, puisque la chaleur est surtout transmise par rayonnement, ce qui rend le brûleur parfaitement insensible au vent. L'aspect écologique, dû à l'absence d'émissions d'oxydes d'azote, n'est pas encore soulevé. ADG a mis six mois pour mettre au point son concept de brûleur "inversé" : le mélange gazeux (butane+oxygène) arrive par un conduit central, bute sur la plaque de vitro-céramique et traverse le catalyseur du haut vers le bas (et non l'inverse). Le premier prototype "neutre" est réalisé en 1991, qui correspond pratiquement à la partie supérieure du brûleur actuel. Deuxième étape: la tenue dans le temps du catalyseur. Une dizaine de séries d'essais sont effectuées courant 1992 en vue d'ajuster les matériaux imprégnant la céramique. Option retenue: une première couche qui présente une importante surface spécifique (la surface rencontrée par le gaz, chiffrée en mètres carrés par gramme), sur laquelle est posée par enduction la phase active, entraînant la réaction catalytique. Un équilibre est trouvé entre ces deux couches, qui ne doivent pas interagir en dépit de la très haute température (1000°C) atteinte dans le catalyseur, sous peine de faire baisser son rendement. Côté design, ADG a fait appel à l'agence Bertrand Barré. Trois configurations sont proposées: l'"authentique", le "high tech" et un modèle plus "révolutionnaire", rompant avec l'image du Bleuet. La première a été la mieux acceptée. "Il y a eu des évolutions, puis finalement le réchaud est revenu à sa forme de départ : un produit qui met en valeur la technologie par une plaque en vitro-céramique transparente (choix imposé par le marketing) et une coque d'aspect brut en composite bleu-vert évoquant l'univers de la randonnée", résume Pascal Renaud, chef de marché, précisant qu'au total près de 900consommateurs (dont 500 en France) ont été interrogés à chaque nouvelle avancée du projet. Commercialisé à moins de 400francs, soit deux fois plus cher que l'actuel Bleuet, le Trek 270 a nécessité un long développement en vue de compresser les coûts jusqu'au dernier moment; ainsi la fonte, matériau utilisé pour l'anneau qui entoure le catalyseur, a-t-elle été remplacée par de l'acier après les tests réalisés l'été dernier auprès de soixante utilisateurs. Aujourd'hui, le Trek 270 est fin prêt. Mais il apparaît déjà comme l'aîné d'une nouvelle et sans doute vaste famille de brûleurs à catalyse...



ADG en chiffres

Filiale à 70 % de Butagaz (Shell France).

Siège situé à Paris (usine à Saint-Genis-Laval, près de Lyon).

Chiffre d'affaires consolidé (onze filiales) 1milliard de francs (40 % à l'export).

Effectifs en France 750 personnes.

La marque Camping Gaz est présente dans 110pays (23000 points de vente en France).

Produits

- petits appareils à gaz (réchauds, lampes, lampes à souder) et cartouches/réservoirs;

- barbecues;

- glacières;

- produits de randonnée (sacs à dos, sacs de couchage...).



L'avis de l'expert

Michel Primet, directeur du Laboratoire d'application de la chimie à l'environnement (Lace), à Lyon, spécialisé dans l'étude des procédés catalytiques. "La technologie du brûleur d'appoint à catalyse mis au point par ADG s'apparente étroitement à celle des pots d'échappement catalytiques d'automobiles. L'innovation réside dans l'utilisation de matériaux nouveaux, très stables thermiquement, qui procurent au système une durée de vie importante (la puissance atteinte est comparable à celles des brûleurs de type vitro-céramique que l'on trouve sous les cuisinières). La combustion catalytique évite la formation d'oxydes d'azote; c'est donc une combustion "propre", qui peut fonctionner dans tout type d'atmosphère (même explosive).

USINE NOUVELLE N°2505

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