Année test pour l'e-Noël

Aux Etats-Unis, on l'appelle e-Christmas. En France, le cybercommerce commence à croire au Père Noël. Mais la prudence est de rigueur. Les marchands du Web seront fin prêts pour l'an 2000. En attendant, l'e-Noël n'a pas le droit à l'erreur.

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Année test pour l'e-Noël

Gare à l'optimisme ! Pour cette fin d'année, les cabinets d'analyse rivalisent d'annonces sur l'e-Noël, et les chiffres vont parfois d'un extrême à l'autre. Pour certains, l'explosion enregistrée l'an dernier aux Etats-Unis pourrait atteindre l'Europe en 1999. Pour d'autres, en revanche, la prudence reste de mise. L'an passé, en effet, les consommateurs américains s'étaient rués sur les sites marchands. En quelques semaines, les ventes en ligne avaient atteint plus de 18 milliards de francs, alors que seuls 8 % des internautes étaient acheteurs ! Et, cette année, le phénomène ne devrait pas faiblir. Selon la dernière étude de Harris Interactive, près de 72 millions d'internautes américains utiliseront la Toile pour acheter ou rechercher des idées de cadeaux. Seuls 33 % d'entre eux passeront véritablement commande. Mais ces acheteurs dépenseront plus, avec un panier moyen de 346 dollars, contre environ 297 dollars en 1998. De quoi donner des idées aux Européens ? Les spécialistes restent prudents. Selon eux, les ventes de l'e-Noël ne devraient pas dépasser 12 milliards de francs en Europe. " Il y aura bien une forte augmentation du commerce électronique pendant les fêtes de fin d'année, mais je ne pense pas qu'un vérita- ble phénomène de Noël sur Inter- net soit en train de se préparer. L'augmentation n'est que la résultante des forts taux de croissance du nombre de connectés en France, au Royaume-Uni, mais aussi en Espagne ", confirme Martha Bennett, analyste du cabinet spécialisé Giga Group. Quant à la France, elle restera à la traîne du Royaume-Uni, de l'Allemagne et des pays scandinaves, où les connexions sont plus nombreuses. Pourtant, les cybercommerçants français veulent y croire. " L'an passé, l'e-Christmas a donné de la crédibilité au commerce électronique auprès du grand public. C'est bien la leçon qu'il faut tirer de l'expérience américaine ", s'enthousiasme Bruno Crémel, patron de la nouvelle entité dédiée à Internet de Pinault-Printemps-Redoute. Un point de vue que partage Alexandre Basdereff, cofondateur de Chateau Online, un site spécialisé dans la vente de vins et champagnes : " Le thème de l'e-Noël a été évoqué tout au long des négociations de notre second tour de table, en juillet dernier. Et nous avons réuni 62 millions de francs pour être prêts. " Les investisseurs du capital-risque ne s'y trompent donc pas. Noël peut permettre à une marque de s'imposer en quelques semaines sur le Web. De nouveaux entrants veulent profiter de la saison Pour les marchands purement virtuels, la période des fêtes s'annonce capitale. Le site de Marcopoly commercialise du matériel hi-fi, vidéo et électroménager depuis fin 1997. Cette année, près de 50 % de son chiffre d'affaires (2 millions de francs) reposera sur les ventes de Noël. De nouveaux entrants espèrent eux aussi profiter de la saison pour s'installer sur Internet. AbCool et son P-DG, François Benveniste, tablent sur un chiffre d'affaires de 250 000 francs sur les deux derniers mois de l'année, et 12 millions dès l'année prochaine. Avec son partenaire, le grossiste Partner Jouet, il a investi 18 millions de francs pour lancer, au début du mois de novembre, un site dédié aux jouets et jeux vidéo. Sophie Jabès, cofondatrice et productrice artistique de hoolashop.fr, a, elle aussi, choisi Noël pour lancer son activité. Le site, spécialisé dans la décoration de la maison et les arts de la table, est la boutique cadeaux d'un site baptisé decoralia.com. Dans un an, l'offre devrait atteindre 10 000 produits. Objectif : un chiffre d'affaires de 500 millions de francs d'ici à cinq ans. Face à ces convaincus, certains restent modérés. Mais pas forcément inactifs. " La majorité de nos commandes se fait encore par courrier et par téléphone ", tempère Pierre-Henri Morel, directeur général de JouéClub. Sa filiale de VPC, JouéClub Express, vend en ligne depuis trois ans. Internet ne représentera pas plus de 1 % du chiffre d'affaires du vépéciste, mais le nombre de commandes devrait être multiplié par un coefficient de 10 à 15 par rapport à 1998. L'Internet gratuit a accéléré le marché Une progression observée avec attention par Bertrand Leficher, qui a présidé au lancement du fournisseur d'accès américain AOL en France avant de devenir P-DG de la filiale française de Boxman, un disquaire en ligne suédois. " L'arrivée de l'Internet gratuit a accéléré le marché, remarque-t-il. Le profil des internautes s'oriente de plus en plus vers le grand public. " Cependant, les nouveautés, produits typiquement grand public, ne représentent que 40 % des ventes de Boxman, tandis que les disques sortis il y a un ou deux ans se partagent les 60 % restants. " Internet est toujours perçu comme un moyen alternatif de commande de disques que l'on ne trouve pas en magasin. Le véritable e-Noël, je l'attends en 2000", prédit le même spécialiste. Aux Trois Suisses, qui espèrent un Noël " très prometteur " pour leur deuxième année de vente en ligne, la logique de test prime en- core cette année : " Notre objectif est de tester le marché avec un maximum de partenaires, pour être très visible à l'avenir ", explique Matthias Papet, directeur du marketing Internet. Le vépéciste am- plifie sa présence sur le Web : publicité, accords avec AOL, Yahoo !, Wanadoo ou Multimania... Et son portail s'enrichit de sites dédiés aux jouets, aux petits prix, et bientôt à la décoration de Noël et aux tenues pour le réveillon. Un bon moyen de découvrir et comparer les produits Les commerçants savent aussi que l'e-Noël, cela peut aussi amener... plus d'acheteurs dans les maga- sins. " Internet est un bon moyen de découvrir et de comparer les produits à distance, remarque Dominique Maupu, responsable du développement Internet chez Darty. Beaucoup de clients viennent acheter les produits en magasin, avec une fiche obtenue sur le site. " Et Bruno Crémel, de PPR Interactive, ne se leurre pas : " De toute façon, nos clients vont acheter en magasin, mais ils auront arrêté leur choix sur le Web. Nous bénéficions de la complémentarité multicanaux. " C'est d'ailleurs sans boutique, mais aussi sans stock, que la start-up Rue du Commerce compte séduire les cyberconsommateurs. Elle pourrait ainsi concurrencer des enseignes comme la Fnac Micro, alors qu'elle n'emploie qu'une dizaine de personnes. Cette situation agace les plus réticents au commerce électronique, forcés d'entrer rapidement sur le marché. Même s'ils ne sont pas en mesure de proposer une offre dès cette année. C'est le cas de la grande distribution. " Ce que l'on voit actuellement sur le marché nous fait dire que l'on a raison d'attendre : aucun site n'est rentable. On manque encore de lisibilité, même s'il est sûr que l'on finira par se lancer ", indique-t-on chez Carrefour. Leclerc a retardé plusieurs fois le lancement de ses sites dédiés aux mondes du jouet, des bijoux et des voyages. Les réticents restent nombreux Auchan avoue réfléchir à la question. " Car, si c'est facile de mettre des livres et des CD dans une boîte aux lettres, ça l'est moins pour une machine à laver ", souligne Thierry Cavrois, responsable de projet Internet. Seul Casino affiche une certaine expérience. Lancé à la toute fin de 1997, le site du stéphanois s'est, depuis, enrichi de plusieurs secteurs (sports, multimédia, vacances, vins...), accessibles à partir du portail c-online.fr. Pour fidéliser les internautes, le site proposera à partir du 1er décembre une offre intitulée " Un prix, un produit ". Si les réticents sont nombreux, c'est que l'exercice n'est pas sans difficulté. " Les clients ont le même niveau d'exigence sur le Net qu'ailleurs, estime Christian Le Drian, directeur général d'Ifatec, filiale spécialisée dans l'e-business d'Euriware. Les marchands tardent à le comprendre et à intégrer Internet comme nouveau canal. Cas classique : un client va sur le Web acheter un produit et réalise qu'il a oublié quelque chose. Le centre d'appels qu'il va contacter n'a souvent au- cune trace de sa commande ! Il ne faut pas faire un site marchand, mais un site vendeur. Les marchands, continue le directeur, doivent réaliser que, sur Internet, c'est du vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept ! Il ne faut en aucun cas sous-estimer la déception. " Car, si les marchands proposent une offre plutôt complète et si les consommateurs connectés se laissent convaincre, il faut encore que, techniquement, les sites tiennent le coup. Tout à sa fringale d'achats de Noël, le cyberconsommateur traîne à confirmer sa transaction en ligne. Et, si la sécurisation des paiements demeure la principale angoisse des internautes (voir l'encadré ci-dessous), il faut aussi impérativement accompagner le consommateur jusqu'à la caisse. Pas question de le laisser attendre de longues minutes pour voir la photo d'un produit, ou, pis encore, de l'abandonner au beau milieu d'une transaction. Gare aux pannes de Noël ! " Ma seule crainte, c'est d'être débordé ! Nous sommes en train de revoir notre hébergement pour pouvoir accueillir tous les internautes et leur garantir une vitesse d'accès de même qu'une sécuri- sation à niveau. Il faut aussi que notre base de données tienne le choc : prix mis à jour, disponibilité chez les constructeurs... ", témoigne Patrick Jacquemin, fondateur de rueducommerce.fr. En prévision d'une période de Noël très chargée, le site , telle une boutique, a préféré " fermer " une journée, mi-novembre, pour tout vérifier. Un internaute mécontent ne revient jamais. Mieux vaut alors être en mesure de répondre à ses questions, notamment sur la disponibilité des produits. Si un consommateur cherche un livre qui n'est pas en stock chez amazon.com, le site lui propose un second choix répondant à ses attentes. Sans aller jusque-là, les cybercommerçants ont prévu des stocks en conséquence, du moins l'espèrent-ils. " Je ne m'inquiète pas, nous avons déjà réservé des stocks sur les produits qui seront très demandés : Palm Pilot, scanners, graveurs, etc. ", précise le P-DG de Rue du Commerce. Même discours à la Fnac : " Sur les 100 000 produits livrables en quarante-huit heu- res, nous tiendrons la distance ! ", confirme Jean-Christophe Hermann, P-DG de Fnac Direct. D'autres préfèrent relativiser : " Noël va représenter 75 % de nos ventes. Et, si nous sommes dépassés, ce sera bon signe pour nous ", s'amuse Stéphanie Brault, responsable du marketing de franceartdevivre.com, spécialiste de l'alimentation du Sud-Ouest. Les responsables des sites restent prudents Encore faut-il que les cadeaux arrivent à destination. Et de préférence emballés avec soin, en bon état, etc. Pour cela, les marchands s'en remettent un peu trop aux transporteurs, accusés de tous les maux. Mais les consommateurs ne retiennent qu'une chose, en cas de problème : le nom du commerçant qui les a " trahis ". Les responsables des sites, tout en affichant un optimisme bon teint, restent donc prudents : " Jusqu'au 21 décembre, nous assurons. " Même s'ils conseillent de s'y prendre à l'avance. Et mieux vaut qu'ils assurent, effectivement. " Car, si les consommateurs devaient être déçus par le phénomène e-Noël, la croissance du commerce électronique en Europe en serait affectée au moins au premier trimestre de 2000 ", prévient Martha Bennett, l'analyste de Giga Group. Les nouveaux Pères Noël n'ont pas le droit à l'erreur. Marion Bougeard et Pierre-Yves Deheunynck Santa Claus surfe sur la vague L'e-Noël atteindra cette année 73,5 milliards de francs sur le plan mondial, selon Gartner Group, contre 27 milliards en 1998. 23 millions d'Américains devraient acheter au moins un cadeau en ligne cette année, selon Harris Interactive. Ils dépenseront 51 milliards de francs sur Internet pour Noël, selon Gartner Group. En 1998, Jupiter Communications estimait que les dépenses avaient atteint 18,5 milliards de francs. Qui sont les cyberconsommateurs 33 % des cyberconsommateurs sont des femmes. 55,8 % des internautes ont moins de 34 ans. Les seniors ne représentent encore que 3 % des connectés. 65 % des internautes fréquentent des sites de commerce électronique ; ils y consacrent vingt-trois minutes par mois, sur quatre heures en moyenne passées sur le Web. Seulement 2,8 % des français ont déjà effectué un achat via Internet. En France, le Père Noël est en retard L'e-Noël en Europe est estimé à près de 12 milliards de francs par Gartner Group. La France compterait 2 340 000 foyers connectés, soit 9,8 % de la population, selon la Sofres, pour NetValue. 25 % des enfants français se sont connectés dans les six derniers mois, selon GfK. 1 325 sites français vendent en ligne, selon le WebMarchand-Imaginet. Cybercommerce : L'alimentaire et l'informatique dominent l'offre en France Alimentation et boissons 230 sites, soit 12,6 % Informatique, multimédia 208 sites, soit 11,4 % Livres-CD-vidéo 170 sites, soit 9,3 % Mode, accessoires 125 sites, soit 6,8 % Décoration, bricolage 124 sites, soit 6,8 % Galeries marchandes, vépécistes 106 sites, soit 5,8 % Beauté-santé 83 sites, soit 4,5 % Jeux-jouets 71 sites, soit 3,9 % Autres 35,8 % NOELONLINE VEUT Y CROIRE Le groupe Pinault-Printemps-Redoute continue de croire au Père Noël en ligne. Cette année, sa galerie NoelOnLine réunit une trentaine de marchands, tous secteurs confondus, pour séduire les cyberconsommateurs. " Un seul acte d'achat pour des produits aussi différents que ceux de la Fnac, de La Redoute, de Cyrillus ou encore d'Eveil et jeux, telle est la philosophie de Jean-Marie Boucher, le directeur " commerce électronique et multimédia " de La Redoute. En 1998, une première tentative, sans grands moyens, n'avait pas fait ses preuves. Cette année, toutes les enseignes du groupe communiquent sur le site. La Redoute se charge de rassembler les différents achats et de les livrer en une seule fois. " Il nous faut vingt-quatre heures pour enregistrer la commande et acheminer les paquets des différentes enseignes jusqu'à nous. Ensuite, notre logistique prend le relais. " Donc, jusqu'au 21 décembre, les consommateurs sont " tranquilles ". Après, " il y a un risque ". Ne pas décevoir le cyberconsommateur Pourquoi les Français n'achètent-ils pas encore massivement en ligne ? Parce qu'ils n'ont pas confiance et craignent de voir leur numéro de carte bancaire circuler sur Internet. Pour les rassurer, les marchands doivent donc leur laisser le choix entre plusieurs solutions de paiement. Certains acteurs mettent leur crédibilité au service des marchands : c'est le cas du Crédit mutuel (CyberMut), de France Telecom (Télécommerce) ou d'Atos (Sips). Paribas a créé une filiale dédiée, Kleline, dont la technologie allie porte-monnaie électronique et paiement sécurisé. Les britanniques d'Experian exploitent Payline, un système de cryptage de données. Mais le " minimum de sécurité " proposé par les marchands repose sur un protocole, baptisé SSL (Secured Socket Layer), qui assure une liaison protégée entre le commerçant et l'internaute pour que le numéro de carte bancaire de ce dernier ne circule pas sur le Web sans protection. Afin de rassurer le cyberconsommateur, les marchands doivent aussi expliquer le niveau de protection des transactions en ligne. LES JOUETS À LA REMORQUE DU MULTIMÉDIA Pour répondre aux commandes des internautes, la hotte du Père Noël se remplira surtout de produits multimédia. Alors que les fabricants de jouets affichent bien peu d'enthousiasme à s'emparer du Web. A Noël, on trouve de tout sur le Web ! Même des sapins, avec Sapinexpress, une société spécialisée dans la livraison en quarante-huit heures d'arbres de Noël, qui s'est associée cette année avec le Secours populaire. Sur Internet, tous les produits ont leur chance, parce que, en France, le Noël électronique demeure avant tout un marché d'offre. Par conséquent, les cadeaux de fin d'année qui vont s'arracher sur Internet seront ceux... qui s'y vendent déjà ! Une prolifération de sites consacrés au multimédia Les produits phares ne surprendront donc pas. La culture occupera une place de choix, parce que l'offre s'est structurée depuis des mois, voire depuis deux ans. Des sites comme Alapage, Alibabook (fnac.com aujourd'hui), ou encore le Furet du Nord, sont installés sur le Web depuis 1995 et 1997. Mais c'est surtout le multimédia, de l'informatique aux CD-Rom, qui devrait l'emporter haut la main. Tout simplement parce que les premiers internautes sont de grands consommateurs d'informatique. Aujourd'hui, les sites consacrés au multimédia prolifèrent. Un multimédia qui va du logiciel aux périphériques, en passant par les agendas électroniques ou les consoles de jeux. Les grandes enseignes continuent de dominer le marché. Les constructeurs traditionnels, tels Apple, Dell ou Compaq, sont bien sûr présents. Darty, pour sa part, fait sa véritable entrée sur le Web avec un " grand magasin électronique " où les PC côtoient les consoles de jeux et les réfrigérateurs. Séduire le consommateur grâce à de nouveaux sites Mais quelques challengers font également leur apparition. Rue ducommerce.fr, par exemple, affiche 15 000 produits et plus de 120 marques. " Nous couvrons 60 % du marché du PC sans Dell ou Gateway, qui vendent en direct, et sans les marques de fabricants. Et nos prix sont inférieurs de 10 à 20 % à ceux des distributeurs traditionnels ", explique Patrick Jacquemin, qui a fondé la société en avril dernier. Pour Noël, le site s'est enrichi d'un univers sur les jeux vidéos, avec 1 000 références pour consoles, Mac ou PC. Et il met parallèlement en ligne tous les périphériques (joysticks, volants...). " Pour notre premier Noël, nous sommes prêts ! ", affirme Patrick Jacquemin. Il n'est pas le seul à attendre Noël avec impatience. D'autres sociétés, comme Microdiscount, PC Zone, Mac Zone ou Topachat, sont aussi sur les rangs. Leur ambition est la même : séduire le consommateur. A côté de ce foisonnement, les secteurs traditionnellement marqués par Noël, eux, ne semblent guère agités par le phénomène Internet. " Le commerce en ligne reste très confidentiel en France, estime Frank Durousset, directeur commercial au cabinet d'études NPD-Eurotoys. Quand on tape "jouet" sur Internet, on ne trouve pratiquement rien. Quand on tape "toys", les sites foisonnent. " Les fabricants de jouets demeurent sceptiques " Aujourd'hui, les internautes sont plus enclins à acheter des cadeaux pour les adultes que pour les enfants ", ajoute Martha Bennett, analyste du cabinet Giga Group. Résultat - à moins que ce ne soit la cause - , " on y trouve essentiellement les jouets phares ", explique Sylvain Vailleau, directeur du développement chez le fabricant Hasbro. Le nombre de références ne dépasse que rarement 1 500. Bien loin de ce que proposent les magasins ! C'est que le scepticisme des fabricants est grand. Les contraintes logistiques jouent sans doute un grand rôle. Mais il y a plus. " Un jouet, on veut pouvoir le regarder, le toucher, le faire fonctionner avant d'acheter, estime Jean Vincent, P-DG de V-Tech France et président de l'Association des jouets de marque (AJM). Internet ne servira qu'à vendre des produits spécifiques, différents des collections. " En fait, les fabricants traditionnels, un peu déboussolés, considèrent que l'e-commerce est l'affaire de la distribution spécialisée. Mais celle-ci se révèle aussi réticente. A l'instar de La Grande Récré : " Pour l'instant, c'est une arnaque. Il faudra investir prudemment quand le marché sera mûr ", lance Jean-Michel Grunberg. Le co-P-DG de l'enseigne reconnaît cependant l'utilité de l'outil pour les vépécistes. Réagir avant l'arrivée des Américains en France Sans surprise, ce sont donc les leaders de la vente par correspondance de jouets qui occupent, pour cette année, le haut du pavé. Les JouéClub (joueclub.fr), Jouet Rêve (jouetreve.tm.fr) ou Eveil et jeux (eveiljeux.fr) bénéficient en effet d'une structure logistique déjà performante. Tout comme les grossistes. Gueydon lance son propre site, jouet-online.com. Partner Jouet s'est, pour sa part, associé à AbCool, une jeune start-up qui compte bien s'octroyer rapidement jusqu'à 30 % du marché français des jouets en ligne. AbCool est actuellement la seule société née sur la vague Internet à mi- ser quasi exclusivement sur le jouet. L'an dernier, c'était le cas de Teach@ndToys, une société achetée depuis par alapage.com. Car les sites généralistes, eux, n'ont pas hésité à profiter de l'espace vacant laissé par les spécialistes français du jouet. Les Trois Suisses viennent ainsi d'ouvrir un coin jouet sur leur site, et Leclerc lance son " site du Père Noël ", en attendant mieux. " Mais le jouet n'est pas leur métier, remarque Colette Mourey, responsable du site de Gueydon. Ils l'ajoutent à leur offre, comme les quincailliers le faisaient en leur temps. " Cependant, le danger pourrait venir d'outre-Atlantique. Les américains eToys et Toys' R' Us sont déjà installés en Grande-Bretagne. Quand ils débarqueront sur nos côtes, les retardataires français auront sans doute bien du mal à venir jouer dans la cour des grands. M. B. et P. -Y. D. EToys mène le jeu Personne n'y croyait vraiment, mais le californien eToys a réussi à lancer la vente de jouets en ligne. Créée en 1997, la société de Santa Monica a symbolisé le premier véritable Noël électronique américain en réalisant l'an dernier un chiffre d'affaires de 144 millions de francs. Aujourd'hui, le distributeur prévoit de dépasser les 650 millions de francs. Sa valorisation boursière dépasse celle du géant Toys'R'Us, à 32 milliards de francs. Certes, le phénomène eToys pourrait presque paraître négligeable sur un marché américain du jouet estimé à près de 150 milliards de francs par an. Mais il inquiète sérieusement la concurrence. Dès cette année, la start-up affrontera la riposte des rivaux comme Toys'R'Us, Amazon.com ou encore Wal-Mart. Mais eToys compte bien profiter de son avance. Une filiale vient de voir le jour au Royaume-Uni, et d'autres pays pourraient suivre. Mais l'américain préfère entretenir le mystère. Des cadeaux à portée de clic Produits culturels Les poids lourds de l'e-Noël Les libraires et disquaires en ligne sont nombreux, et leurs services rodés par plusieurs mois d'expérience. Parmi les anciens d'Internet, Alapage (ci-dessus) affiche livres, CD, DVD, etc., et des frais de port gratuits en France métropolitaine. La Fnac propose un choix élargi de livres et de CD. Amazon est au Royaume-Uni pour les amateurs ou les branchés. Côté musique, Boxman est prêt, tout comme CDandCo. Hygiène-beauté Le luxe marque le coup Sur Internet, les beaux cadeaux se trouvent plutôt du côté des sites de lingerie, comme celui de Princesse Tam-Tam, que des cosmétiques. Exception notable : le Club des créateurs de beauté, ou les vépécistes (Trois Suisses, La Redoute, etc.). L'industrie du luxe montre de belles vitrines où il n'est pas encore question d'acheter : il y a tout juste les prix et l'adresse du magasin le plus proche. Rykiel, Torrente, Lancel ou Old England s'achètent sur ParisDutyFree.com. Côté habillement, Promod, Damart, Jean-Paul Gaultier, Agnès b. (ci-dessus) ou Cyrillus vendent en ligne. Alimentation festive Le terroir à l'honneur Les internautes auront l'embarras du choix pour garnir les banquets de fin d'année. A l'honneur, les spécialités des régions françaises. FranceArtdeVivre.com décline les produits du Sud-Ouest, avec confitures aux baies sauvages et escargots. ComtesseduBarry.com (ci-dessus) présente ses spécialités de foies gras. La tendance est aussi aux paniers garnis, pratiques pour les cadeaux. Dans le vin se côtoient petits et grands crus à prix divers (de 20 à 4 000 francs la bouteille). Pour faciliter le choix, un sommelier distille ses conseils sur ChateauOnline.com, et 1855.com propose une offre personnalisée. Equipement de la maison Pratique et décoratif DVD, téléviseurs et appareils photo numériques assureront la vedette, à côté des micro-ondes et cafetières expresso proposés par des sites comme darty.com ou marcopoly.com. La décoration affiche aussi de nombreuses offres de cadeaux, avec bougies, encens, lampes et bouquets. Hoolashop.fr (ci-dessus) élargit même sa gamme, avec des livres d'art et autres gourmandises. Et les créateurs, comme tsé-tsé.com ou singulier.com, s'engouffrent eux aussi dans la brèche. Les cybercommerçants misent sur l'effet retard de noël Entre le 15 novembre et le 24 décembre, la grande distribution devrait vendre plus de 700 000 ordinateurs, qui s'ajouteront au million de pièces écoulées sur le troisième trimestre de 1999 ! Les propositions alléchantes se multiplient, comme l'offre commune du fournisseur d'accès Infonie et de Toys'R'Us pour vendre un PC connecté à 169 francs par mois sur trois ans. Sans compter qu'un ordinateur sur deux est désormais équipé d'un modem pour accéder à Internet, et que de nombreux fournisseurs d'accès proposent des offres sans abonnement. Résultat : les marchands présents sur Internet comptent bien profiter dès janvier de cette explosion de l'équipement informatique des ménages. " La période de Noël se poursuit deux semaines après le 1er janvier grâce aux étrennes. Dans le multimédia, par exemple, on agrémente le PC reçu pendant les fêtes avec des logiciels et manettes de jeux ", se réjouit Dominique Maupu, responsable du développement Internet chez Darty. Un " effet retard " qui constitue une source non négligeable de revenus. Patrick Jacquemin, P-DG de Rue du Commerce, pense d'ailleurs déjà aux soldes en ligne de janvier.

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