Anne Lauvergeon se dit victime d’un complot

Un bras de fer vient de s’entamer entre le groupe Areva et son ancienne patronne. Espionnée et soupçonnée de mauvaise gestion, Anne Lauvergeon s’est décidée à se défendre publiquement.

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Anne Lauvergeon se dit victime d’un complot

Dans une salle de la maison des centraliens à Paris, Anne Lauvergeon, ex-patronne d’Areva, a invité la presse à se réunir ce lundi 16 janvier en fin d’après-midi. A sa droite, ses deux avocats, à gauche son mari Olivier Fric. Le visage est fermé, le ton est grave. "J’ai été attaquée, j’ai été calomniée, j’ai été espionnée", lance-t-elle d’entrée. Remplacée à la tête d’Areva par Luc Oursel en juin dernier, la patronne historique du groupe est partie sans esclandre, presque sans bruit…. Mais ce temps est passé. Elle est décidée à donner sa version de l’achat de la société minière Uramin, récemment dévaluée et de l’espionnage dont elle a été victime.

Le 19 décembre, le couple a porté plainte contre X, suite à l’enquête menée par l’agence suisse d’intelligence Alp Services, qui a utilisé des moyens illégaux (analyses bancaires écoutes…). Selon le patron de la société helvète, Marion Bréro, le commanditaire en est un dirigeant interne d’Areva : le directeur des mines du groupe nucléaire, Sébastien de Montessus. Anne Lauvergeon semble convaincue de l’implication de l’homme qu’elle a elle-même recruté dans le groupe. Cette enquête a été commanditée en mars 2011 alors qu’Anne Lauvergeon était encore présidente du directoire. Elle avait pour but d’examiner les conditions d’achat de la société minière Uramin, qui a été dépréciée par Areva de 1,46 milliard d’euros début décembre 2011.

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Uranim par l'ex-patronne

Anne Lauvergeon livre donc sa version de l’histoire d’Uramin. Le premier contact avec cette société, et d’autres "juniors", est pris en 2005, date à laquelle le prix de l’uranium grimpe fortement. Areva estime que la petite société canadienne est la mieux adaptée à ses besoins et ses moyens. Aussi, une OPA de 1,8 milliard d’euros est lancée en 2007. L’ensemble de la démarche est validé par le Directoire et par le conseil de surveillance où siègent les représentants de l’Etat. L’Agence des participations de l’Etat (APE) félicitera même le groupe pour son travail tandis la ministre de l’économie, Christine Lagarde, décorera Anne Lauvergeon comme manager de l’année.

Mais la crise de 2008 entraîne un effondrement du cours de l’uranium dont le prix passe de 130$/livre mi 2007 à 40$ en 2010 (environ 52$ aujourd’hui). Les analystes, comme Rotschild ou PwC prévoyaient alors une tendance haussière entre 150 et 200 $ la livre. Par ailleurs, les stocks des actifs d’Uramin, évalués à 90 000 tonnes par une société indépendante, sont ramenés à 63 000 tonnes. Mais Anne Lauvergeon rappelle que les études de rentabilité en 2006-2007 ont été faites sur une base de 60 000 tonnes.

L’ancienne patronne d’Areva, au regard de cet historique, refuse d’endosser seule la responsabilité de ce retournement malheureux de situation. "Depuis quatre ans, j'ai subi de multiples tentatives de déstabilisation venues du plus haut niveau de l'Etat", lance-telle. "Grosso modo, une fois tous les six mois au minimum, on annonçait que j'allais partir, que j'étais profondément déstabilisée, fragilisée", ajoute-t-elle.

Destabilisation

Elle en analyse les raisons. La première est la défense du modèle intégrée d’Areva, de la mine au réacteur, qui a gêné des intérêts privés. La deuxième : le refus de faire nucléaire low cost alors que "la meute en était assoiffée" avant Fukushima. De l’action de Sébastien de Montessus, le présumé commanditaire de l’enquête illégale, et des tentatives de déstabilisation d’Anne Lauvergeon, l’avocat Me Jean-Pierre Versini-Campinchi conclut à un complot. Anne Lauvergeon, quant à elle, "n'arrive pas à croire qu’il (Sébastion de Montessus) se soit lancé tout seul. Je serais étonnée qu'il ait fait faire ce rapport sans des alliés puissants" Des alliés qu’elles se refusent à citer. Mais sur BFM radio ce 17 janvier, l’ex-patronne d’Areva met directement en cause les plus hautes instances de la République, et notamment la présidence.

En plus de cette guerre ouverte entre les deux parties, la patronne et le groupe nucléaire sont en conflit sur les indemnités de départ d’1,5 million d’euros de l’ex dirigeante. Areva a suspendu ce versement et attend les conclusions de la commission d’enquête créée sur l’achat d’Uramin. Elle devrait rendre ses conclusions fin février.

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