Anecdotes et bandes dessinées pour découvrir "La ligue des économistes extraordinaires"

Les éditions Dargaud publient une galerie de portraits des principaux économistes qui ont marqué cette "science". L’ouvrage humoristique, mêlant courts articles et bandes dessinées, met en avant la pensée des uns et des autres en les replaçant dans leur contexte historique. Leurs controverses perpétuelles donnent finalement envie de se replonger dans les arguments des uns et des autres d’autant que leurs doctrines continuent d’irriguer nos débats politiques.  

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Anecdotes et bandes dessinées pour découvrir

Un économiste revient un jour d’examen dans son ancienne fac. Il jette un coup d’œil au sujet de l’examen de premier cycle et est stupéfait de constater que dix ans après, les questions posées sont exactement les mêmes que celles auxquelles il avait eu à répondre. Il en touche deux mots à son vieux professeur, qui lui répond alors : "Certes, les questions sont les mêmes, mais les réponses ont changé". Cette blague sur les économistes - profession qui n’échappe pas à des traits d’humour féroce mais qui fascine nos sociétés toujours en quête d’experts - pourrait introduire le livre du journaliste économique Benoist Simmat et son complice dessinateur Vincent Caut. Ils nous livrent un opus mi-essai, mi-BD sur les grands économistes du 18 ème siècle à nos jours, en gros d’Adam Smith à Joseph Stiglitz, en passant par Nikolaï Kondratiev ou Amartya Sen.

L’ouvrage permet de constater que l’histoire de cette "science" au départ molle puis qui a mobilisé des outils des sciences exactes, avec l’économétrie, pour gagner en prestige est une longue suite de controverses, d’avancées et de retour de en arrière. Le parti pris du livre est celui de l’humour mais il retrace au passage cette évolution, quand l’économie était une branche de la politique avant d’acquérir son autonomie pour influencer la politique elle-même. Il illustre aussi les différents supports disciplinaires de la profession qui s’est appuyée d’abord sur la morale, puis sur les mathématiques pour intégrer aujourd’hui la sociologie et l’anthropologie.

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Anecdotes...

Ne le cachons pas : ce livre est une entreprise de démolition puisque pour nos deux auteurs, la première loi de l’économie est que pour tout économiste, il existe un avis contraire. La seconde loi, c’est : "ils ont tout les deux torts". Chaque chapitre se termine ainsi par une petite rubrique intitulé "Pourquoi il s’est planté, merci." Mais c’est aussi un hommage au regard de la somme d’énergie et de réflexion dépensées par chacun des économistes pour faire entrer le réel dans un système cohérent, avec en vue pour chacun rien de moins que le bien-être de l’humanité.

Il est aussi plaisant de mettre des têtes et des anecdotes sur des concepts abstraits comme la fameuse courbe de Laffer sur le rendement optimal de l’impôt. On y apprend ainsi que Arthur Laffer, qui n’est donc pas seulement une courbe mais bien un homme, aurait vendu la sienne "un soir de 1974 dans un restaurant de Washington à deux stars en devenir de la gauche américaine : Dick Cheney (futur vice-président des Etats-Unis) et Donald Rumsfeld (déjà secrétaire de la Défense)." Imaginer que trop d’impôt tue l’impôt est en effet une idée difficile à réfuter avec le meilleur bon sens. Mais comme l’explique Benoît Simmat "le mystère de la valeur idéale du taux optimal reste entier, Laffer sous-entend que celui-ci dépend du pays concerné, de la conjoncture, des choix politiques, etc…".

Et retour aux textes

On apprend aussi dans cet ouvrage que notre unique prix Nobel français d’économie Maurice Allais (1911-2010) se disait à la fois libéral et socialiste. Comme il le déclarait en 2009 : "les deux notions [libéral et socialiste] sont indissociables dans mon esprit… L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine." Voilà des réflexions propres à conforter l’exécutif actuel. Nous conseillons donc d’urgence à François Hollande de ne pas lire le livre de son ex-compagne Valérie Trierweiler mais plutôt les ouvrages de Maurice Allais. C’est la principale qualité du livre de Benoist Simmat et de Vincent Caut de susciter, sur un mode léger, l’envie de retourner aux textes.

Anne-Sophie Bellaiche

"La ligue des économistes extraordinaires", Edition Dargaud, 184 pages, 14,99 €

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