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André-Luc Allanic, ingénieur de l'année

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Le directeur de la R & D de Prodways est un pionnier de l’impression 3D en France. Chercheur dans l’âme, il plaide pour la pluridisciplinarité.

André-Luc Allanic, ingénieur de l'année

Quatre minutes. C’est le temps mis par l’imprimante 3D de Prodways pour produire une pièce de 8,5 centimètres. Soit environ 2 centimètres par minute, quand la plupart des machines classiques se traînent à un centimètre à l’heure ! Un record mondial de vitesse, établi en mai par la filiale de Groupe Gorgé. À la tête de la R & D de Prodways depuis 2013, André-Luc Allanic a le triomphe modeste. Loin de s’accaparer les lauriers, l’ingénieur de 52 ans préfère féliciter son équipe. Barbe blanche, lunettes rondes cuivrées et regard bleu, il nous reçoit dans une salle de réunion de l’entreprise, dans la zone industrielle des Mureaux (Yvelines).

Ce pionnier de l’impression 3D en France est à l’origine du procédé de fabrication additive MovingLight, lancé en 2007. Une technologie qui liquéfie la résine couche par couche, en utilisant une source de lumière de forte puissance à base de LED UV et de puces micro-électroniques DLP. Elle permet de concevoir des imprimantes 3D plus précises et plus rapides. Et résulte, selon son inventeur, d’un « alignement des étoiles ». « En 2005, trois technologies, qui n’étaient absolument pas faites pour l’impression 3D, sont arrivées à maturité au même moment : les LED UV, mises au point par le prix Nobel de physique 2014 Shuji Nakamura, la version 10 du logiciel DirectX de Microsoft qui a changé complètement la manière de programmer, et les puces DLP UV », raconte André-Luc Allanic. Il a eu l’intuition de s’en emparer. Une évidence pour cet ingénieur qui refuse l’étiquette d’expert. « Être pluridisciplinaire permet de connecter les points », insiste-t-il. « Fasciné par énormément de choses », il multiplie ses centres d’intérêts, jusqu’à la biologie moléculaire qu’il regrette de n’avoir pas pu approfondir.

Informaticien autodidacte

Plutôt que de se dédier à la médecine, André-Luc Allanic se consacrera à l’impression 3D. Il découvre la technologie au milieu des années 1980, dans le laboratoire de photonique de l’École nationale supérieure des industries chimiques de Nancy. Son professeur, Jean-Claude André, est l’un des pères fondateurs de la fabrication additive. « Il est venu dans le labo avec un objet qu’il avait fabriqué manuellement, couche par couche, et nous a dit que c’était l’avenir. » Le côté magique de cette technologie le séduit. Passionné, il réfléchit à ses usages et passe son Noël à fabriquer ses premières imprimantes. Même si, à l’époque, personne ne les considère comme telles. « C’était de très grosses machines avec des lasers, une alimentation de 20?kilos qui faisait énormément de bruit. Les pièces étaient en plastique obtenu à partir de mélanges de résidus de labo. Elles se brisaient en mille morceaux quand elles tombaient à terre. »

Dans le laboratoire de photonique, il rencontre Philippe Schaeffer, avec qui il fonde la société Optoform en 1997. Ensemble, ils détournent les brevets imposés par les géants de la fabrication additive et parviennent à créer des pièces en métal. Inédit à l’époque. Le fabricant américain 3D Systems rachète l’entreprise en 2001 et les embauche aux États-Unis. « Lui s’occupait de la partie informatique et moi du hardware, se souvient Philippe Schaeffer, aujourd’hui chercheur à l’Inria. Tous les jours, à l’heure du déjeuner, on partageait nos problèmes techniques. André-Luc pourrait, lui aussi, être chercheur. Il en a l’ouverture d’esprit. »

Il a aussi le diplôme. Docteur en chimie, il se définit pourtant comme un spécialiste de l’informatique, qu’il a appris en autodidacte. À 13 ans, il envoie un programme à HP. La firme américaine lui répond poliment qu’ils ont mieux, sans se rendre compte qu’elle s’adresse à un adolescent. Il regrette toutefois que l’informatique ait trop longtemps été associée aux mathématiques, discipline dans laquelle il avoue « être nul » – on le croit à moitié. Il a survécu au rythme des classes préparatoires scientifiques, dont il juge le système « très étrange » et peu performant. « La majorité des élèves sont endommagés. Quand je suis arrivé en première année de prépa, il y avait un monument aux morts pour tous ceux qui n’étaient pas passés en seconde année. » Il préfère le modèle universitaire américain et s’émerveille devant la Chine qui forme 1 million de doctorants par an. Mais le directeur de la R & D de Prodways reconnaît la valeur des ingénieurs français. Ce qui lui plaît, c’est d’observer la diversité des approches, la manière dont les ingénieurs de différentes nationalités perçoivent les choses. « Nous avons une équipe très internationale, composée de gens brillants. C’est fascinant de les diriger. »

Son rôle consiste aussi à orienter les dirigeants de Prodways vers les technologies porteuses. « Je leur donne un panorama à longue distance », résume André-Luc Allanic. S’il estime que la fabrication additive remplacera certaines techniques de fabrication peu efficaces aujourd’hui, il ne croit pas qu’elle remplacera définitivement l’usinage ou qu’elle permettra de réindustrialiser la France. Il est aussi sceptique vis-à-vis des imprimantes à filaments. « C’est à la mode, mais je ne pense pas que cette technologie ait beaucoup d’avenir. » Il reste prudent, avouant être passé à côté de certaines tendances. « Je n’ai toujours pas compris l’intérêt de Twitter ou de Facebook. » Cela dit, en matière de fabrication additive, on serait tenté de se fier à ses prédictions. Même lointaines : « Dans mille ans, l’impression 3D sera peut-être la technique de fabrication la plus généralisée, car nos choix seront essentiellement conduits par des raisons environnementales. »???

ingénieur de l’année

André-Luc Allanic, connaissance additive

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