Anatomie d'une crise exemplaire

Après la mise " en veille " de l'usine Noroxo par ExxonMobil. - le 15/04/2004

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Alors que l'usine de Harnes vient d'être mise " en veille ", le 25 mars, il faut s'interroger sur les raisons pour lesquelles on a pu en arriver là. Au risque de sembler faire peu de cas du danger sanitaire lui-même, l'analyse détaillée du cas Noroxo montre que le principal facteur de crise dans cette affaire n'a pas été la dissémination des légionelles, mais le retard et les insuffisances de la communication sur ce danger.
Plusieurs fois, en 2003, Noroxo a signalé à l'administration des taux de légionnelles très supérieurs aux normes autorisées ; il ne s'agissait donc pas d'une découverte surprenante. En octobre 2003, un premier épisode de contamination très élevée aurait dû être immédiatement pris en compte très sérieusement et éradiqué. Dans ce contexte, malgré une deuxième alerte grave le 20 novembre 2003, ce n'est que le 2 décembre que les tours aéroréfrigérantes ont été arrêtées. Ce jour même, la DDASS signalait les 2 premiers cas de légionellose à Harnes. On connaît la suite ; finalement, l'épidémie fera 85 victimes dont 13 décès.
Les médias se sont largement fait l'écho de ce retard. Et les politiques ont fait de Noroxo le bouc émissaire unique de cette catastrophe sanitaire. Etait-ce aussi simple ? Certainement pas, et il faut se garder de stigmatiser systématiquement l'entreprise. Mais devant les premiers résultats montrant un taux de légionelles très élevé, une évaluation médicale immédiate des enjeux aurait certainement dû être pratiquée. Le développement d'une possible épidémie de légionellose faisait partie des scénarios à envisager. Sa prise en compte aurait conduit à éviter le retard de près de 15 jours dans l'information des pouvoirs publics qui s'est produit, favorisant la dissémination des légionelles et la contamination des personnes exposées.
Aurait-on pu anticiper efficacement ? Oui, avant même la survenue d'un cas de mala- die déclarée, il aurait fallu identifier toutes les cibles potentiellement exposées pour les informer activement. Seule cette démarche, établissant la citoyenneté de l'entreprise, aurait sans doute permis de minimiser une médiatisation pénalisante et la " judiciarisation " du problème. Au lieu de cela, une association des victimes de la légionellose s'est constituée à Lens pour porter plainte. Ce type d'action est devenu systématique lorsqu'une situation de crise n'est pas gérée efficacement au tout début.
Après trois mois et demi de fermeture, la préfecture avait autorisé l'usine à redémarrer. Mais la lecture de l'arrêté préfectoral de redémarrage est édifiante : 10 pages entières y sont consacrées à une liste impressionnante de prescriptions complémentaires... On peut comprendre que le groupe ExxonMobil n'ait guère été encouragé à maintenir l'activité du site. Résultat : une " mise en veille " qui sera définitive, sauf miracle, et 159 emplois supprimés à Harnes.
En fait, le cas Noroxo illustre - après celui de Metaleurop - les conséquences sociales graves d'une insuffisance de gestion du risque santé à l'origine d'une crise. Cette histoire triste est exemplaire des mécanismes de broyage qui se mettent en place quand de nombreux signaux faibles, puis d'alerte, sont sous-estimés.
Christiane Mirabaud, Consultant en gestion et communication de crise,cabinet MGVM Consultants

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