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Analyse : pourquoi la Cour des Comptes épingle les aéroports régionaux

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La Cour des Comptes a sorti, dans la torpeur du mois de juillet, un rapport sur la gestion des aéroports français . Ce sont les réquisitoires sévères de plusieurs antennes régionales qui ont  alerté la Cour; en effet, des rapports publiés par les Chambres régionales des Comptes (CRC) depuis 2007 révèlent la légèreté avec laquelle les gestionnaires d'aéroports « décentralisés » (des Chambres de Commerce le plus souvent) ont subventionné la venue des compagnies à bas prix sur leurs pistes d'atterrissage.

Subventions déguisées, ristournes opaques, fausses campagnes de promotion sont quelques-unes des anomalies épinglées par les CRC. Tout commence en juillet 2003, quand l'aéroport de Strasbourg-Entzheim est condamné par le Tribunal Administratif. Objet du délit: une « campagne marketing » payée 1,4 million d'euros à une filiale de Ryanair, Marketing Airport  Services Ltd. Le Tribunal juge qu'en l'espèce, il n'y a pas eu de réelle contrepartie commerciale à cette somme « versée par un établissement public de l'Etat », et qu'il s'agit donc d'une subvention publique, illégale en l'absence de l'aval des autorités de la concurrence de la Commission européenne (CE). Les choses se corsent quelques mois plus tard; en février 2004, c'est l'aéroport de Charleroi, en Belgique, qui se voit  condamné, par la CE cette fois, pour des aides d'Etat illégales. Ryanair, unique bénéficiaire des plantureux investissements de la Région wallonne sur le site, doit rembourser 3,8 millions d'euros, soit à peine le tiers des aides indûment perçues.

Une pluie de rapports officiels

En France, les CRC flairent le danger et effectuent des audits dans plusieurs aéroports dits « décentralisés » où atterrissent des compagnies low-cost. Le constat est atterrant. La pratique des « aides marketing »  est généralisée dans la plupart des aéroports accueillant les « low-cost ». Les rapports accablant se succèdent; CRC d'Aquitaine pour l'aéroport de Pau-Béarn (janvier 2007); CRC de Bretagne pour l'aéroport de Dinard-Saint-Malo et CRC de Champagne-Ardennes pour l'aéroport de Reims-Champagne (mars 2007); CRC de Languedoc-Roussillon pour les aéroports de Nîmes et de Carcassonne (juillet 2007); CRC de Poitou-Charentes pour l'aéroport de Poitiers (juillet 2007); CRC de Midi-Pyrénées pour l'aéroport de Rodez-Marcillac (septembre 2007). Dans la foulée, Tours, Brest, Beauvais et Montpellier seront aussi sur la sellette. Point commun de ces aéroports: tous sont desservis par la compagnie irlandaise à bas coût Ryanair. Celle-ci aurait ainsi glané quelque 400 millions d'euros d'argent public de la part des collectivités locales françaises, sans compter les ristournes accordées au transporteur par les gestionnaires sur tous les frais qui constituent le viatique de l'aéroport.

Très cher développement local

Si l'objectif était louable - il s'agissait de dynamiser l'économie locale et le tourisme par un afflux d'étrangers, forcément investisseurs ou dépensiers - les résultats ne sont pas au rendez-vous, loin s'en faut. Le rapport final de la Cour des Comptes établit l'amer constat que la plupart des investissements réalisés ne sont pas rentables, voire largement déficitaires. Mieux : la Cour relève des manquements comptables dans le chef des collectivités locales, qui masqueraient les pertes engendrées par ces investissements. Quant aux contrats qui lient les gestionnaires d'aéroports aux compagnies aériennes, ils sont léonins, voire illégaux . Ils laissent notamment aux transporteurs la liberté de fermer les lignes selon leur bon vouloir, sans avoir à rembourser les aides perçues pour les ouvrir - alors que les gestionnaires, eux, s'engagent pour 5, 10 voire 15 ans... Au final, les sommes engagées sont astronomiques; elles  expliquent l'insolente santé des compagnies low-cost comme la débâcle financière des aéroports.

Déficit chronique

La Cour des Comptes ne s'y trompe pas : « Dans la quasi-totalité des cas, ces plates-formes [les aéroports décentralisés] ne dégagent pas une capacité d'autofinancement positive sans prise en compte des subventions d'exploitation. Contrairement aux grands aéroports régionaux qui parviennent à autofinancer une partie, parfois la moitié, de leurs investissements, ces aéroports financent leurs investissements prioritairement par les subventions (l'aéroport de Beauvais-Tillé a ainsi bénéficié de 7,03 M€ en 2006) et par recours à l'emprunt (Calvi a ainsi emprunté 4,6 M€ en 2006). Dans beaucoup d'autres cas, les investissements sont pris en charge directement par le concédant. L'analyse de l'endettement et de la capacité de désendettement perd ainsi quelque peu de son sens : sans aides publiques massives, il ne serait de façon générale pas possible d'aménager la très grosse majorité des petits aéroports régionaux avec un endettement soutenable pour l'exploitant de la plate-forme. »
La plupart des aéroports décentralisés sont donc en déficit chronique. Autrement dit, c'est le contribuable qui paie pour ceux qui ne voyagent pas cher...

Gil Genappe

[1] « Les aéroports français face aux mutations du transport aérien »,
[2] La plupart sont rédigés en anglais, ce qui est contraire à la loi du 4 août 1994 sur l'utilisation de la langue française

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