ALUMINIUMPechiney réduit sa production, pas ses effectifsImpossible de fermer ses vieux sites pour raisons politiques. Le groupe nationalisé fait supporter à son unité de Dunkerque une part de la réduction de sa production, décidée avec les grands mondiaux de l'aluminium.

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Pechiney réduit sa production, pas ses effectifs

Impossible de fermer ses vieux sites pour raisons politiques. Le groupe nationalisé fait supporter à son unité de Dunkerque une part de la réduction de sa production, décidée avec les grands mondiaux de l'aluminium.



Présentée comme l'usine la plus compétitive, Aluminium Dunkerque va réduire, pour au moins dix-huit mois, sa production de plus de 10% deux ans après son démarrage. En pointe l'été dernier pour demander l'imposition de quotas aux importations en Europe de métal russe, le français a été l'un des derniers à annoncer sa contribution à l'accord de réduction de la production, conclu fin janvier entre Russes, Américains, Canadiens, Australiens et Européens. Aluminium Dunkerque paie aussi son statut "politique". Fin 1988, au moment de la décision de sa construction, il s'agissait de contrebalancer l'effet de l'achat d'American National Can, et de la fermeture de l'unité de Noguères, dans le Sud-Ouest. Jean Gandois avait trouvé en Pierre Delaporte, alors patron d'EdF, un allié qui voulait résorber sa surcapacité nucléaire. Cinq ans plus tard, Pechiney, qui a réduit sa production française de plus de 100000tonnes (hors la fermeture de Venthon), aurait dû sacrifier les sites les moins compétitifs (Auzat et Lannemezan). D'autant que, face à des recettes très insuffisantes, Aluminium Dunkerque négocie pour alléger le service de sa dette. Mais Jean Gandois, qui souhaite voir son groupe privatisé, ne peut risquer des mouvements sociaux. Et ce alors qu'il tente de se faire offrir par le gouvernement les barrages électriques de la vallée du Rhône. En France, les réductions de production ne toucheront d'ailleurs pas les effectifs.

Des sacrifices justifiés

La crise met à mal la stratégie de Pechiney qui devrait annoncer un déficit d'environ 1milliard de francs pour 1993, dont le tiers dû aux pertes enregistrées sur le marché à terme de l'aluminium. Depuis l'an passé, le groupe a du mal à assumer son rôle de leader de l'emballage métallique, avec ANC, et à suivre le développement du marché en Asie. Avec 23milliards de francs de dettes, l'heure n'est plus aux acquisitions significatives dont ANC aurait tant besoin. La boîte pour boissons représente près de 50% de l'activité emballage. C'est beaucoup trop pour un produit très sensible à la pression sur les marges. A moyen terme, les sacrifices de production décidés se justifient. Comme producteur et transformateur, Pechiney a intérêt à une remontée des cours de l'aluminium. L'irruption du métal russe depuis la fin de 1990 a changé les rapports de forces entre consommateurs d'emballages et fabricants. La guerre des prix s'est rapidement propagée du métal au "can stock" jusqu'aux boîtes.

Mais le redressement attendu ne mettra pas un terme à cette bizarrerie: les deux tiers de l'emballage et plus de 40% de l'activité du groupe nationalisé sont réalisés aux Etats-Unis.





DUNKERQUE: QUI PERD?

Depuis sa mise en service, fin 1991, l'usine de Dunkerque n'aura rapporté que des pertes à ses actionnaires, qui y ont investi 5,5milliards de francs. A 1100dollars la tonne, l'aluminium produit dans cette unité ultramoderne couvre à peine plus que les coûts d'exploitation, (un peu inférieurs à 1000dollars). Une mauvaise affaire pour la dizaine de banques et sociétés d'assurances (BNP, AGF, Crédit national, Suez, GE, Norwich Union...) qui détiennent 65% d'Aluminium Dunkerque. Pechiney n'est propriétaire que de 35% de la société. Mais, le groupe d'aluminium est majoritaire dans la société d'exploitation de l'usine, dont EdF possède 49%.









USINE NOUVELLE - N°2446 -

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