Altruistes? Non citoyens responsables (P48 et 49)

Paulette Nevoux, Chargée de mission en ressources humaines chez Air France

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Cadre supérieur d'Air France, ancienne députée, Paulette Nevoux est à priori peu familière de l'univers des cités et des banlieues. Et pourtant, depuis septembre 2005, elle se rend chaque mercredi soir à Saint-Denis, en Seine-Saint Denis, pour donner des cours de soutien scolaire à Ismaël, 16 ans, élève de seconde générale. Une démarche qu'elle effectue par le biais d'une association locale, Proxité. « L'idée de cette association, c'est de mettre en relation deux mondes qui ne se côtoient pas habituellement. Les cadres d'entreprise d'un côté, et les jeunes des cités de l'autre » explique-t-elle. Les échanges sont riches : deux heures de français, d'histoire géographie ou d'anglais, mais aussi des discussions sur tous sujets - la famille d'Ismaël, Saint-Denis, la vie dans le quartier...-. L'environnement du jeune homme est difficile : « Ismaël est en France depuis trois ans seulement avec son père et ses frères, sa mère étant toujours au Bled, au Maroc. Il a donc de très grosses lacunes en Français. Et en plus, il reste à Saint-Denis toute l'année, sortant juste parfois à Paris, comme le 31 décembre sur les Champs-Elysées ». Une situation qui n'a pas empêché le binôme de fonctionner - Ismaël a décroché son brevet des collèges en 2005 - mais qui trouve aujourd'hui ses limites. « Cette année, en seconde générale, il est vraiment largué. Il a tendance à être moins assidu aux cours, il lui arrive de ne pas venir à nos rendez-vous, sans que je sois prévenue. Alors, parfois, je me demande si tout cela est bien utile. Ces gens partent de tellement loin que notre aide paraît dérisoire par certains côtés. On se dit que la situation nous dépasse... ». Il n'est pas toujours évident de faire évoluer les choses...


Issam Balaazi,
Responsable marketing produits chez Motorola

Issam Balaazi est un peu comme un grand-frère. Elevé près de Maisons-Alfort (Val de Marne) par un père ouvrier et une mère au foyer, ce diplômé de Supelec d'origine tunisienne a toujours eu la volonté de réussir chevillée au corps. Responsable marketing produits chez Motorola, à la rentrée, il entend parler du « Cercle passeport promotions télécoms », qui aide des jeunes des quartiers défavorisés à intégrer une grande école. Tout de suite, il se porte volontaire pour être tuteur. « Plus jeune, j'ai dû aller chercher l'information, me renseigner sur les différentes filières, se souvient ce cadre de 31 ans. J'avais envie d'aider ceux qui n'ont pas toutes les billes en main pour réussir. » Après une formation d'une journée, il fait connaissance avec son élève, un étudiant en classe préparatoire « économique et commerciale » dans un lycée du 14ème arrondissement de Paris. Il compte le voir au moins une fois par mois et prend son rôle très au sérieux. « Souvent, ce sont des jeunes qui ont un bon potentiel mais qui se brident et s'interdisent de faire des études supérieures », remarque t-il. Grâce à son soutien, intégrer la crème des écoles et décrocher, un jour, un poste à responsabilités, devient possible.
E. S.

Mehdi Houas,
PDG de Talan

Ca fait un bout de temps que ses trois compères se connaissent. Un juif, un chrétien, un arabe... Ensemble, ils en sont à leur troisième création d'entreprise. « Deux guerres du Golfe, trois intifada et on est toujours ensemble ! », plaisante Mehdi Houas, PDG de Talan, une société informatique de 200 salariés. Pas étonnant donc si ce trio de tête est un farouche partisan de la diversité. « Nos quartiers ont des talents » lancée par la Medef, « Talents des cités », « La IT Cup » parrainée par Laurent Blanc pour financer des œuvres des caritatives, « le 4L trophy » où des étudiants vont jusqu'au Maroc les coffres remplis de cartables et de fournitures scolaires... Ce patron fait dans le mécénat. Il coache aussi des jeunes créateurs. « Nous devons être acteur de notre propre destin. Ce qui consiste aussi à participer aux débats de la vie civile », estime ce Français de la seconde génération. Les difficultés d'insertion et d'évolution malgré les diplômes et l'expérience, Mehdi Houas les a vécus. Classé « haut potentiel » chez IBM dans les années 90, on lui signifie rapidement que malgré ses performances, il ne sera jamais patron « avec un nom pareil »... Du coup, il se fait patron lui-même. « On tourne le dos à des ressources de bonne qualité sur des préjugés », déplore cet ingénieur de 46 ans. Dans son entreprise, 23 nationalités se côtoient. L'activité se porte bien. Un joli pied de nez à son ancien employeur...
E. S.



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