Altia, le fiasco qui embarrasse la Bpi

"Altia a été construit pour beaucoup sur du sable". C'est en ces termes que Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, a tenté d'expliquer le fiasco qui embarrase son établissement, sur Radio Classique, le mercredi 10 septembre. Mauvaise anticipation de la crise, mauvaise communication avec les actionnaires, gestion approximative… A force d’enchaîner les erreurs, la quasi-totalité du groupe Altia, repreneur de Caddie en 2012 , doit retrouver lui-même un repreneur. La BPI vient de faire savoir qu'elle portait plainte pour défendre ses intérêts. 

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Altia, le fiasco qui embarrasse la Bpi

C’est l’histoire d’un véritable fiasco, dont le dénouement devrait se jouer au tribunal de commerce de Paris à partir de fin septembre. Avec, à la clé, de nombreux postes supprimés. Altia Industry, placé en redressement judiciaire le 25 juin pour sa célèbre filiale Caddie et début août pour le reste du groupe, fait grincer des dents dans les couloirs de Bpifrance, actionnaire à hauteur de 18 % du groupe. La banque publique y a investi 18 millions d’euros, dont 8 millions ont servi, cet été, à renflouer la trésorerie du groupe et financer une partie des périodes d’observation des filiales placées en redressement. Elle risque de tout perdre.

Altia, un groupe multifacettes :

Effectif : 3000 personnes dont 1000 en France

Chiffre d’affaires : entre 300 et 400 millions d’euros

Nombre de filiales : 48

Domaine d’activité : emboutissage, métallurgie, plasturgie

Secteurs : automobile, aéronautique, machines agricoles, chariots métalliques

 

Pour le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, Altia "a été construit pour beaucoup sur du sable", et Bpifrance "solde" aujourd'hui "les erreurs du passé". La date de dépôt des offres sur chacune des 46 filiales en redressement était fixée au 12 septembre, pour des décisions qui s’étaleront à partir du 22 septembre pour Caddie, jusqu’à décembre pour Altia Structures (cabines de tracteur).

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L’histoire commençait bien, pourtant. Altia, un groupe industriel, rachetait des sous-traitants de l’automobile pour constituer un groupe. En 2011, au moment de l’acquisition de deux nouvelles usines, le Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA), abondé par Renault, PSA et Bpifrance (à l’époque, le Fonds stratégique d’investissement), entre au capital.

"C’était un groupe essentiellement automobile avec beaucoup de synergies possibles entre les filiales, expliquent aujourd’hui les représentants de Bpifrance. La reprise était soutenue par les clients, constructeurs et équipementiers, qui voyaient d’un bon œil la sauvegarde des sous-traitants." Mais l’illusion ne dure pas. Altia devient un cas d’école des erreurs à ne pas commettre.

Imprudence

Tout d’abord, malgré la présence du FMEA et de ses célèbres sponsors au conseil d’administration, le groupe Altia n’anticipe pas suffisamment la crise de 2012, qui frappe durement la filière automobile. "La division emboutissage, dont la valeur ajoutée était faible, a été heurtée par la hausse des matières premières, la pression sur les prix, etc.", rappelle Nicole Cohen, l’une des trois associées fondatrice d’Altia aux côtés de Patrice Durand, le PDG, et de Patrick Adolf, le directeur financier. Les pertes des cinq usines de cette division, rachetée à Sonas en 2009, se creusent, les commandes ne rentrent plus…

L’emboutissage devient le mouton noir du groupe. Les autres entités auraient fourni du cash pour combler les pertes des autres. "Des conventions de trésorerie, il n’y a pas un groupe dans le monde qui n’en a pas", justifie Nicole Cohen. Sauf que les finances des autres filiales finissent par être plombées à leur tour. D’autant qu’en parallèle, Altia poursuit les acquisitions. Dont la plus emblématique, celle de Caddie, le fabricant de chariots de supermarché, repris en 2012 à la barre du tribunal avec l’aide du FSI, pour 1,9 million d’euros.

Pompier aveugle

La gestion des relations entre actionnaires a également précipité la chute du groupe industriel. Le conflit éclate avec la vente surprise de la division emboutissage, les trois associés l’ayant cédée à des financiers américains en avril 2014. "Nous nous y sommes opposés et ils sont passés outre", s’emporte le responsable du dossier chez Bpifrance. L’investisseur public se plaint aussi de ne pas avoir accès aux informations financières qu’il demandait et de ne pas être écouté sur la stratégie.

Le dialogue ne fonctionne pas. Pour les dirigeants du groupe, la faute revient à une organisation peu efficace. Ils décident d’ailleurs de recruter un directeur financier pour le groupe en avril 2014, tandis que Patrick Adolf prend du recul. Cela ne suffira pas, Bpifrance n’est pas satisfait de la gestion du groupe. Lorsque la trésorerie vient à manquer, en mai 2014, la banque publique se décide, enfin, à montrer les muscles. En échange d’un chèque pour payer les salaires, elle écarte les dirigeants d’Altia et prend la manœuvre.

Pression politique

"Il est rare de voir une entreprise dans une telle situation économique poursuivre son activité", déclare rétrospectivement un proche du dossier. La situation de la plupart des filiales d’Altia se révèle catastrophique, les dettes auprès des banques et des fournisseurs sont colossales. Sous l’impulsion de Bpifrance, les filiales sont placées en redressement pour tenter de vendre ce qui reste et de rembourser, si possible les créanciers et les actionnaires. Mais l’attente a été très longue, trop sans doute. Patrick Béranger, le conseiller en stratégie du comité d’entreprise de Caddie, se désole. "Ils auraient dû se mettre sous protection de la justice plus tôt", remarque-t-il. La cause ? Une certaine pression politique…

Caddie avait été présenté en 2013 par Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, comme un exemple de sauvetage industriel. Et un aveuglement des actionnaires, persuadés que le groupe pourrait encaisser encore un peu les pertes. Aujourd’hui, l’analyse de Caddie par Patrick Béranger, présentée au tribunal de commerce de Paris le 1er septembre, est catastrophique. Seuls 50 % du chiffre d’affaires pourrait être préservé et moins de la moitié des 400 salariés, à condition de réinjecter, encore, plusieurs millions d’euros.

Le sort de Caddie et de la quarantaine de filiales en redressement se trouve désormais dans les mains de la justice commerciale, qui va devoir étudier les différentes offres de reprise. Mais la justice risque aussi de s’intéresser au fiasco financier d’Altia, le parquet ayant déjà lancé une enquête pour la division emboutissage.

Arnaud Dumas

Chronologie :

2009 : Les trois associés créent le groupe Altia en reprenant la division française de Halberg, groupe allemand en redressement judiciaire.

2012 : Altia rachète Caddie, alors également en redressement judiciaire, pour tenter de diversifier son activité en dehors de la sous-traitance automobile.

Avril 2014 : La division emboutissage est revendue en express à des investisseurs financiers américains. Trois usines sont placées en redressement judiciaire la semaine suivante.

Mai 2014 : Les trois dirigeants fondateurs sont évincés du management, un manager de transition est nommé pour tirer au clair les finances du groupe.

Août 2014 : Toutes les filiales, sauf deux, sont placées en redressement ou en liquidation judiciaire. Les repreneurs avaient jusqu’au 12 septembre pour se manifester et le juge se prononcera entre septembre et décembre selon les filiales.

 

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