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L'Usine Matières premières

Alternatives au plastique: parfois le bon sens consiste à revenir sur ses pas

Publié le

Tribune Pour la Journée mondiale du recyclage, Richard Crossley, directeur commercial d’Alltub Group, invite à questionner le progrès qu'ont pu représenter les emballages tout-plastique. Il préconise, dans certains cas, le retour à des matériaux plus recyclables utilisés par le passé.

Alternatives au plastique: parfois le bon sens consiste à revenir sur ses pas
En France, 43% des emballages aluminium sont recyclés, contre 26,2% des emballages plastiques.
© Alltub

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Décision historique : le 18 décembre 2018 et pour la première fois, l’Union européenne adopte un texte de loi visant à réduire la quantité de déchets plastiques jetables. Ainsi, d’ici 2021, huit produits plastiques à usage unique seront interdits : couverts, assiettes, pailles, contenants alimentaires et gobelets en polystyrène expansé, touillettes, coton-tiges et les tiges pour ballons. Et il serait temps !

En effet, le déchet plastique, et plus particulièrement les plastiques à usage unique, détruisent l’environnement – notamment la faune et la flore marine - et coûtent très cher à la société. L’ONU estime à 8 milliards de dollars par an le manque à gagner dans le secteur de la pêche, du tourisme et de la santé. Connus depuis plusieurs années maintenant, ses effets dévastateurs entrent chaque jour un peu plus dans le débat public, et pour une raison simple : nous, consommateurs et industriels, sommes à présent directement concernés et commençons à en mesurer les conséquences.

Des actions en cours – mais est-ce assez ?

Le "non-recyclage" des emballages plastiques coûte 105 milliards d’euros par an à l’Europe [1]. Même si les citoyens européens déclarent trier leur déchet (72% [2]), les résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux. A l’échelle mondiale [3], seuls 9% des plastiques sont recyclés, 12% incinérés et 79% finissent dans l’océan. Bien sûr, cela peut être amélioré – notamment en France où le taux de recyclage des emballages plastiques stagne et demeure très bas comparé à celui d’autres matériaux comme le papier, le verre ou les métaux.

Mais quand bien même ce taux serait supérieur, le recyclage a ses limites. D’un point de vue technique, le produit recyclé ne sera pas aussi pur et n’aura pas les mêmes propriétés que le neuf ; avec pour conséquence un marché encore très peu demandeur. Pour les bouteilles par exemple, au niveau mondial, seuls 6% des nouveaux plastiques produits sont issus du recyclage [4], leur composition et leur teneur en substances chimiques le rendant impropres pour certaines utilisations. Enfin, le prix sur le marché des plastiques recyclés est bas, ce qui n’incite pas forcément la chaîne de valeur à investir.

La redécouverte de solutions existantes : du bon sens

La production de plastique et l’incinération des déchets plastiques croissent chaque année et génèrent approximativement 400 millions de tonnes de CO2 par an [5] – en plus des polluants générés dans le processus. Alors que faire ? Flore Berlingen, de l’association Zéro Waste France, prône évidemment la réduction drastique à la source, quand d’autres visent la taxation de la matière première en vue de rendre des alternatives compétitives. Or d'autres solutions existent. Certaines sont en devenir, issues de matières biosourcées par exemple et doivent encore faire leurs preuves sur l’aspect financier et environnemental. D’autres existent depuis la nuit des temps industriels et gagneraient à être redécouvertes. On pense au verre bien sûr et aux fameuses consignes – tant combattues par certaines marques – ou encore à l’aluminium. Léger, sans nocivité pour les écosystèmes, recyclable à l’infini pour un coût financier et environnemental bien moindre que celui du plastique, l’aluminium peut aussi se révéler un atout en termes de design et d’image pour les marques.

En effet, l’aluminium se recycle déjà très bien : 95% de l’aluminium est recyclé dans le secteur du bâtiment et des transports. Ce taux est de 50% pour l’emballage aluminium mais reste bien plus élevé que pour les emballages plastique (9%). Perçu comme plus haut de gamme que le plastique, il est notamment adopté par les industries pharmaceutiques, cosmétiques et du luxe. La marge de progression reste pourtant importante : le secteur de l’emballage, tels que les tubes, ne représente que 16% de la consommation d’aluminium en France.

L’alternative au plastique comme choix stratégique

(Ré)adopter l’aluminium – avant le plastique, c’est bien dans des tubes aluminium que la plupart des dentifrices, crèmes et pommades étaient distribués – peut être une solution pertinente pour nombre d’industriels et de marques. Léger et malléable, il convient aux designers et son côté authentique est au goût du jour.

C’est également l’occasion de soutenir une industrie locale. En effet, la consommation d’aluminium tend à augmenter: elle était de 1,1 million de tonnes en 2014 en France (dont 505 000 tonnes de matériau recyclé, soit près de 43 % des besoins) et de 1,422 million de tonnes en 2015.

Plus généralement, le choix d'emballages neutres s’impose à l’heure où les migrations potentielles de substances de contenants plastiques vers les produits qu’ils contiennent posent question, à l'instar des fameux perturbateurs endocriniens. Ces derniers mois, les annonces de lutte antiplastique se multiplient de la part des marques dans plusieurs pays européens. Tesco s’est par exemple distingué en présentant une gamme d’eau en cannette aluminium, la CanO Water. Un moyen pour la marque de répondre aux pressions tout en se différenciant sur le marché très concurrentiel de la grande distribution.

Et si l’alternative au plastique était un choix stratégique ?

Forcé par des pressions extérieures ou précurseur dans les tendances ? C’est un choix. Les marques et les industriels savent comment faire pour réduire leur recours au plastique – comme passer à la consigne ou employer d’autres matériaux. En réalité, les choix économiques et esthétiques passés sont un héritage lourd pour eux. En partie parce que, jusque-là, ces acteurs n’ont pas d’intérêt business à changer, qu’ils restent dans leurs habitudes et y enferrent les consommateurs. Pourtant, anticiper est l’une des clés de l’innovation et de la distinction sur un marché.

Les industriels et les marques ne devraient pas négliger l’intérêt qu’il peut y avoir à adopter un matériau alternatif qui, tout en remplissant leur cahier des charges technique et financier, leur confèrerait une image plus moderne et plus éthique. Sortir du plastique est aujourd’hui soit une contrainte, soit un atout. Aux marques et aux industriels de choisir avant que la pression règlementaire, fiscale, et/ou l’opinion publique ne les y forcent - et cela commence à être sérieusement le cas. Et lorsque l’on sait par exemple que la couverture des besoins en aluminium par le recyclage en France atteint déjà les 47% [6], il devient difficile de se trouver des excuses.

par Richard Crossley, Directeur Commercial d’Alltub Group

[1] Ellen Macarthur Foundation, the new plastics economy, 2016

[2] Etude Eurobarometer :http://ec.europa.eu/commfrontoffice/publicopinion/archives/ebs/ebs_416_en.pdf

[3] http://advances.sciencemag.org/content/3/7/e1700782.full

[4] https://www.greenpeace.org.uk/press-releases/greenpeacereport-reveals-plastic-footprint-worlds-largest-soft-drinks-companies-20170314/

[5] Ellen Macarthur Foundation, the new plastics economy, 2016

[6] http://www.aluminium.fr/developpement-durable/recyclage-aluminium

 

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