Alteo veut démontrer qu’il réduit les "boues rouges"

La nouvelle intervention sur les "boues rouges d'Alteo" de Ségolène Royal, ministre de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer, lors de l'émission "Thalassa" consacrée à la Méditerranée le 2 septembre 2016, laisse croire que, sur le terrain, la situation n'a pas bougé. Il n'en est rien tant du côté de l'industriel que des pouvoirs publics, même si tout est loin d'être réglé.

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Alteo veut démontrer qu’il réduit les
Site Alteo de Gardanne.

"Il est grand temps de mettre fin à ces postures faciles qui veulent faire de l'économie et de l'emploi des ennemis de l'écologie", a indiqué, dans un communiqué le 5 septembre 2016, le président (LR) du conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur, Christian Estrosi, en réponse aux propos de Ségolène Royal, durant l'émission "Thalassa" du 2 septembre, intitulée "Méditerranée, enquête sur une mer en danger". La ministre de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer pointait, une nouvelle fois, "le rejet des boues rouges" par l'usine d'alumines de spécialités Alteo de Gardanne au large de Cassis (Bouches-du-Rhône), dans le Parc national des Calanques. Elle rappelait son opposition à la position du Premier ministre, Manuel Valls, et à l'autorisation, accordée en décembre 2015 par le préfet des Bouches-du-Rhône, de poursuivre pour six ans le rejet d'effluents liquides, chargés en métaux.

Christian Estrosi accuse la ministre de "légèreté" et soutient le Premier ministre, en indiquant que la décision découlait de "trois années de travail, plus de 18 mois d'expertise, des investissements lourds engagés par l'entreprise et de l'autorisation donnée pour 30 ans par le conseil d'administration du Parc national des Calanques". La polémique laisse supposer que rien n'a changé depuis décembre 2015 et l'autorisation accordée à Alteo. Or, plusieurs avancées sont intervenues.

Expérimentations en cours

D'abord, les rejets de résidus de bauxite, les fameuses "boues rouges" évacuées en mer pendant cinquante ans, ont été, selon l'industriel et les pouvoirs publics, effectivement stoppés. Alteo s'est doté de procédés et d'équipements (filtres presses) qui ont permis de les éliminer, conformément à ce que lui imposaient les arrêtés préfectoraux du 28 décembre 2015. Cependant, les rejets liquides se poursuivent jusqu'à une date limite fixée à 2021. La préfecture a fixé des seuils pour les substances qu'ils sont susceptibles de contenir : mercure, zinc, fer, aluminium, arsenic... et accordé des dérogations.

Alteo qui a mis en place un dispositif d'auto surveillance admet avoir dépassé parfois certains de ces seuils, ce qui lui a valu le 21 juin 2016 une mise en demeure du préfet de les respecter, mais assure que "malgré des difficultés ponctuelles, le niveau des rejets continue de diminuer". Parallèlement, le directeur des opérations du site, Eric Duchenne, a lancé avec ses équipes différentes expérimentations pour adapter le procédé de production et réussir à terme à arrêter ces rejets liquides. Fin juillet 2016, Alteo indiquait réaliser "un premier pilote industriel qui consiste à injecter avec une technologie innovante du dioxyde de carbone dans l'effluent. Ce traitement permet de neutraliser la soude et de précipiter les métaux dissous pour être capable de les séparer". Il reconnaissait devoir faire face à "de nombreuses difficultés opérationnelles".

Campagne scientifique

Mais Eric Duchenne s'évertuait à démontrer la bonne foi du groupe : "Six mois après la nouvelle autorisation d'exploiter, nous sommes déjà en mesure de tester une solution complémentaire de traitement. Cela traduit notre capacité à avancer rapidement et confirme notre engagement à améliorer durablement la qualité des eaux". Il précisait que des "solutions complémentaires" étaient étudiées avec d'autres partenaires, annonçant un second essai à l'échelle industrielle pour cette rentrée de septembre avec la société Extracthive et d'autres d'ici la fin de l'année.

Alteo a par ailleurs lancé ces jours-ci une campagne de suivi des rejets en mer pour mesurer l'impact écologique et sanitaire de ses rejets liquides et accumuler de nouvelles connaissances sur les sédiments déposés. L'objectif est d'établir un "état de référence du milieu marin pour les futures campagnes de suivi". La préfecture des Bouches-du-Rhône, le Parc national des Calanques et le Comité de surveillance et d'information sur les rejets en mer (CSIRM), créé au printemps dernier, et plusieurs experts scientifiques sont associés à cette étude à laquelle Alteo dit consacrer 1,5 million d'euros.

Exigences à respecter

De son côté, l'Etat s'attache à prouver qu'il garde l'industriel à l'œil. Le 24 juin s'est tenue la deuxième réunion de la Commission de suivi de site (CSS) ciblée sur les impacts de l'usine d'alumine de Gardanne mais aussi de sa décharge industrielle de "Mange-Garri" située sur la commune voisine de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône). Cette commission réunit des services de l'Etat et des collectivités territoriales, riverains, exploitants, salariés, experts de différents domaines liés aux problématiques étudiées... Elle confirmait les améliorations évoquées par l'industriel mais aussi les mises en conformité encore nécessaires pour se plier aux contraintes des arrêtés préfectoraux. Pour le site de stockage de Mange-Garri où Alteo entrepose des tonnes de "Bauxaline", le coproduit issu de ses filtres presses pour lequel il s'emploie à trouver d'autres pistes de valorisation, la commission réclamait des mesures pour réduire l'envol de poussières dans l'environnement.

Feuille de route à établir

La troisième réunion de la CSS, selon la préfecture, doit se dérouler fin septembre. A cette occasion, Alteo devra présenter une feuille de route centrée sur les solutions complémentaires envisagées pour traiter ses rejets aqueux et atteindre les objectifs de "0 rejet" à l'horizon 2021. Il devra aussi détailler les investissements nécessaires à sa mise en œuvre. Même si la ministre de l'Environnement, Europe Ecologie-Les Verts et de nombreuses associations évoquent un "chantage à l'emploi" de l'industriel, les pouvoirs publics s'efforcent de procéder par étapes pour ne pas mettre en péril les 430 emplois directs et les quelque 300 sous-traitants du site. Sans pour autant alléger leur vigilance sur le respect des engagements d'Alteo. Les uns et les autres savent de toute manière qu'ils auront des comptes à rendre.

Jean-Christophe Barla

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