Quotidien des Usines

Alteo investit à Gardanne pour réduire ses rejets

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Le parc national des Calanques autorise Alteo à poursuivre, au-delà du 31 décembre 2015, les rejets de ses eaux issues de sa production d'alumine. La préfecture de région se prononcera en juin 2015. Mais le groupe, propriété d'HIG Capital, investit en recherche et sur son site pour valoriser ses résidus solides, les "boues rouges" qui font polémique, et améliorer ses rejets aqueux.

Alteo investit à Gardanne pour réduire ses rejets
Filtre-presse sur l'usine Alteo de Gardanne.
© J.C. Barla

La décision, symbolique, était attendue : le parc national des Calanques a finalement décidé de donner un avis favorable à ce qu'Alteo poursuive durant trente ans ses rejets d'eaux industrielles dans le périmètre du parc, après l'échéance du 31 décembre 2015. Le 8 septembre, trente de ses administrateurs se sont prononcés "pour", seize "contre" et deux ont voté "blanc".

Le parc a assorti son avis d'une exigence de contrôle régulier (annuel et tous les cinq ans) des efforts engagés par le fabricant d'alumine de Gardanne (Bouches-du-Rhône) pour trouver des solutions alternatives, "afin de réduire à la fois la quantité et la toxicité de ses rejets en mer" selon son président Didier Réault.

Cette décision qui suscite des contestations de la part de mouvements de protection de la nature tente de tenir compte des difficultés techniques liées à la modification du processus de production dans des délais restreints, mais aussi de la réalité économique d'un site qui emploie près de 400 personnes (sur 700 dans le monde) et fait travailler 300 sous-traitants. Alteo réalise un chiffre d'affaires qui varie, selon la conjoncture, entre 250 et 300 millions d'euros.

Nouveaux filtres-presses

Si les opposants à cette autorisation, qui devra être confirmée par le préfet de région en juin 2015, jugent les contraintes imposées insuffisantes, Alteo n'en a pas moins investi depuis plusieurs années pour respecter au mieux ses obligations. Il continue de le faire. Pour traiter et valoriser les résidus solides de sa production, qualifiés de "boues rouges" et rejetés depuis 1966 à plus de 7 kilomètres au large de Cassis (Bouches-du-Rhône), le groupe a construit un premier filtre-presse en 2007. Un deuxième vient d'être mis en service et un troisième dont les terrassements commencent cette semaine sera opérationnel au printemps 2015.

Parallèlement, afin d'améliorer la qualité de ses rejets liquides, par une réduction des matières en suspension, il va se doter d'un filtre sous pression, prévu pour juin 2015. "Au total, nous investissons une trentaine de millions d'euros dans ces équipements" indique le directeur des opérations d'Alteo, Eric Duchenne, en rappelant que le groupe a étudié ces trois dernières années une demi-douzaine d'alternatives techniques au rejet en mer.

Débouchés à trouver

La "bauxaline", produit issu de ces filtres-presses, peut être utilisé en sous-couche de routes ou en couverture de centres d'enfouissement d'ordures. Mais, à cause de sa faible rentabilité sur un marché très concurrentiel, Alteo développe une R&D visant à lui trouver des filières de valorisation mettant en jeu ses propriétés intrinsèques.

"Nous réfléchissons à son utilisation pour des chantiers de dépollution de sols, nombreux en Europe, car la bauxaline a pour attrait de fixer les polluants, explique Eric Duchenne. Nous recherchons des sites d'expérimentation à grande échelle en France pour valider sur le terrain les avancées démontrées en laboratoires. Nous explorons aussi ses potentialités comme géopolymère pour la construction."

Ces recherches sont conduites avec divers partenaires industriels et académiques. "Nous n'opposons pas emploi, développement économique et protection de l'environnement, insiste Eric Duchenne. Nous nous inscrivons dans une logique d'écologie industrielle."

Des soutiens pour l'industriel et le parc

Pour le député d'Europe Ecologie - Les Verts, dans la circonscription de Gardanne, François-Michel Lambert, "interdire aujourd'hui tout rejet solide et liquide dans la Méditerranée, c'est entraîner la fermeture immédiate de l'usine car aucune technologie de substitution n'est disponible."

La méthode de travail partenariale, "transparente et collaborative", choisie par le parc et ses partenaires lui paraît la plus réaliste pour "améliorer de façon continue le process industriel afin d'atteindre dans quelques années un niveau de qualité environnementale des effluents rejetés totalement acceptable."

Quant au maire de Gardanne, Roger Meï, il souligne que "toutes les conditions sont réunies autour de l'industriel pour un contrôle rigoureux de l'activité par l'usine, les services de l'Etat et le parc national des Calanques". Il souligne qu'il sera vigilant sur les engagements pris, en rappelant qu'à ses yeux, "la vraie pollution aujourd'hui, c'est le chômage."

Jean-Christophe Barla
 

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