Alteo a six ans pour stopper ses rejets liquides de "boues rouges" en mer

"Les boues rouges, c'est fini", clame la direction d'Alteo à Gardanne (Bouches-du-Rhône). L'entreprise ne rejette plus en mer les résidus solides de sa production d'alumine. Mais le liquide qu'elle est autorisée à évacuer durant six ans au large de Cassis suscite l'inquiétude des protecteurs de l'environnement.

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©J-C Barla - Site Alteo à Gardanne

Depuis le 31 décembre 2015, l'usine Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône) ne rejette plus dans les calanques, à 7 km au large de Cassis, les résidus solides de bauxite issus de sa production d'alumines de spécialité, comme elle le faisait depuis 1966. Ces résidus, souvent qualifiés de "boues rouges", sont traités préalablement par trois filtres presses, construits entre 2007 et 2015, et permettent d'obtenir, un sous-produit sec, la "Bauxaline", aux applications diverses (travaux publics, couverture de décharge, dépollution de sols...).

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Avec l'appui de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse, l'entreprise a investi 20 millions d'euros pour respecter les obligations européennes d'arrêt de ses rejets. Début novembre, elle inaugurait une station de traitement de finition des eaux qui permet, selon la direction, d'améliorer de 99,95% la qualité du rejet (800 000 euros investis). Mais il reste toujours un résidu liquide pour lequel elle avait sollicité de l'Etat une nouvelle autorisation de l'évacuer en mer. La préfecture lui a accordée pour six ans.

Un accord sous surveillance

L'enquête publique a donné lieu à de nombreux débats, les eaux où se concentrent les rejets relevant désormais du parc national des Calanques. La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, s'est opposée à leur poursuite. Une perspective qui pouvait, selon la direction d'Alteo, provoquer la fermeture de l'unité de production. En suivant l'avis favorable unanime de la commission d'enquête, l'arrêté préfectoral pris fin décembre 2015 satisfait le président d'Alteo, Frédéric Ramé, qui martèle que tout rejet de boues rouges en mer est bien définitivement arrêté. "Cette décision met fin à une longue période d'incertitude pour l'entreprise et ses salariés. Elle va nous permettre, tout en poursuivant notre activité dans des conditions totalement modifiées, d'engager les recherches et développements pour améliorer la qualité de nos rejets liquides d'ici au 31 décembre 2021".

Des collaborations avec des start-up et avec le BRGM sont annoncées pour y parvenir. Alteo a toujours indiqué qu'aucune autre alternative fiable, techniquement et financièrement, n'existait pour l'heure pour traiter efficacement ses effluents liquides, chargés d'arsenic et de métaux. Une commission de suivi de site et un comité de surveillance et d'information sur les rejets marins vérifieront leur impact sur la faune et la flore marines. Les installations terrestres de Gardanne où Alteo dépose ses résidus secs feront aussi l'objet d'une vigilance particulière.

Avis partagés

Le parc des Calanques, la mairie de Gardanne et le député écologiste des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert saluent une décision équilibrée entre intérêts économique et environnemental. Mais plusieurs organisations environnementales et associations de pêcheurs s'insurgent contre l'arrêté préfectoral. Union Calanques Littoral juge le délai trop long, convaincue que l'industriel pourrait trouver des solutions en deux ans. France Nature Environnement est sur la même position. Pour Europe Ecologie-Les Verts, "ce permis de polluer est un scandale environnemental et sanitaire". Ségolène Royal évoque "une mauvaise décision essentiellement suscitée par le chantage à l'emploi".

Alteo emploie 700 personnes dans trois usines en France et une en Allemagne. 400 travaillent à Gardanne, mais un millier d'emplois dépendraient de cette unité. Disposant d'une capacité de production de plus de 700 000 tonnes par an, elle réalise un chiffre d'affaires annuel de 270 millions d'euros.

Jean-Christophe Barla

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