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Alstom, un choix difficile pour Siemens

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Laisser Alstom aux mains de GE ouvrirait la porte à une concurrence féroce sur le marché européen de l’énergie. L’opération ne suscite pas un grand enthousiasme de l’autre côté du Rhin.

Alstom, un choix difficile pour Siemens © Mobilisation de salariés de Siemens, à l’appel du syndicat IG Metall, pour la sauvegarde des emplois.

Ira, n’ira pas ? Depuis la mise en vente de la division énergie d’Alstom, Siemens a hésité à proposer une contre-offre face à celle de son concurrent américain General Electric, déposée le 29 avril et chiffrée à 12,35 milliards d’euros. Afin de mieux évaluer les risques économiques d’une telle transaction, le géant allemand s’était donné jusqu’au 16 juin pour faire une proposition. Il faut dire que si cette fusion franco-allemande a les faveurs des gouvernements des deux côtés du Rhin, analystes financiers et presse spécialisée allemands examinent cette opération, tantôt avec scepticisme, tantôt avec pragmatisme. Ce rachat est-il réellement opportun pour leur fleuron national ?

Mauvais timing

Question de timing d’abord. Car cette décision intervient en même temps que l’annonce d’une seconde restructuration, baptisée Vision 2020 et dévoilée le 7 mai par Joe Kaeser, à la tête de l’entreprise depuis août 2013 [lire l’encadré]. Celle-ci vise à économiser 1 milliard d’euros par an, en supprimant plusieurs échelons d’encadrement ainsi que les lourdeurs administratives. Elle s’accompagnera de la destruction de 11 600 postes à l’échelle mondiale. Le PDG préfère toutefois parler de reclassements en interne, dans des secteurs qui seront renforcés dans la nouvelle organisation.

Une promesse suivie de très près par le syndicat majoritaire IG Metall, qui a déjà organisé des journées de mobilisation pour garantir la sauvegarde de l’emploi. Malgré cela, "cette restructuration reste indispensable, avant même le dossier Alstom, pour assurer la pérennité du groupe dans le futur", avoue Jürgen Wechsler, le président d’IG Metall en Bavière, Land où réside Siemens. Même son de cloche du côté des actionnaires. "Bien sûr, nous aurions aimé un autre timing pour le rachat d’Alstom car, avec la réorganisation, Siemens a beaucoup à faire, et la priorité reste la mise en application de ces mesures", analyse Henning Gebhardt, gestionnaire de fonds chez DWS Investments, qui possède un portefeuille d’actions Siemens. Ce dernier craint que l’intégration d’Alstom, avec tous les risques qu’elle comporte, ne vienne perturber la bonne marche de la restructuration.

Cette cure d’amaigrissement est du plus mauvais effet alors que l’emploi semble être un thème central dans l’examen des dossiers des potentiels acquéreurs. Si Siemens venait à formuler une offre, Joe Kaeser s’est engagé à ne se débarrasser d’aucun actif d’Alstom et à ne procéder à aucun licenciement en France "sur une période de trois ans", soit jusqu’en 2018, malgré les inévitables doublons que créerait une fusion des deux entreprises. Pourra-t-il réellement tenir cet engagement, sans toucher à l’emploi en Allemagne ? Les syndicats se disent inquiets et n’excluent pas de nouvelles mesures d’austérité.

General Electric a, quant à lui, avancé un argument de poids : la création de 1 000 emplois en France, d’ici à 2018, si son offre était retenue. "Mais je me demande où General Electric va trouver des relais de croissance pour créer ces emplois. Les informations apportées ne sont pas suffisantes, critique Henning Gebhardt. C’est pourquoi il ne serait pas très opportun pour Siemens de se livrer à une surenchère de promesses, qui ne seraient pas réalisables."

Pourtant, chacun en convient, en dépit de ce calendrier défavorable, laisser General Electric s’emparer de l’activité d’Alstom sans riposter constituerait une grave erreur stratégique. Une fusion Alstom-General Electric dans le domaine de l’énergie donnerait naissance à un concurrent plus gros, mieux géré et économiquement plus sain que Siemens en l’état actuel. De plus, les synergies entre les deux groupes sont intéressantes. Par exemple, la technologie d’Alstom dans les centrales au charbon et les réseaux de transport de l’électricité pourrait permettre à Siemens, qui excelle dans les centrales à gaz et l’éolien offshore, de compléter son portefeuille.

Pas les moyens de surenchérir

L’idée de céder en contrepartie toutes les activités ferroviaires, à l’exception de la signalisation, à Alstom Transport semble faire l’unanimité. Le fait que cette division mobilité, qui comprend la fabrication des trains, locomotives et métros, soit loin d’assurer la rentabilité escomptée (autour de 3 à 9% des ventes) n’y est pas étranger. Cela permettrait à Siemens de récupérer une part du capital, limitée à 19%, et l’activité signalisation d’Alstom, dont le chiffre d’affaires atteint le milliard d’euros. Même le syndicat IG Metall voit cette option d’un bon œil. "Ce que nous demandons, c’est une garantie sur l’emploi et le fait que la perte du domaine ferroviaire soit compensée par le renforcement de nos activités dans l’énergie", souligne Jürgen Wechsler. Reste à savoir si la Commission européenne autorisera la naissance de ces deux champions européens.

Sur le montant de l’offre, estimée pour l’heure à 10,5 milliards d’euros, un analyste financier met en garde contre la tentation de se livrer à une "guerre des enchères" pour suivre le montant proposé par General Electric, qu’il juge déjà "très élevé". Le groupe allemand n’aurait pas les moyens de mener de front une restructuration et deux achats coûteux après la reprise, début mai, des activités énergie du britannique Rolls-Royce pour un montant de 950 millions d’euros. À moins d’aggraver son endettement. Les représentants du personnel de Siemens estiment, quant à eux, qu’il est encore beaucoup trop tôt pour avancer le moindre commentaire. Trop de paramètres entrent en jeu. À commencer par l’intervention des deux États dans les négociations.

Le 4 juin, des médias allemands ont révélé que la banque publique d’investissement KfW envisagerait le rachat d’une partie du capital d’Alstom pour faciliter un accord avec Siemens. Cette information n’a cependant pas été confirmée par le gouvernement d’Angela Merkel. "Quoi qu’il en soit, Joe Kaeser se doit de faire une offre contre General Electric, ne serait-ce que pour démontrer sa capacité à rester à la table des négociations et la bonne santé de l’entreprise, résume un journaliste d’un grand hebdomadaire économique allemand, qui suit le dossier depuis Munich. Si par la suite le dossier devient trop coûteux ou trop compliqué, rien ne l’empêchera de se retirer du jeu."

Le groupe enchaîne les plans d’austérité

Politique d’expansion brouillonne, guerre des prix, objectifs trop ambitieux, retards dans la livraison des commandes… Depuis son arrivée à la tête du groupe, remplaçant quasiment au pied levé l’ancien dirigeant Peter Löscher, Joe Kaeser peaufine son plan de restructuration, destiné à redresser l’entreprise et à rassurer les actionnaires. Recentrée sur son cœur de métier, à savoir l’électrification, l’automatisation et la numérisation des usines, l’organisation du groupe se simplifie. Celui-ci comptera désormais neuf divisions directement rattachées au directoire, au lieu des seize actuelles, réparties dans quatre secteurs. L’entreprise devrait également introduire en Bourse l’activité des appareils auditifs, à l’instar de l’ex-filiale d’éclairage Osram. La division médicale, quant à elle, sera gérée comme une entité indépendante et pourrait aussi suivre cette voie. Ce plan d’économies fait suite à une précédente restructuration, décidée en 2013, qui avait abouti à la suppression de 15 000 emplois, dont un tiers en Allemagne.

Siemens en quelques chiffres

  • 75,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2013 (- 1% par rapport à 2012)
  • 370 000 salariés dans 140 pays
  • 116 000 salariés en Allemagne, 7 000 en France

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