Alstom, Siemens et le facteur Chine

Premier marché mondial pour les équipements de production et de transmission d’électricité, en même temps que nouvel acteur majeur de l’industrie ferroviaire, la Chine ne peut être ignorée dans une réflexion sur l’avenir du groupe français Alstom selon Jean-François Dufour, directeur de DCA Chine-Analyse..

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Alstom, Siemens et le facteur Chine

Dans le dossier Alstom, un renforcement européen par un rapprochement avec l’allemand Siemens apparaît éminemment souhaitable dans l’absolu. Cependant, si ce renforcement doit se traduire par un échange constituant un pôle allemand dans l’énergie, et un pôle français dans le ferroviaire, le jugement est nettement moins évident.

Les perspectives sont en effet très différentes - en Chine, mais aussi par-delà, par ricochet de l’évolution chinoise - sur les deux segments, notamment du fait de décisions passées de Siemens.

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Ferroviaire : un marché perdu...

La Chine est le plus grand marché mondial pour le matériel ferroviaire. Mais concrètement, c’est un marché perdu pour les constructeurs non-chinois.

Le pays a en effet réussi une assimilation en un temps record des technologies que ses partenaires étrangers lui ont transférées, et produit désormais ses propres modèles dérivés.

Or, là où Alstom avait joué la carte de la prudence, refusant de transférer les technologies de son TGV, Siemens a joué autour de 2005 un rôle essentiel pour les Chinois en leur accordant un transfert massif.

Au modèle CRH3 – le Velaro de Siemens produit sous licence – a ainsi succédé le CRH380B, son dérivé plus avancé élaboré par le chinois CNR, et modèle le plus commandé parmi les différentes gammes de rames à grande vitesse produites dans le pays.

...et un concurrent créé

Mais les effets des transferts de Siemens ne s’arrêtent pas là. Le CRH380B et ses dérivés à venir, sont en effet désormais les fers de lance de la démarche engagée à l’international par les constructeurs ferroviaires chinois.

Par une ironie de l’histoire, la crédibilité de cette démarche à l’exportation est illustrée par le troisième acteur impliqué dans l’avenir d’Alstom. Depuis 2010, le chinois CSR (qui n’est pas le constructeur du CRH380B, mais qui a bénéficié à son tour de transferts de technologies de celui-ci) est en effet en discussions pour soumettre, sur le projet de ligne à grande vitesse en Californie, une offre conjointe... avec la branche transport de l’américain General Electric.

Energie : des perspectives gigantesques

Dès lors, un "Airbus du ferroviaire" européen ferait certes sens. Mais il partirait avec un concurrent international redoutable, qu’il doit en bonne partie à Siemens.

En face, le pôle énergie qui pourrait être constitué par l’absorption de cette branche d’Alstom, a des perspectives nettement plus alléchantes.

Le marché chinois est difficile, sur ce secteur comme sur les autres. Mais les défis que doit relever la Chine, énorme consommatrice d’énergie et hyper - polluée, sur tous les segments, depuis la génération d’électricité jusqu’à son transport, en passant par les "smart grids" susceptibles de favoriser les économies de consommation, sont tels, qu’elle ne pourra se passer de partenaires étrangers.

Il est difficile, dès lors que l’on intègre le facteur Chine, de considérer comme équitable la proposition de Siemens d’échanger sa spécialisation ferroviaire contre la spécialisation énergie d’Alstom. Si nouvel "Airbus" il doit y avoir, il devrait être de l’énergie et du ferroviaire ; sous peine de voir la France échanger un billet de première classe pour l’international contre une réservation non confirmée...

Jean-François Dufour, Directeur, DCA Chine-Analyse

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