Alstom et Bombardier dévoilent leur projet d'alliance dans le rail

Publié le

par Sarah White, Allison Lampert et Gwénaëlle Barzic

Alstom et Bombardier dévoilent leur projet d'alliance dans le rail
Alstom a confirmé lundi la tenue de discussions sur une potentielle acquisition des activités ferroviaires du canadien Bombardier. /Photo prise le 24 octobre 2019/REUTERS/Denis Balibouse
© DENIS BALIBOUSE

PARIS/MONTREAL (Reuters) - Alstom et Bombardier ont annoncé lundi la signature d'un protocole d'accord en vue du rachat par le groupe français des activités de construction ferroviaire du canadien, dans le cadre d'une opération valorisant ces dernières à 8,2 milliards de dollars (7,45 milliards d'euros).

Cette union, si elle aboutit, donnerait naissance à un nouveau numéro deux mondial derrière le géant chinois CRRC, loin devant avec un chiffre d'affaires qui resterait près de deux fois supérieur (environ 35 milliards de dollars).

Dans un communiqué diffusé après la clôture de la Bourse, Alstom précise qu'il devrait débourser entre 5,8 et 6,2 milliards d'euros, en numéraire et en titres, pour acquérir la totalité du capital de Bombardier Transport.

A l'issue de la transaction, dont la clôture est envisagée au premier semestre 2021, la Caisse de dépôt et placement du Québec, actionnaire de la division de Bombardier, deviendra le premier investisseur d'Alstom avec environ 18% du capital devant le groupe industriel diversifié Bouygues, qui verrait sa participation ramenée autour de 10% contre un peu moins de 15% aujourd'hui.

Alstom, qui procédera à deux augmentations de capital pour financer la transaction, table sur 400 millions d'euros de synergies annuelles aux environs de la quatrième ou cinquième année après sa conclusion.

Il prévoit un impact positif à deux chiffres sur son bénéfice net par action à partir de la deuxième année après la réalisation du rapprochement.

Bombardier, qui a décidé de se recentrer sur son activité d'aviation d'affaires, entend consacrer le produit de la cession - entre 4,2 et 4,5 milliards de dollars - à la réduction de sa dette.

"Bombardier Transport apportera à Alstom une complémentarité géographique et industrielle sur des marchés en croissance, ainsi que des plateformes technologiques additionnelles", déclare le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, cité dans un communiqué.

LE MAIRE VERRA VESTAGER MARDI

Alstom, qui fabrique entre autres les TGV, avait vu l'an dernier son projet d'alliance avec l'allemand Siemens bloqué par les autorités européennes de la concurrence. Siemens avait de son côté discuté d'un rapprochement avec Bombardier avant que les négociations ne capotent en 2017.

Les constructeurs d'infrastructures de transport cherchent à s'allier dans le but de réduire leurs coûts en devenant plus gros tout en améliorant leurs marges, peu élevées, sur le segment du matériel roulant.

Bombardier Transport, dont le siège est à Berlin, emploie plus de 40.000 personnes dans 27 pays, pour une grande partie en Europe où se trouvent la plupart de ses usines, notamment à Derby (Angleterre), Mannheim (Allemagne) ou encore Crespin dans le Nord, non loin d'un site d'Alstom.

Pour aboutir, le rapprochement franco-canadien devra obtenir le feu vert des autorités de la concurrence, notamment européennes, qui s'étaient opposées à l'alliance Alstom-Siemens au motif qu'elle risquait d'entraver la concurrence et d'aboutir à une hausse des prix.

Certains analystes estiment cependant que l'opération a davantage de chances de passer l'obstacle, la part de marché combinée d'Alstom et Bombardier étant plus faible sur les marchés européens des trains à grande vitesse comme de la signalisation.

Alstom peut en tout cas compter sur le soutien du gouvernement français: le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, s'est réjoui dès lundi de l'annonce du projet, estimant dans un communiqué que "ce rapprochement permettra à Alstom de préparer l’avenir, dans un contexte de concurrence internationale de plus en plus intense.

Bruno Le Maire doit rencontrer dès mardi Margrethe Vestager, la vice-présidente de la Commission européenne en charge de la concurrence.

En Bourse, l'action Alstom gagnait 3,5% à 50,30 euros à la clôture à Paris juste avant l'annonce officielle de l'accord après avoir atteint en séance, à 50,64 euros, son plus haut niveau depuis septembre 2008. A ce niveau, la capitalisation du groupe français atteint 11,3 milliards d'euros.

Le titre Bombardier n'était pas coté ce lundi, la journée étant fériée au Canada. A la clôture de vendredi, le titre accusait une chute de 14,5% depuis le 1er janvier et de 70% par rapport à son pic de juillet 2018.

(Avec Maya Nikolaeva, Michel Rose, Jean-Stéphane Brosse, Henri-Pierre André à Paris, édité par Marc Angrand)

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