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L'Usine Maroc

Alors que les rames de TGV débarquent à Tanger, des discussions financières sont en cours entre l'ONCF et Alstom à propos du retard du projet

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Publié le

Deux premières rames du TGV marocain fabriquées par Alstom viennent de débarquer à Tanger où elles doivent être assemblées. Le retard d'au moins 18 mois dans la construction de la ligne à grande vitesse Tanger -  Kenitra pourrait conduire l'Office des chemins de fer marocain à devoir des indemnités financières à Alstom chiffrées en millions d'euros.

Alors que les rames de TGV débarquent à Tanger, des discussions financières sont en cours entre l'ONCF et Alstom à propos du retard du projet
Fabriqué par Alstom, le futur train à grande vitesse marocain doit être assemblé à Moughogho en périphérie sud de Tanger (vue d'artiste)
© arep

C’est dans un navire spécialisé dans les transports des éléments d’avions qu’elles sont arrivées…

Les premières rames du train à grande vitesse destinées au Maroc ont en effet débarqué au port de Tanger Med lundi 28 juin à bord du "Ville de Bordeaux" le bateau connu pour transporter des éléments de l’Airbus A380.

Ce chargement XXL provenait du port de la Rochelle où il avait été embarqué vendredi. Les éléments du train de type RGV 2N2, TGV de troisième génération à deux niveaux (duplex) sortent de l’usine Alstom d’Aytré accolée à la Rochelle, ce qui a nécessité un convoi exceptionnel comme décrit (et twitté, voir ci-dessous) par le quotidien Sud-Ouest.

Mais une grande partie des éléments de ces trains exploités par l'ONCF, l'Office national des chemins de fer marocain, a été fabriquée dans l’usine Alstom de Belfort.

Cette arrivée sur le sol marocain est évidemment une étape importante pour le premier TGV d'Afrique.

Bouclé en 2010 entre la France et le Maroc, le projet prévoit la mise en place d’une liaison entre Tanger et Casablanca, soit environ 400 km, dont - dans un premier temps - 200 km de LGV entre Tanger et la ville de Kenitra, cité atlantique placée au centre de l’actualité ces derniers jours car elle abritera la future usine PSA.

Ce contrat de gré à gré sans appel d'offres négocié en 2007 avait fait l’objet d’une signature officielle le 10 décembre 2010 à Tanger entre Alstom et l’ONCF en présence du roi du Maroc. Il s'élève, côté matériel roulant, à 400 millions d’euros pour la fourniture de 14 rames (deux motrices chacune et voitures voyageurs), chiffre ramené à 12 ensuite.

Mais depuis, le projet a pris du retard. Un délai imputable à la partie marocaine et concerne les voies. Il est lié, avait indiqué l'ONCF en novembre 2014, à des difficultés dans les procédures d'expropriation du foncier sur le tracé de la LGV Tanger - Kenitra. Prévu pour fin 2015, la mise en service devrait intervenir avec 18 à 24 mois de retard, soit l'automne 2017 au mieux.

Conséquence : Alstom Transport a dû revoir son planning industriel. Le stockage des trains dans ses ateliers en France a généré des surcoûts. De plus, la phase de test des trains ne pourrait pas dans un premier temps se dérouler comme prévu sur la LGV, ce qui va s'ajouter aux coûts initiaux et autres contraintes techniques.

Selon Alstom, le TGV marocain sera exploité à 320 km/h sous 25 kV entre Tanger et Kenitra, première section LGV de 200 km. Entre Kenitra et Casablanca, il roulera sur  le réseau conventionnel à 160 km/h ou 220 km/h sous 3 kV. La liaison doit réduire le parcours de 4h45 aujourd’hui à 2h10. Chaque rame d’une capacité de 533 voyageurs sera constituée de 8 voitures : deux 1ère classe, une voiture restauration et cinq seconde classe. Prévision de trafic : 6 millions de voyageurs par an contre 3,5 aujourd'hui.

Si les termes du contrat ne sont pas publics, selon les informations de L'Usine Nouvelle recueillies auprès d'une source proche du dossier, des discussions sont bel et bien engagées entre Alstom et l'ONCF concernant l'évaluation du préjudice en faveur d'Alstom Transport.

Ce préjudice pourrait se chiffrer potentiellement en millions d'euros à la charge de l'ONCF à moins d'un accord amiable. Interrogé, Alstom a décliné tout commentaire et L'Usine Nouvelle n'a pu joindre l'ONCF. A cela s'ajoute côté ONCF la perte de près de deux ans d'exploitation.

En attendant, le matériel roulant fraichement débarqué à Tanger Med a pris dès ce début de semaine le chemin du quartier de Moughogho en périphérie sud de Tanger.

L'ONCF est en train d'y implanter son vaste centre technique dédié aux TGV s'étendant sur 14 ha, dont 18 500 m², couverts. Celui-ci sera exploité par la filiale commune entre l'ONCF et la SNCF que les deux opérateurs doivent créer à cet effet avec à la clé un contrat d'entretien de 175 millions d'euros sur 15 ans. Mais ce centre construit par le français Arep et les marocains TGCC et Jet Contractors (ex jet Alu) n'est pas achevé comme le montre un reportage du site Medias24.

Là, tout doit pourtant être assuré par les ingénieurs et techniciens d'Alstom avec l'assemblage des trains dans la phase initiale avant que ne s'y déroulent ensuite les opérations de maintenance lors de l'exploitation. Mais pour cela, il faudra attendre encore.

Pierre-Olivier Rouaud

La France finance le projet à 50%
Le coût du projet, contesté par certaines associations marocaines, a été estimé au lancement à 20 milliards de dirhams (1000 dihrams = 92 euros). Un investissement financé, selon les données de l'Agence française de développement (AFD) par la France à 50 % à travers un prêt de la Réserve Pays Emergent de 625 millions d'euros, une subvention (don) FASEP de 75 millions d'euros et un prêt de l’AFD de 220 millions d'euros.
Le bouclage du plan de financement est assuré par des prêts de fonds arabes (380 millions d'euros), Arabie Saoudite, Emirats arabes unis et Koweït notamment et une participation du Maroc pour 500 millions d'euros. En 2012, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite (décédé depuis) avait annoncé un don de 200 millions d'euros.

 

 

En vidéo : l'arrivée du train à Tanger  (source JT en français Al Oula TV)

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3 commentaires

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04/07/2015 - 12h16 -

Qui des marocains doit payer pour ce retard de près de trois ans?
Comment se fait-il qu'on signe un contrat sans avoir pris en compte l'expropriation? Il faut que quelqu'un paye pour cette erreur fondamentale et doit couter des milliards aux marocains, en plus du cout qui dépasse déjà les moyens du Maroc, sans hôpitaux décents, sans éducation adéquate et la précarité partout dans le pays et le chômage qui dépasse les 30% de la population urbaine et rurale…
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01/07/2015 - 16h11 -

Ecellent article, toutefois une petite carte avec quelques distances, renforcerait mieux les enjeux et l'interêt du TGV /LGV.
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01/07/2015 - 11h22 -

Malgré les contestations liées au projet TGV, je pense la ligne qui lie les trois pôles industriels au Maroc (Casablanca, Tanger, Kenitra) sera d'une grande utilité pour le déplacement des industriels, à qui le temps compte en Or.
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