Allégations de santé trompeuses : le grand ménage dans l’industrie agroalimentaire

Manger sain est devenue une véritable demande des consommateurs. Et l’industrie agroalimentaire étiquète ses produits en conséquence. Sauf que 80% de ces allégations sont jugées trompeuses et mensongères par Bruxelles qui entend les interdire.

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Allégations de santé trompeuses : le grand ménage dans l’industrie agroalimentaire

"Aide à la vitalité", "contient des fibres qui aide à la fonction intestinale", "aide à contrôler son poids"… Les étiquettes vantant les bienfaits des produits sur la santé se sont multipliées pour attirer le consommateur soucieux de manger sainement. Mais la plupart de ces allégations ne sont pas prouvées scientifiquement. Elles ont été rejetées par l’Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa, en anglais) en vertu de l’article 13 du règlement européen n°1924/2006 du 20 décembre 2006. Il prévoit que les allégations de santé reposent sur des "preuves scientifiques généralement admises et qu'elles doivent être bien comprises par le consommateur."

Sur 2 758 allégations étudiées, seules 510 d’entre elles ont passé les tests. Soit moins d'une sur cinq jugée honnête par l'Efsa. Et pour le reste, c’est le grand ménage. Plus de 2 000 allégations sont désormais considérées comme trompeuses par l’Union européenne et devront être retirées. Les industriels que nous avons contactés n'ont pas souhaité réagir. Malgré tout, ils n’auront pas le choix : à partir de l’adoption de la liste par la Commission européenne, ils disposeront de six mois pour se mettre aux normes. "La liste sera sûrement adoptée fin 2011, début 2012", précise Lucia Da Luca, porte-parole de l’AESA.

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Les allégations doivent avoir une base scientiFIque

Et tous les industriels du secteur seront en première ligne. "Nous n’avons pas visé de groupe en particulier mais nous avons collecté toutes ces allégations pour y mettre de l’ordre. Les affirmations affichées ne sont pas forcément des mensonges.Mais les industriels ou les études européennes indépendantes que nous avons étudiés n’ont pas pu apporter la preuve scientifique de leur véracité", précise-t-elle. La plupart des allégations ont été rejetées par manque de précision. Toutes les étiquettes parlant de "vitalité" sont désormais sur liste noire, "car vitalité est un terme médicalement trop général". Autre cas : dire que les "fibres de blé aident à contrôler le poids" n’est pas faux en soi mais est trompeur pour le consommateur. Certaines fibres seulement sont concernées par ce message.

Au final seules 510 allégations ont été autorisées. Par exemple, les fibres glucosanes – composées essentiellement de glucose comme le son ou l’avoine – aident à contrôler le poids est vraie à certaines conditions : 3 grammes par jour et 3 doses de 1 gramme à condition d’ingéré un ou deux grands verres d’eau après les repas. Une vraie posologie qui ne sera bien sûr pas indiquée sur les dites étiquettes. "Par contre, les organismes de contrôles sanitaires nationaux devront vérifier que la quantité de la substance active soit suffisante pour que l’allégation de santé puisse être invoquée", souligne Lucia Da Luca. En parallèle sera mis en place un site qui explicitera les messages et les quantités nécessaires pour qu'ils aient l'impact souhaité.

les industriels peuvent tourjours apporter des preuves

Les industriels peuvent toujours apporter les preuves scientifiques des bienfaits sanitaires de leurs produits. "L'EFSA compte mettre en place un nouveau service d’assistance afin de faciliter le dialogue avec les demandeurs d’évaluation/d’autorisation, a annoncé Catherine Geslain-Lanéelle, directeur exécutif de l’autorité indépendante européenne. Nous ne doutons pas que les travaux que nous avons entrepris contribueront aux activités du secteur de l’industrie en les aidant à établir les orientations futures en matière de recherche et d’innovation."

S’ils sont dans l’incapacité de le faire, les industriels n’auront pas d’autre choix que de changer leurs étiquettes. "Il faut savoir que sur 10 000 entreprises dans l’industrie agroalimentaire, 97% sont des PME. Concrètement, modifier les informations sur les étiquettes leur demandera de changer de logiciel, de s’adapter et il y aura un coût", s’alarmait Frédérique Lehoux, chargée de mission des affaires réglementaires de l’Ania, le 7 juillet dernier.

Tout ce qui est annoncé sur les étiquettes doit désormais être étayé. Fini les promesses ; il faut des preuves. Et pour cela, l’entreprise doit avoir des laboratoires prêts à apporter les données scientifiques pour crédibiliser leurs allégations sanitaires. Sur ce plan aussi, les PME peineront à financer de telles preuves.

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