Alkion BioInnovations produit des ingrédients à partir de cellules végétales

Article paru dans Formule Verte n°33

La start-up développe un procédé industriel de production de composés d’intérêt via la biostimulation de cellules végétales. Une technologie qui permettrait la substitution des additifs chimiques par des alternatives naturelles dans le secteur agroalimentaire.

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Et si des cellules végétales conduisaient à la transformation du marché agroalimentaire ? C’est en tout cas ce dont est persuadée la start-up Alkion BioInnovations. Cette société de cinq employés s’appuie sur les capacités de plantes cultivées en culture hydroponique pour la production de composés. La genèse de la start-up remonte en 2011, comme l’explique Sarah-Meryll Buet, présidente d’Alkion BioInnovations : « A l’origine, il existait une société dénommée Alkion BioPharma créée par Dr Franck Michoux. Il s’agissait d’un spin-off de l’Imperial College de Londres, spécialisé dans la production d’anticancéreux à partir de métabolites secondaires de plantes. Progressivement, la plateforme technologique s’est développée et a rapidement suscité l’intérêt d’autres secteurs comme la cosmétique. En 2016, l’activité cosmétique et compléments alimentaires d’Alkion BioPharma a été cédée à Evonik Industries, tandis que les anticancéreux ont été transférés à la société Feroscan issue de l’université PSL ». C’est pour continuer à développer d’autres applications de la plateforme que Sarah-Meryll Buet a fondé avec les autres actionnaires d’Alkion Biopharma, dont Franck Pradier en mars 2017, Alkion BioInnovations. « La société souhaite notamment améliorer la technologie exploitée par Alkion BioPharma pour l’adapter à la production d’additifs alimentaires. Contrairement aux précédents développements en pharmacie ou en cosmétique, les produits pour l’alimentaire demandent de gros volumes mais dégagent moins de marge et nécessitent donc d’accroître le rendement du procédé », détaille la présidente de l’entreprise. Dans le détail, la société a ciblé la production de plusieurs types d’ingrédients alimentaires d’origine végétale : édulcorants naturels, arômes (vanille, safran), colorants naturels, exhausteurs de goût, protéines végétales, etc. « Parmi les composés ciblés, nous avons notamment identifié une protéine avec un haut pouvoir sucrant qui a le potentiel de remplacer le sucre », souligne Sarah-Meryll Buet. Avant de compléter : « Le but pour notre société est de remplacer l’intégralité des additifs chimiques par des équivalents naturels ». En ce qui concerne sa R&D, Alkion BioInnovations s’appuie bien entendu sur ses équipes en interne, mais aussi sur le développement de partenariats de R&D avec des acteurs académiques.

Un procédé innovant de production

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Pour la production de ses additifs, Alkion BioInnovations s’appuie sur une technologie de production à partir de cals, des amas de cellules dédifférenciées qui sont utilisés pour la culture in vitro. « L’idée est de dédifférencier une cellule végétale pour la redifférencier en une cellule qui produit des métabolite secondaires d’intérêt. Pour cela, nous utilisons la biostimulation en bioréacteurs en induisant du stress biotique et abiotique aux cellules et d’autres approches plus spécifiques comme l’expression transitoire (non OGM) », explique Sarah-Meryll Buet. Avant d’ajouter : « Notre objectif est de multiplier par 2 000 la production d’un métabolite secondaire d’intérêt par une cellule, contre 800 à l’époque d’Alkion BioPharma ». La société détient d’ores et déjà deux licences exclusives sur brevets : l’un sur la méthode de production et l’autre sur la production en grand bioréacteur et compte breveter des applications au cas par cas. A l’heure actuelle, la start-up est en mesure de produire en conteneurs des composés dans de grands bioréacteurs de 50 litres, et espère passer à l’échelle de 300 litres d’ici à la fin de l’année 2018. Outre son côté inédit, la technologie de bioréacteur d’Alkion BioInnovations intègrera également de la robotique et de l’intelligence artificielle. « Ces innovations aident à mieux analyser et contrôler ce qui se passe dans les cellules et les tissus des plantes. Cela nous permet de rester à la pointe et de conserver une longueur d’avance vis-à-vis de nos potentiels concurrents », affirme Sarah-Meryll Buet.

Vers un pilote de bioraffinerie

Si le tableau de marche est respecté, Alkion BioInnovations prévoit de construire une bioraffinerie pilote à l’horizon 2019. « Pour financer ce projet, nous avons l’intention d’effectuer une levée de fonds de l’ordre de 10 millions d’euros d’ici à la fin de l’année 2018 », précise Sarah-Meryll Buet. Pour le moment, la localisation pour implanter cette future unité reste encore à déterminer. Mais la dirigeante privilégie la construction de ce pilote sur un site non adossée à une autre installation déjà en place, car « il n'existe actuellement aucune usine qui ressemble même de loin à ce que la société veut faire ». Outre cette unité pilote, la start-up ne manquera pas de projets dans les mois à venir. Alkion BioInnovations envisage notamment de faire certifier ses produits comme « Novel Food » en Europe. « Nous sommes déjà en contact avec certains industriels de l’agroalimentaire qui sont intéressés par notre technologie et nos produits », confie Sarah-Meryll Buet. Mais la start-up ne compte pas se restreindre aux ingrédients alimentaires, ambitionnant de se développer également dans le domaine des biopesticides (biocontrôle), des huiles essentielles et des médicaments sans ordonnance (OTC). Pour soutenir son développement, Alkion BioInnovations prévoit d’étoffer son effectif de quatre collaborateurs d’ici à la fin 2018 ou début 2019. « A l’horizon 2020, nous ambitionnons un chiffre d’affaires d’annuel de l’ordre de 1,5 million d’euros et d’employer une vingtaine de salariés », détaille Sarah-Meryll Buet.

Alkion Bioinnovations en bref

  • Création en 2017
  • Siège à Boulogne-Billancourt
  • Effectif actuel: 5 collaborateurs
  • Effectif envisagé en 2020 : 20 salariés
  • Chiffre d’affaires prévu en 2020 : environ 1,5 M€
  • Partenaires :
    • académiques : Inra Versailles, Imperial College de Londres, Saclay Plant Sciences, Université de Copenhague, VIB, Kew Gardens, Musée national d’histoire naturelle
    • institutionnels : Bpifrance, Wilco , IAR
    • industriels : MicroPepTech
  • Récompenses : Concours I-Lab 2016, Prix « Coup de main » du concours La Fabrique Aviva, PME Instrument phase 1, Netva, Wilco.

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