Economie

Alexandre Saubot (UIMM) : "Le compte pénibilité, même retouché, fait courir un risque à l’industrie"

Cécile Maillard

Publié le

Le président de l’UIMM, Alexandre Saubot, ne se satisfait pas des annonces de Manuel Valls simplifiant le compte pénibilité et craint que le recours à des référentiels de branche ne généralise la pénibilité dans l’industrie.

Alexandre Saubot (UIMM) : Le compte pénibilité, même retouché, fait courir un risque à l’industrie © Luc Pérénom

Sommaire du dossier

Usine nouvelle: Le premier ministre a annoncé des assouplissements au compte pénibilité. Les entreprises pourront s’appuyer sur des référentiels de branche pour attribuer des points de pénibilité à leurs salariés. Est-ce une bonne nouvelle pour elles ?

Alexandre Saubot : Remplacer un problème de court terme par un problème de moyen terme n’est pas une bonne nouvelle. Une usine à gaz en matière de praticabilité a été transformée en une bombe à retardement pour la compétitivité des entreprises et nos finances publiques. Le gouvernement a procédé à un aménagement du dispositif, mais à quel prix ? Avec l’approche collective des référentiels, on élargit sensiblement le nombre de salariés concernés et cela coûtera plus cher.
Dans un atelier industriel, les salariés sont polyvalents, bougent, changent de poste. Rattacher les points pénibilité à un poste de travail, c'est méconnaître la vraie vie des entreprises. Dès lors, soit nous considérons que tous sont exposés, soit qu'aucun ne l'est. C'est aussi une question de management.

Les branches, en établissant les référentiels, ne peuvent-elles pas prendre en compte ces situations de la « vraie vie » et proposer des modes d’emploi simplifiés aux entreprises ?

Les branches, pas plus que les entreprises, ne peuvent apprécier la diversité des situations de travail. Un électricien, un monteur, ne sont pas exposés de la même manière à la pénibilité d’une entreprise à l’autre, et même d’un atelier à l’autre… Ce n'est pas un aménagement du compte pénibilité qu'il fallait, donc, mais une refonte complète du dispositif pour trouver des solutions bien ciblées, à coûts supportables pour la collectivité et qui ne jouent pas contre la compétitivité des entreprises françaises. Nous avons travaillé en profondeur depuis des mois à l'UIMM pour trouver des solutions, mais adapter un dispositif vicié à la base est vain. Je crains également les conséquences de cette logique sur la dynamique de la prévention, qui a fait ses preuves dans l'industrie.

L’UIMM est-elle prête à concevoir le référentiel d’exposition à la pénibilité des salariés de la métallurgie ?

Il reste des questions en suspens. Nous allons attendre la loi et ses décrets : certains seuils vont être modifiés et les critères d’exposition aux gestes répétitifs, revus. Puis nous aurons dans notre branche à analyser le dispositif final: ce référentiel va-t-il dans le sens des intérêts à court et moyen terme des entreprises industrielles? Est-il sécurisé juridiquement ? Et à en tirer les conséquences opérationnelles. Il est donc trop tôt pour porter un jugement définitif mais il est clair que la reconquête industrielle, chère au gouvernement, pourrait être menacée. Le compte pénibilité, même retouché, fait courir un risque à l’industrie française et à sa compétitivité. C’est une grave erreur.

Propos recueillis par Cécile Maillard

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Notre sélection : Les écoles d'ingénieurs, vivier préféré de l'industrie

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte