Alertes nucléaires en plein été

Branle-bas de combat dans l'industrie nucléaire : après l'accident de Tricastin le 7 juillet, une nouvelle fuite radioactive a été dévoilée par une usine de Romans-sur-Isère. Le ministère de l'écologie et la PDG d'Areva annoncent une remise à plat du sec

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Alertes nucléaires en plein été
Encore un accident? Décidément, l'affaire Socatri à Tricastin semble déterrer de biens mauvaises fuites d'uranium. A 100 km de là, à Romans-sur-Isère, des rejets d'effluents radioactifs de l'ordre de quelques centaines de grammes ont été constatés à la suite d'une rupture de canalisation dans l'usine FBFC, filiale d'Areva qui fabrique du combustible nucléaire civil.

La PDG du groupe Anne Lauvergeon y était jeudi soir dans le cadre de son déplacement pour rejoindre Tricastin le lendemain, au moment où Areva a prévenu l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Trois inspecteurs de l'ASN se sont rendus sur place de une à cinq heures du matin pour examiner les circonstances de l'événement et les mesures prises par l'exploitant.

Selon Roland Desbordes, président de la Criirad, Romans n'a rien à voir avec l'ampleur de Tricastin. « Ce que nous a dit l'exploitant, que nous avons eu au bout du fil, tient la route », estime-t-il. « Un tuyau en plastique PVC conduit de l'uranium fortement enrichi d'un bâtiment à un autre : le tuyau est entouré de parpaings et recouvert d'une dalle de béton. Lorsque la dalle de béton a été soulevée, l'exploitant s'est rendu compte d'une fuite, de quelques centaines de grammes et non d'une dizaine de kilos comme c'était le cas pour Tricastin. De plus, la nappe phréatique, qui est loin, n'a pas été touchée. »

Le porte-parole d'Anne Lauvergeon, PDG d'Areva explique : « Nous avons découvert que la canalisation était percée au moment où l'on était entrain de la changer pour en mettre une plus performante. Ce qui peut arriver sur n'importe quel site. Savoir pourquoi cette canalisation était percée, par contre, est une vraie question », reconnaît-il. « Effectivement, comment de l'uranium peut-il être transporté dans une simple canalisation en PVC, fragile, et sans bac de rétention ? » renchérit Roland Desbordes. Dans un communiqué, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a affirmé vendredi que "la rupture de cette canalisation enterrée daterait, selon l'exploitant, de plusieurs années".

Sans conséquences pour l'environnement. « Il s'agit de deux incidents de niveau 1, l'année dernière nous en avons eu 7. Pour Tricastin comme pour Romans, il n'a pas de conséquence pour les riverains et l'environnement. » temporise le porte-parole d'Areva, qui revient sur les conditions de l'accident à Tricastin. « L'incident est le fruit d'un manque de coordination entre deux équipes chargées de travaux et de l'exploitation de l'usine. Une cuve étanche était accidentellement fissurée : les personnes chargées de faire des travaux avaient programmé la réparation de la cuve de rétention pour le 8 juillet, d'ailleurs, mais n'avaient pas prévenu les exploitants de l'usine de la fissure. Les personnes chargées de l'exploitation ont procédé au changement de cuve, transvasant le liquide d'une cuve à l'autre, le liquide a débordé dans la cuve de rétention... » et la cuve étanche censée empêcher toute fuite... a fui.

La butte militaire de Tricastin bientôt enlevée ? Des négligences qui interrogent la Criirad, plutôt satisfaite des quelques avancées obtenues durant la Commission d'information des Grands Equipements énergétiques (CIGEET) vendredi. « J'ai noté la volonté de faire traîner les choses pour qu'il n'y ait pas de débat », raconte Roland Desbordes. » Mais les deux sujets qui fâchent ont tout de même pu être abordés : la contamination de la nappe phréatique et le monticule de déchets radioactifs d'origine militaire au nord-ouest du site.

« Les membres de la commission, dont Areva, ont désormais reconnu que la nappe phréatique est polluée, même s'ils n'admettent pas encore que l'activité du site en est la cause, est qu'ils estiment que l'impact sur l'environnement reste en-deçà des normes de l'OMS . » La Criirad a demandé que le tumulus de déchets radioactifs enterrés à même le sol soit enlevé. « Jusqu'à présent, l'armée, responsable de l'activité d'enrichissement d'uranium entre 1964 et 1976 et du monticule de déchets qui en est issu, et Areva, nouvel exploitant qui récupère la patate chaude, se renvoyaient la balle. Aujourd'hui, le haut fonctionnaire de la DSND (délégation de la sûreté nucléaire de défense) a émis une décision de principe sur le fait que oui, les déchets seraient enlevés. » Une petite victoire pour l'association. « Je ne sais pas qui va faire le boulot, et nous resterons de toute façon vigilants sur le délai, sur la façon de ce sera fait. Mais c'est une avancée. » conclut Roland Desbordes.

Opportunisme.
« La Criirad a essayé de se refaire une santé militante sur l'affaire Socatri », réagit le porte-parole d'Areva. « Nous avons pour notre part proposé aux autorités de tutelle de lancer une commission plurielle pour mettre tout cela sur la table, avec des membres de la société civile, du gouvernement, et des industriels, et travailler sur les pistes d'optimisation de la sécurité du site. »

Anne Lauvergeon achève ce soir sa visite du site. « Elle a vu les salariés, les élus, et les riverains. Les salariés étaient inquiets sur le fait que le site s'arrête, ce qui est hors de question : il est en cours de modernisation, nous y investissons» Et pour cause : le site de Tricastin, dont Socatri fait partie, est un très gros maillon de la chaîne et constitue un important pôle d'exportation pour Areva.

A plat. « Ce qui est sûr, c'est que nous allons remettre le fonctionnement du site à plat.» affirme le porte-parole d'Areva. Même écho du côté du gouvernement. "Une remise à plat des pratiques sur la sûreté nucléaire (transparence, contrôles...) sera réalisée d'ici à l'automne", a annoncé vendredi le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo après les deux incidents, notamment dans "les dispositifs d'information, d'analyse et de sécurité". Tous les acteurs seront entendus: industriels, opérateurs, militaires, associations. Le Haut Comité sur la transparence, a-t-il ajouté, devra "remettre à plat l'ensemble du système de procédures, évaluer l'ensemble des nappes phréatiques sous les installations nucléaires, faire le point sur les déchets nucléaires anciens".

Ana Lutzky

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