Airbus remanierait son pôle marketing sur fond d'enquête pour corruption présumée

PARIS (Reuters) - Alors qu'une enquête au Royaume-Uni se penche sur des irrégularités présumées concernant le recours à des intermédiaires pour aider Airbus à remporter des contrats, le groupe aéronautique réorganise sa direction marketing, ont déclaré trois sources proches du dossier.

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Airbus remanierait son pôle marketing sur fond d'enquête pour corruption présumée
Airbus réorganise sa direction du marketing au moment où une enquête se penche au Royaume-Uni sur des irrégularités présumées concernant le recours à des intermédiaires pour l"aider à remporter des contrats. /Photo d'archives/REUTERS/Benoit Tessier

Le président exécutif d'Airbus Tom Enders veut à la fois rationaliser le fonctionnement du groupe européen d'aérospatiale et de défense et revoir en profondeur ses pratiques commerciales, a-t-on précisé.

Airbus, deuxième avionneur mondial, a compté pendant des années sur les équipes commerciales de sa division d'avions civils - dans certains cas avec l'aide d'une équipe marketing - pour vendre des appareils jusqu'en Asie et au Moyen-Orient.

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Comme bon nombre d'exportateurs, Airbus se fie aussi à un réseau de consultants externes ayant une bonne connaissance de l'environnement commercial local, une pratique légale mais soumise à des règles internationales destinées à garantir la transparence et à éviter les risques de corruption.

Le motoriste britannique Rolls-Royce a accepté en janvier de payer 671 millions de livres (789 millions d'euros) pour des faits de corruption présumée impliquant le recours à des intermédiaires au terme de quatre ans d'enquête du Serious Fraud Office (SFO) britannique.

L'an passé, le SFO avait également ouvert une enquête sur des décalages entre les déclarations d'Airbus sur l'utilisation de tels agents lors de demandes pour des crédits à l'exportation au Royaume-Uni, dans le cadre desquelles les exportateurs doivent indiquer les montants payés et leurs destinataires.

L'enquête concerne notamment les documents préparés au sein de ce qui était jusqu'à récemment la division internationale d'Airbus Group, ex-maison-mère d'Airbus, ont précisé trois sources proches du dossier. Un salarié impliqué dans le processus a quitté le groupe l'an passé.

Le marketing international centralisé fait partie des fonctions sous la houlette du responsable de la stratégie, Marwan Lahoud, qui a annoncé la semaine dernière son départ du groupe fin février au terme de son contact actuel.

Marwan Lahoud, 50 ans, tirera sa révérence fin février après avoir bouclé ce qu'il a décrit comme la "fusion ultime" - l'intégration d'Airbus et de sa maison mère Airbus Group, l'ex-EADS.

Deux sources proches de Marwan Lahoud ont souligné que son départ n'était pas lié à l'enquête du SFO, qui s'étend au-delà des activités qu'il gérait et qui n'a pas encore visé de personnes. Tom Enders a salué le travail de Marwan Lahoud, l'artisan de réformes de gouvernance qui ont permis en 2013 de limiter l'influence des Etats français et allemand en tant qu'actionnaires.

Mais son départ conduit à une nette réduction de l'influence du département international d'Airbus dont la principale tâche restant sera de gérer les filiales à l'étranger, ce qui entraînera d'autres départs dans les mois à venir, ont précisé les sources proches du dossier.

La supervision des consultants externes devrait être transférée du siège aux divisions.

Crédits à l'export toujours gelés

Dans la foulée de l'annonce du départ de Marwan Lahoud, le directeur commercial militaire Jean-Pierre Talamoni, qui avait dirigé Airbus Group International pendant sept ans jusqu'en 2015, a annoncé son départ à la retraite en interne la semaine dernière, ont précisé les sources. "Jean-Pierre Talamoni prend sa retraite à 60 ans", a confirmé un porte-parole.

Pour l'instant, Tom Enders s'impliquera plus directement jusqu'à la mise en place d'une nouvelle structure internationale, ont précisé deux des sources. Un porte-parole d'Airbus s'est refusé à en dire plus, signalant seulement que les changements entreraient dans le cadre du projet de réorganisation interne, Gemini.

Tom Enders a également lancé une campagne volontariste de conformité au sein du groupe afin de renforcer les règles anti-corruption.

Airbus ne sait cependant pas quand il aura de nouveau accès au système de crédits à l'exportation européen, qui aide les compagnies aériennes ne pouvant pas financer sinon leurs livraisons. Le groupe n'y recourt plus en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne depuis qu'il a découvert les problèmes administratifs et les a signalés aux autorités britanniques.

L'agence gouvernementale britannique chargée de débloquer les crédits à l'exportation demande des garanties sur l'amélioration des pratiques de conformité chez Airbus avant de lui redonner accès au système.

"Le processus est en cours. Nous ne sommes pas en position de spéculer sur le temps que cela risque de prendre", a déclaré une porte-parole mercredi.

Airbus espérait pour le quatrième trimestre 2016 la reprise des crédits à l'exportation, désormais prévue pour 2017.

Les analystes s'attendent en conséquence à ce que l'avionneur annonce un bond des financements à ses clients à environ 750 millions d'euros en 2016 pour aider les compagnies qui auraient sinon bénéficié des soutiens publics.

Le groupe publiera ses résultats annuels le 22 février.

Pour Reuters, Tim Hepher, Cyril Altmeyer pour le service français, édité par Gilles Guillaume

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