Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Aéro

Airbus et Bombardier freinés dans leur course par Pratt & Whitney

Olivier James , , , ,

Publié le

L’avionneur canadien produira moins d’exemplaires de son CSeries que prévu en raison des retards de livraison du moteur de Pratt & Whitney. Airbus est confronté à la même situation pour l’A320neo.

Airbus et Bombardier freinés dans leur course par Pratt & Whitney
Bombardier CSeries
© Bombardier

Le CSeries n’avait besoin de ça. Alors que le programme CSeries du canadien Bombardier entre dans sa phase industrielle, après un temps de développement bien plus long qu’attendu, les retards de livraison de ses moteurs vont ralentir son décollage commercial. L’avion, seul concurrent actuel d’Airbus et de Boeing sur le segment des monocouloirs, ne sera livré cette année qu’à sept exemplaires au lieu des 15 prévus initialement. Une contre-performance annoncée par Bombardier dans un communiqué publié mardi 6 septembre et qui tombe au plus mal pour cet appareil stratégique du groupe canadien.

A l’origine de cette baisse de régime industrielle forcée : le moteur PW1500G équipant les deux versions du CSeries (le CS100 et le CS300), fabriqué par l’américain Pratt & Whitney (groupe UTC). "Nous travaillons très étroitement avec Pratt & Whitney pour régler rapidement cette question d’accélération de production de notre fournisseur et pour nous assurer que nous avons une solide base de fournisseurs afin de soutenir nos objectifs de croissance, explique dans le communiqué de Bombardier Fred Cromer, le président de la branche Avions commerciaux. Nous sommes très confiants en notre capacité de réaliser notre plan d’accélération de la production, incluant celle d’atteindre notre objectif de produire 90 à 120 avions par année d’ici 2020."

L'A320neo toujours affecté

Si les dirigeants de Bombardier restent confiants, avec sous le coude un carnet constitué de 300 commandes fermes, ces retards entacheront à coup sûr les résultats financiers de Bombardier, dans la mesure où une bonne partie du prix d’un avion est payée par la compagnie aérienne au moment de la livraison. L’avionneur s’en serait bien passé. Il a cumulé les déboires dans le développement de cet appareil, dont le lancement en 2008 a poussé Airbus, avec l’A320neo, puis Boeing, avec le 737MAX, à riposter. Pour venir au secours de ce programme, qui accuse aujourd’hui plus de deux ans de retard sur son calendrier initial, le gouvernement du Québec a investi pas moins de 1 milliard de dollars américains. La bon déroulement industriel du CSeries est crucial pour Bombardier.

Bombardier n’est pas le seul avionneur à être impacté sur un programme stratégique, c’est aussi le cas d’Airbus et de son A320neo – qui va peu à peu remplacer l’A320ceo – équipé du PW1100G. L’annulation par Qatar Airways de la livraison de son premier A320neo en juin dernier l’a cruellement démontré. Aujourd’hui, une vingtaine d’appareils stationnent toujours sur le tarmac toulousain, en attente de leurs moteurs. Là encore, l’avionneur pourrait être impacté sur le plan financier si les retards de livraisons n'étaient pas jugulés cette année. Le risque que certaines compagnies se tournent vers l’autre concurrent, le Boeing 737MAX, ne serait dès lors pas à écarter, comme a menacé de le faire le patron de Qatar Airways. Il est aussi trop tôt pour savoir si ces retards constitueront in fine une aubaine pour CFM (société commune entre Snecma et General Electric), qui fournit le moteur LEAP censé équiper l'autre moitié des A320neo.

Peu de détails techniques

Au-delà des conséquences encore hypothétiques pour les avionneurs, comment expliquer de tels retards de livraisons pour des programmes aussi stratégiques menés par des industriels aussi réputés ? Près de la moitié des 1600 fournisseurs de Pratt & Whitney n’atteindraient pas le niveau de performances exigés, en termes de qualité, de livraison et de coût, croit savoir le site spécialisé en aéronautique Leeham News. Les propos rapportés de l’un des dirigeants du groupe reflètent les tensions actuelles dans la chaîne d’approvisionnement : "les patrons de chacun de nos fournisseurs qui sous-performent reçoivent mon appel. [...] S’ils n’atteignent pas le bon niveau de performance, ils sont mis dehors". "C’est ce qu’il y a de beau" lorsqu’on est en double source, achève le dirigeant. Or, avec une montée en cadences abrupte, pour un moteur décliné en plusieurs versions pour des prgrammes différents (également pour le MRJ de Mitsubishi et le MS-21 d'Irkout), la chaîne d'approvisionnement de Pratt & Whitney est mise à rude épreuve. Sans oublier que le moteur de Pratt & Whitney est basé sur une technologie nouvelle pour ce domaine, dénommée turbosoufflante à réducteur.

Peu de détails techniques ont été fournis par les parties prenantes pour expliquer les retards. Les modifications mécaniques que le motoriste apporte doivent avant tout permettre de réduire le temps d’allumage des moteurs, trop long en raison d’un problème au niveau du rotor. Les différences de température dans les différentes parties du moteur, entre l'atterrissage et le décollage, auraient notamment provoqué des déformations au niveau du rotor, comme l’a déjà expliqué Aviation Week. Pour les atténuer, le temps de démarrage nécessaire était passé à 350 secondes, contre 150 secondes pour ce type de moteur. Une durée bien trop longue pour les compagnies aériennes qui a contraint Pratt & Whitney à revoir sa copie. L’autre problème provient de bugs informatiques générant de fausses informations sur l’ordinateur de bord, qui auraient depuis été réduits en quasi-totalité. Un porte-parole d'Airbus assure que ces problèmes ont été réglés et que les moteurs aujourd'hui livrés en temps et en heure donnent entière satisfaction.

Olivier James

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle